lundi 24 novembre 2014

89-Un bon camarade


 Après avoir ramené Robert dans son sous-sol crasseux Steeve et moi nous sommes posés sur les quais de Seine. Nous profitions de la douceur de la nuit du mois de mai pour regarder les bateaux mouches passer.

"Je me demande ce que fait Florine en ce moment même, ai-je dit en regardant le fleuve scintiller des lumières des immeubles et des réverbères.
-J'espère qu'elle est rentrée, qu'elle débriefe au Conseil Vampirique. Je suis sûr que si je me retourne là maintenant elle sera derrière nous en train de se cacher la bouche pour s'empêcher de rire", a répondu le vampire en souriant.

J'ai discrètement regardé par dessus mon épaule. Il n'y avait personne derrière nous. Pas de vampirette sautillante et pleine de vie. Juste un quai silencieux.

"Steeve, il y a un truc que je ne comprends pas. Pourquoi aller traquer Vladimir alors qu'il suffirait de le laisser là bas au fin fond d'un trou paumé boueux d'Europe de l'est? Il est parti de lui même, c'est ce qu'on veut non?
-'Faut qu'tu comprennes que les vampires ici c'est comme la mafia mec.
-La mafia?
-Yep dude, la mafia. Ok tu peux laisser les chieurs partir d'eux même. Mais si tu fais ça qu'est ce qui les empêche de revenir faire encore plus chier? Si tu ne les quittes pas d'une semelle, que tu les débusques au bout du monde et que tu les menaces directement là ils comprennent le message. Tu sais comme dans les films : si tu ne te tiens pas à carreaux je te bute les genoux. C'est comme ça que le Conseil se fait respecter.
-Vladimir a peur du Conseil tu penses?
-Il s'est enfui, donc oui. Sur le moment en tout cas. Mais c'est un psychopathe Mehdi. Y a qu'à voir comment il a soûlé Florine pendant des années. Ils ont pris un verre ensemble et limite il pensait qu'ils étaient mariés. Le nombre de fois où j'ai voulu lui foutre un coup de guitare sur la tronche, à la Kurty
-Elle a réussi à persuader plein de vampires dissidents non? C'est ce que m'a dit votre directeur. Pourquoi pas lui? Elle n'a pas tué de vampire depuis l'aristo.
-J'en sais rien Mehdi. Vladimir ne t'aime pas mec. Il est jaloux de ta relation avec Florine. Il n'aime pas les mortels. J'espère qu'il écoutera Flo'. J'espère."

La coque illuminée de néons bleus d'un bateau rempli de touristes a glissé à grande vitesse devant nous. Je me suis tourné vers Steeve.

"Quand je ferme les yeux je vois Florine en train de pleurer, les mains couvertes de sang."

A trois heures du matin nous sommes remontés dans le van jaune. La Steeve mobile comme je l'appelais. Sur la route nous avons imaginé le scénario catastrophe d'un contrôle de police avec notre zombie à bord. Nous nous amusions des arguments que nous pourrions sortir à ce moment là. Mais aucun d'eux n'était franchement convaincant. Nous avions pris l'habitude de cacher Robert sous une couverture le temps d'un trajet (étant déjà mort il ne risquait pas l'asphyxie) et nous étions d'accord sur le fait que ça restait plus efficace que le meilleur des arguments. 
Steeve n'était pas Florine. Il ne comprenait pas forcément toutes les subtilités de la vie et il bougeait avec une nonchalance agaçante. Néanmoins c'était un bon camarade. Il faisait le boulot. 
Le van s'est arrêté au niveau de mon immeuble. Je suis descendu du véhicule dont les toussotements du moteur avaient certainement réveillé tout le voisinage.

"Fais confiance à Florine". C'est ce que m'a dit le fan de Nirvana au moment où j'ai ouvert la porte de mon hall d'immeuble. Faire confiance à Florine.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire