samedi 24 janvier 2015

Patient : Jeanne. Entretien : 5



"C'était à Meudon!
-Vous ne pouviez pas sortir plus près? Robert ne voulait pas voir les étoiles sur le champ de Mars?
-On ne voit pas les étoiles sur le champ de Mars Jeanne. A cause de la pollution lumineuse.
-La quoi?
-La pollution lumineuse. C'est l'impact de l'éclairage urbain sur...
-Franchement, Meudon! Vous le saviez que je ne pouvais pas m'éloigner de ma cathédrale. Meudon!
-Dites vous que vous avez loupé l’inintéressante visite du bunker de Sacha et mon enfermement avec Robert.
-Oui, sale histoire hein.
-J'ai failli mourir bouffé par un zombie donc ouais sale histoire. Merci pour votre compassion.
-Hey, c'est vous le psy, pas moi. C'est à vous de compatir. Et là en l’occurrence de compatir au sujet de ma solitude et du fait que vous m'avez laissée toute seule comme un sac à patates de huit siècles.
-Vous exagérez. Et sinon, où en sont vos envies de faire sauter Notre-Dame?
-Elles se sont calmées mais si vous m'oubliez encore elles risquent de revenir et cette fois ci ce sera le grand boum!
-Vous dites que vos envies de tout faire péter se sont calmées, ça veut dire que malgré tout vous vous sentez un peu moins seule, non?
-Vous me forcez à venir chaque mercredi dans le centre, donc forcément je suis moins seule.
-Je ne pense pas avoir le pouvoir de forcer une gargouille à faire quoique ce soit.
-Vous avez peut être plus de pouvoir que vous le pensez Monsieur le psychologue! Et côtoyer Sacha c'est pas une sinécure.
-En tout cas vous avez l'air de bien vous entendre, vous parlez souvent avec lui.
-Ça montre à quel point je suis seule! Pour parler avec Sacha faut vraiment être désespérée non?
-Non, il peut être assez touchant quand...
-Touchant? Il est d'un ennui! Et puis c'est quoi cette manie qu'il a de trimbaler des bières dans ses poches? Il est énervant, pas touchant.
-Mais vous vous entendez pas si mal que ça avec lui Jeanne.
-Un jour je lui arracherai la tête, vous verrez si je m'entends bien avec lui. Nom de Nom. 
-Et vos amies gargouilles, vous avez de leurs nouvelles?
-Non, aucune. Depuis le temps elles doivent être mortes. Ou alors elles me font salement la gueule.
-Vous êtes peut-être la seule gargouille de Paris. Comment vous le vivez?
-Je dois le vivre d'une façon particulière? Je ne sais pas moi...je le vis plutôt mal je pense. Personne ne peut comprendre ce que c'est d'être comme moi. Transformée en pierre la journée, incapable de dépasser les limites de Paris en volant. Gardienne d'un tas de pierres froides. Ouais c'est pas la panacée d'être une gargouille. Mais c'est comme ça, je dois l'accepter je crois. Si j'étais optimiste, ce que je ne suis pas, je dirais que c'est bien d'être unique en son genre. Qu'au moins on se démarque des autres. Mais est-ce que ça vaut quoique ce soit quand on le compare à la solitude? Pas sûre Monsieur le psy.
-En tout cas moi je suis très content de vous connaître et c'est un honneur pour moi de côtoyer LA gargouille de Paris.
-Même si vous en faites un peu trop je prends ça pour un compliment.
-Vous avez une forte personnalité et votre présence est très appréciée dans le centre.
-Dans le centre peut-être mais pas quand vous décidez de sortir sans me prévenir pour aller à Meudon.
-Jeanne..."

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