mardi 5 janvier 2016

105-Celle qui réparait les erreurs



*J'ai récupéré Mahaleo*

C'est par ce sms reçu un dimanche soir que Florine concluait son week-end sauvetage. Elle s'était donné pour objectif d'aller parler avec Robert le zombie et Mahaleo le fantôme et ainsi récupérer des situations qui, de mon point de vue, étaient plus que compliquées pour ne pas dire foutues. Elle m'a ainsi fait suivre presque en temps réel ses rencontres avec ses deux amis par textos interposés.
Depuis son retour la vampirette n'avait cessé de me vanner sur mes relations difficiles avec ses amis devenus mes patients. L'épisode de la chaise fracassant la fenêtre à Saint Germain en Laye la faisait ricaner et elle louait mon manque de tact en son absence. Je détestais cela car si auparavant ce genre de tacles me faisaient rire ici ses propos prenaient des intonations méchantes et agressives. Et même si elle s'en défendait Florine me faisait de la peine en me parlant ainsi.
Chacun de ses textos respirait l'exagération. Pour peu on aurait pu la croire à la tête de l'ONU tentant de résoudre le conflit israelo-palestinien à elle seule. Messages pourtant emprunts de doute, d'espoir, de sarcasme et, sans doute, de peur.
Elle est allée voir Robert samedi. Elle l'a trouvé enfermé dans son placard comme lors de ma première rencontre avec lui. Elle a été surprise par l’agressivité de la famille zombie et par l'horrible voix de Robert.

*Je ne comprends pas ce qui se passe ici*

Elle m'a envoyé des photos du local E.D.F. (en oubliant que la faible luminosité du lieu n'aidait pas à réaliser de jolis clichés) représentant des bouts de chair gisant au sol. Selon ses dires les zombies commençaient à sérieusement pourrir. Après avoir "recadré" (frappé?) les parents et les sœurs de Robert,  Florine s'est assise contre la porte en métal du placard. Ça sentait le déjà vu.

*Comme toi mec! j'fais comme toi (en mieux) LOL*

Elle me faisait suivre sa tentative vaine de dialogue avec son ami zombie. Il parlait peu et râlait beaucoup. Florine s'amusait de la situation, au début. Car ensuite ses messages témoignaient à la fois d'un ennui qui s'installait doucement et d'une inquiétude au sujet du quasi mutisme du mort vivant.
Aider les gens est une chose difficile.
A une heure très avancée de la nuit j'ai reçu un message m'annonçant que Robert était enfin sorti de son "fichu" placard. La description que la vampire m'en faisait n'était pas des plus rassurante.

*Il tombe en morceaux putain!*

Robert était avare en mots mais Florine n'a pas lâché l'affaire et a réussi au cours d'un entretien digne de la grande époque de la stasi à lui arracher quelques phrases au sujet de cette fameuse soirée où le zombie avait voulu faire de moi son sandwich kebab.

"Je suis un monstre".
C'est ce qu'il aurait répété. Un monstre. Difficile de lui donner tort. Il aurait ajouté qu'il méritait de mourir et qu'il refusait de devenir comme le reste de sa putride famille. Florine aimait le comique de répétition. C'est pourquoi elle a de nouveau tenter de plaisanter avec son ami mort vivant. Mais ses textos laissaient paraître son incompréhension devant le manque de retour à ses blagues. Robert ne voulait pas rire, il voulait mourir. La vampire s'échinait à faire mieux que moi mais n'arrivait pas à accepter cet état de fait. Elle s'épuisait pour rien et elle me fatiguait par la même occasion.
C'est malgré tout avec une certaine fierté quasi discordante qu'elle quittait Robert. Elle avait renoué le lien avec lui, l'avait fait sortir de son foutu placard et recueilli ses plaintes. Florine ne pouvait supporter l'échec. Surtout depuis son retour. La marque que son visage arborait et qu'elle palpait régulièrement du bout des doigts lui rappelait qu'elle était devenue inférieure aux autres vampires. C'était comme ça qu'elle l'interprétait tout du moins. Ne pas réussir à faire ouvrir la porte du local dans lequel s'était enfermé son pote tout à fait mort aurait été narcissiquement insupportable. Alors il valait mieux célébrer une victoire en trompe l’œil que rien du tout.

*Demain je passe à Mahaleo!*

Pour le fantôme les choses se sont beaucoup mieux passées. Pas étonnant puisque Florine m'a juste déjugé devant la fratrie de revenants. Là où je leur avais dit de fiche la paix au pauvre couple qui avait acheté la maison la vampire leur a proposé de tout faire pour redevenir les maitres de l'endroit. De se déchaîner pour faire fuir les pauvres locataires. De casser des tasses, de renverser des chaises, de faire claquer des portes, de briser des miroirs. Au lieu d'essayer de les calmer comme je l'avais fait elle les a encouragé à devenir plus terrifiants et de s'affirmer en tant qu'esprits frappeurs. Elle avait tellement bien plaidé sa cause que Mahaleo acceptait de me revoir. Et de nouveau Florine me faisait de la peine. C'était moi le psy dans l'histoire, pas elle. Elle pensait réparer mes "erreurs" mais elle faisait de la merde et rendait les situations plus compliquées qu'elle ne l'étaient déjà.

*J'ai récupéré Mahaleo*

Vraiment? Est-ce que ça me donnait envie de retourner voir ce phobique invisible? Est ce que j'avais envie de rétablir un contact avec le zombie? Non.
En voulant réparer mes erreurs la vampire en commettait d'autres...