mardi 1 septembre 2015

Patient : Florine. Entretien : 10 (partie 3)




"La salle des masques. C'est comme ça que je  l'appelle. 
-Attends, que je comprenne bien. Il existe à Paris un endroit où sont conservés des moulages des visages de chaque vampire?
-Pas un seul endroit. Plusieurs. Je ne sais foutrement pas où sont les autres. Je te dis que le mien se trouve au Conseil Vampirique.
-Et ça remplace les photos, c'est ça?
-C'est totalement ça Psyman! Puisqu'on ne peut pas voir à quoi on ressemble grâce à un miroir ou des photos on a mis en place ce système là. Ils sont effectués par des super artisans. Tu devrais t'en faire faire un. On sait jamais..."

Je réponds à cette provocation en levant les yeux au ciel. La brûlure du visage de Florine attire mon regard mais ne me provoque aucune répulsion. La vampirette est une jolie fille et si cette marque vient zébrer sa joue elle lui confère un charme étrange supplémentaire.

"Nous ne pouvons rien faire contre le soleil. Il n'y a pas de dermatologue spécial vampires tu sais. On a recourt à des méthodes moins...orthodoxes. Quelques érudits peuvent nous aider à supporter ce type de brûlure et même en atténuer la visibilité. La plus connue dans le pays est une sorcière qui...
-Quoi? Une sorcière?
-Oui, une sorcière. Attends me refais pas le coup des fantômes! T'as déjà rencontré des vampires, une gargouille et un loup garou, mec. Oui il y a des sorcières dans ton beau pays.
-Ok, je ne te coupe plus la parole.
-Une sorcière je disais. Une spécialiste des onguents. Elle s'appelle Odette et vit en région parisienne. Elle est un peu...particulière. Genre elle fait le ménage pendant des heures en pleine nuit et si t'as le malheur de déplacer ne serait-ce qu'une allumette elle panique et elle se relance dans une session de nettoyage...
-Une obsessionnelle quoi...
-Donc! Après l'épisode roumain mes acolytes m'ont traînée de pays en pays. Parfois il fallait se cacher longtemps pour passer la frontière de nuit. J'arrêtais pas de leur demander comment était ma brûlure, si c'était très moche ou très voyant. A leurs regards détournés j'en déduisais qu'il me fallait vraiment des soins. On a roulé et roulé. Le défilement incessant des lumières éclairant les autoroutes me rendait folle. Je devenais insupportable à forcer de jurer comme un marin et d'ordonner au conducteur de se dépêcher. Arrivés en région parisienne, enfin, on a fait un détour à Fontenay-sous-bois, à l'est de Paris...
-Oui ça je sais..."

La vampire roule des yeux avant de reprendre :

"On a débarqué chez Odette la sorcière. Elle était en train de récurer l'intérieur d'une commode dont elle avait ôté les tiroirs. Je n'en comprends pas l'intérêt mais bon. Elle ne voulait pas s'occuper de moi tant que le ménage n'était pas terminé. Elle a vivement rejeté l'aide proposée par mes deux comparses. J'étais dans un état tellement piteux que j'ai du la menacer de cramer sa baraque si elle ne me soignait pas sur le champ.
-Mais je ne comprends pas. Pourquoi se taper tout le trajet Roumanie-Fontenay-sous-Bois pour te faire soigner? Il n'y a pas de guérisseur à l'est du Rhin?
-Mais qu'est ce que j'en sais moi? Tu crois que j'avais prévu de me faire cramer la gueule? J'ai pas relevé les bonnes adresses sur tripadvisor avant de partir à la chasse au Vladimir. Je me suis contentée d'Odette. Odette qui, après quelques menaces, s'est mise aux fourneaux pour préparer un onguent spécial. A la base je ne crois pas trop à ces machins. Des vampires à la face cramée j'en ai rarement croisés dans ma vie. Mais là j'étais prête à croire n'importe quoi du moment que ça me redonne un joli visage. La crème terminée elle me l'a badigeonnée sur la joue. Une sensation de fraîcheur m'a envahie. Comme quand tu bois un verre de sang bien frais après t'être brossé les dents. C'était l'extase, sérieux. Je suis restée assise deux bonnes heures avant de m'allonger dans la cave avec mes deux accompagnateurs pour passer le jour qui commençait à se lever. Le lendemain Odette était contente d'elle. Non seulement elle avait terminé le nettoyage complet des parois intérieures de sa commode mais en plus l'onguent avait semble t-il fonctionné. Moi, au toucher, je sentais que ma peau restée cramée et resterait cramée à jamais mais je n'avais plus mal et les boursouflures de la brûlure avaient clairement diminuées. Je suis retournée la voir à deux reprises pour de nouvelles séances d'onguents magiques. Les progrès devaient être objectivement observables mais moi je me sentais défigurée pour le restant de ma mort.
-Tu ne l'es pas Florine. Au pire c'est comme une peinture de guerre.
-Et au mieux?
-Au mieux c'est presque invisible. Tu restes Florine. Et tu restes très jolie."

La vampirette agite la tête de droite à gauche, mi gênée mi flattée.
Je finis par ajouter :

"Que vas tu faire maintenant?
-Affronter le regard des autres. Et réparer tes merdes!"

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