lundi 22 décembre 2014

92-La nuit du zombie : le contrôle



Le gros policier plissait les yeux dans une vilaine grimace. Il tentait de percevoir le visage de Robert planqué à l'intérieur du van. 

"Ne sors pas ta lampe de poche gros con, ne sors pas ta lampe" lançais-je du regard au flic.

Il a tâtonné sa ceinture avant de la regarder. Apparemment il avait perdu sa lampe. Alors, pour compenser,  il a forcé un peu plus sur le plissement des yeux. Steeve tapotait des doigts sur le volant. Il chantonnait nerveusement quelques airs de Nirvana. Sacha, assis juste derrière Steeve, tentait de boucher la vue du policier en bougeant la tête de droite à gauche. Cela avait l'air d'agacer le représentant de la loi qui, étrangement, ne lui disait pas d'arrêter. Plus loin, près d'une voiture de patrouille, un policier grand mince et moustachu vérifiait les faux papiers de Steeve. Là j'ai pu une nouvelle fois admirer la puissance du Conseil Vampirique. En effet, la radio du type crachotait un "tout est ok" qui nous rassurait. Lui, en revanche, semblait sceptique et demandait confirmation auprès du central.

"R.A.S. tout ok" lui a de nouveau répondu la radio.

Le gros flic ne voulait pas dégager de la portière grand ouverte. Il savait qu'il y avait quelque chose d'intrigant au fond du véhicule mais la peur ou la crétinerie l’empêchait de vérifier. Il aurait pu tous nous faire descendre ou demander à son collègue de lui apporter une lampe. Mais il n'en a rien fait. Il restait là comme un gros singe. Le flic à la radio commençait à s'impatienter. Il me paraissait plus malin que l'autre et tant qu'il restait loin du van ça allait. Il n'en avait pas regardé l'intérieur puisque c'était le gros qui lui avait passé le permis de conduire.
Ce contrôle était ce que je redoutais depuis le début de nos transports de zombie. Cela devait arriver un jour ou l'autre. A l'entrée de Meudon le gros flic posté quelques mètres devant sa voiture nous avait fait signe de nous arrêter. Nous nous sommes alors tous regardé. Avec la dextérité d'un ninja je me suis tourné vers Robert pour lui ordonner de rester bien caché derrière et surtout de ne rien dire (et de ne pas pousser de râle). Quand le policier enrobé a toqué à la vitre côté conducteur j'ai arboré mon plus beau sourire. Il voulait s’enquérir de notre destination.

"On va voir les étoiles", lui avait dit Steeve avec un air un peu benêt.

Le flic collé à la portière du van hésitait entre continuer de décrypter la masse informe qui gisait sur la banquette arrière et abandonner et rendre ses papiers au conducteur. Il était fasciné par la silhouette floue de Robert. Je crois qu'inconsciemment il avait deviné qu'il venait de toucher du bout des doigts quelque chose de surnaturel. Malgré l'obscurité il avait sûrement entre aperçu la pourriture du visage du zombie. L'odeur de mort, à laquelle je m'étais plus ou moins habitué (à l'instar de la puanteur des patients incuriques), lui avait forcément mis la puce à l'oreille. Il aurait pu aisément lever le voile sur ce mystère. Mais il ne l'a pas fait. Peut-être craignait-il de mettre de la réalité sur les images inquiétantes qu'il s'était créées.

Le policier moustachu a fait sursauter son collègue en lui posant la main sur l'épaule. Il a rendu son permis de conduire à Steeve. Puis il s'est tourné vers le petit gros :

"On doit y aller, on a du taf."

Le rondouillard curieux a suivi du regard notre van s'éloigner. Il me faisait penser à un chien malheureux prêt à s'élancer à la poursuite de la voiture qui venait de l'abandonner en forêt.

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