mardi 23 septembre 2014

82-...à la dure réalité.



"Alix...
-Oh vous êtes réveillé. Désolée je ne suis pas Alix, je suis le docteur R"
Mon premier réflexe a été de me toucher le visage. J'ai senti un truc dur et épais courant le long de mon nez. Le médecin m'a rejoint et s'est appuyée contre la rambarde du lit.
"N'y touchez pas, c'est un pansement. Restez calme. Tout va bien."
J'ai levé légèrement le bras gauche, une perfusion y était plantée. Je somnolais. Je me sentais bien. Une personne, une infirmière peut être, a rejoint le docteur R. à mon chevet. Elle a vérifié un truc sur une machine.
"On s'occupe de vous, Monsieur. Vous sortez d'un sommeil artificiel dans lequel on vous a plongé pour pouvoir vous soigner. Tout s'est bien passé." m'a t-elle annoncé d'une voix calme.
J'ai voulu lui demander où j'étais mais je n'aspirais qu'à une chose : dormir.

Lumière, mouvements, lumière, tête d'un homme en blouse bleue. On me déplaçait. Mon cerveau tentait d'analyser la situation. J'étais dans une chambre. Oui une chambre c'est ça. On m'a empaqueté dans mon drap pour me transvaser sur un lit. Tout était doux. J'étais dans le coton. Je ne ressentais rien. J'avais juste un peu de mal à respirer par le nez. J'ai du m'endormir car en ouvrant les yeux j'ai constaté que les rideaux avaient été tirés. Une faible lumière s'est allumée. Une jeune femme  poussait devant elle une chariot. Dessus il y avait un plateau repas. Je mentirais si je disais que j'avais envie de manger. Elle a vérifié ma perfusion avant de me demander comment ça allait.
"Je ne sais pas, a été la réponse la plus pertinente que j'ai pu trouvée.
-Vous avez mal?
-Non, ai-je répondu en parlant du nez.
-Si ça ne va pas n'hésitez pas à nous appeler". Elle m'a montré le bouton pour sonner les infirmières.
"Qu'est ce qui s'est passé? lui ai-je demandé même si ma mémoire se remettait doucement en état de marche.
-Vous avez été agressé. On vous a retrouvé inconscient dans la rue. C'est une de vos amies qui a appelé les secours. Vous êtes resté dans le coma deux jours...
-Deux jours! me suis-je exclamé avec ma voix nasillarde.
-Oui deux jours, mais tout va bien. Les examens d'hier sont bons. Vous avez eu un léger traumatisme crânien. Vous avez également le nez cassé, d'où le gros pansement sur le visage. Vous avez un poumon perforé par une côté brisée. Mais rassurez vous, tout va bien maintenant. Nous nous occupons de vous."

J'avais salement morflé. Ce qui m'impressionnait le plus c'était que mon cerveau avait déconnecté pendant quarante huit heures. Je me demandais si j'avais perdu mes facultés mentales. Je tentais de me rappeler de mon nom. Ok. Ma date de naissance. Ok. Plus dur, mon numéro de téléphone. Ok aussi. Je me rappelais de tout. Ouf! Je bougeais les doigts. Ça aussi ça fonctionnait. Et pendant que l'infirmière collait le chariot au lit je remuais les orteils. Il me semblait qu'à part quelques os craqués mon corps et mon cerveau répondaient présents. Du coup je me sentais presque joyeux alors que la situation aurait du me faire m'effondrer en sanglots. Je n'ai pas pu manger ce jour là. Je n'arrivais pas à trouver l'appétit. Rapidement j'ai pensé à Vladimir, à Florine et tout le bordel qui devait secouer le monde de la nuit.

Le lendemain j'ai eu de la visite. Pas celle à laquelle je m'attendais. Ce n'était ni Florine ni ma famille. C'était un homme plutôt costaud en blouson bombers noir. Il gigotait sur place. Il avait l'air assez mal à l'aise. Je devais vraiment être moche à voir. Il a pris une chaise qu'il a glissé à un mètre de moi.

"Bonjour Monsieur. Je suis l'inspecteur T. J'aimerais vous poser deux trois petites questions au sujet de l'agression dont vous avez été la victime cette semaine en trois."

Je ne comprenais pas ce qu'il entendait par cette semaine en trois. Et je n'aimais pas le ton martial de sa voix.

"Est-ce que vous pourriez me décrire l'individu agresseur? a t-il repris en sortant un calepin de la poche intérieur de son blouson.
-Je peux pas trop parler là, lui ai-je dit en désignant mon visage de la main et en soulevant le bras pour lui montrer ma perfusion. Je ne suis pas en état, désolé, ai-je ajouté péniblement.
-Je comprends, je comprends, marmonnait-il en se grattant la tête. J'en parlerai à mon chef", m'a t-il annoncé avant de se lever d'un bond et de me remercier pour ma collaboration.

En sortant il a oublié de fermer la porte. Les bruits du couloir m'étaient insupportables. Je devais manquer de morphine dans le sang. J'ai bipé l'infirmière. Je lui ai dit que j'avais mal "un peu partout" (difficile de bien localiser la douleur dans mon état). Elle a bidouillé un truc sur ma perfusion. Au moment où elle a tourné les talons je lui ai prestement demandé de fermer la porte.
"Naturellement", m'a t-elle répondu.

Après un temps indéterminé de sommeil j'ai eu droit à une nouvelle visite (à croire que mon avis importait peu au personnel soignant). C'était Florence. Elle tenait un gros bouquet de fleurs dans ses bras. J'en avais rien à faire de ses foutues fleurs. Je ne voulais même pas la voir.

"C'te tronche!" s'est-elle exclamée lorsque j'ai ouvert les yeux. Tu m'as vraiment fait flipper tu sais".
Apparemment on se tutoyait maintenant.
"Un fou, un guedin ce punk! a t-elle repris en s'asseyant.
-Qui ça? lui ai-je demandé.
-Le punk qui s'est jeté sur toi. J'ai entendu du bruit. Je pensais que c'était un clodo qui se battait avec un rat. Un gros rat. Un jour j'en ai vu un gros comme ça, on aurait dit un lévrier afghan. J'te jure. Comme ça. Un gros, ponctuait-elle de grands gestes. Le mec te balançait comme une paire de chaussettes sales. C'était Hulk contre Pinocchio. J'ai commencé à gueuler par la fenêtre. Du genre : eh oh ça va oui?! Ça ne l'a pas arrêté, du tout même. Alors j'ai appelé les flics. Ça me faisait mal au cœur de te voir te répandre ainsi sur la chaussée.
-Merci...
-De rien, de rien. Brother! Bro', a répondu Florence en posant solennellement la main sur sa poitrine. Les policiers sont vite arrivés. J'étais surprise. Quand ma voisine a tenté de se suicider au fer à souder ils ne sont pas venus aussi rapidement. Le punk s'est enfui quand il a entendu les sirènes. Il te tenait par la cheville et te traînait parterre quand il a décidé de foutre le camp. Je suis descendue. Tu étais dans un de ces états. Mon dieu. Tu ressemblais à une pizza quatre fromages. Y en avait partout. La police t'a porté les premiers soins mais il a fallu attendre le SAMU. C'est là que la pâlotte a débarqué...
-Florine?! ai-je interjecté en parlant du nez.
-Oui, c'est ça, Florine la pâlotte. Quand elle t'a vu au sol elle a crié, elle était en rage. On aurait dit un hamster sous cocaïne. Elle écartait les flics du bras qui tentaient de la maîtriser. Sans succès. Elle a de la poigne la gamine! Elle s'est jetée sur ton corps. Ouais je dis ton corps vu qu'à ce moment je ne savais pas si tu étais encore vivant ou non. Ils ont menacé de l'embarquer si elle ne se calmait pas, d'autant plus qu'elle gênait l'intervention des secours. Ils ont refusé qu'elle monte dans l'ambulance d'ailleurs. Même si ça me faisait louper Games of Throne à la téloche c'est moi qui suis venue avec toi à l'hôpital. Quand on a quitté la scène de crime elle criait encore comme une furie en tournant en rond. Les policiers ont du passer un sale quart d'heure.
-Où est-elle?
-Qui?
-Florine merde! M'énerver me demandait un véritable effort.
-Ah oui, euh...dans ton cul! Nan, je rigole! Humour à l'américaine. Humour hospitalier. Perf', sonde et scalpel. Florence divaguait.
-Elle est où? ai-je insisté.
-J'en sais rien! Oh! Calmos! Quand je suis rentrée il n'y avait plus personne dans la rue. Elle passera peut être te voir."

Même si je devais remercier Florence pour son intervention c'était Florine que je voulais voir et rassurer. Je savais ce qu'il allait découler de tout ça et ce que la vampirette serait obligée de faire. Je devais lui parler. J'avais semble t-il perdu mon portable dans la bataille. J'aurais pu me servir de Florence comme intermédiaire mais je me suis ravisé. Elle m’énervait pour des raisons qui m'échappaient. Je rageais d'être dans cet état. Pas parce que j'avais mal ou par amour propre. Mais parce que je ne pouvais rien faire, rien gérer. Je ne pouvais aider personne. Je devais attendre.

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