mardi 29 juillet 2014

76-Rencontre de mauvais augure



"Au milieu du chemin de notre vie je me retrouvai par une forêt obscure car la voie droite était perdue". 
Même si elle n'avait rien d'une forêt la rue Dante m'inspirait les premiers vers de l'Enfer. Étudiant j'aimais y traîner car elle regorge de boutiques de nerds. Comics et DVD underground. J'ai jeté un coup d’œil à ma montre. Il était minuit et demi. Chaque nuit c'était le même cirque. Il fallait que je me résolve à rentrer avant de ne plus avoir de métro. Mais une heure du matin était l'heure à laquelle la journée des vampires commençait. Alors le dernier métro je le loupais souvent. Florine me coûtait cher en taxi et en heures de marche nocturne. La nuit était froide et mon souffle s'élevait sous forme de fumée blanche dans l'air. Je pensais au yoga fire de Dhalsim. Je regardais chaque vitrine. Celle qui retenait particulièrement mon attention appartenait à un magasin de jouets et de goodies (ou "objets de collection" comme l'indiquait la devanture). Des figurines chevaliers du zodiaque, un Goldorak tout en métal, un set complet Duffman, Moe et son bar. J'étais aux anges. Florine se serait certainement foutu de moi. La boutique d'à côté mettait en avant des bonnets/gants. Un bonnet en forme de tête de panda kawaï auquel était accroché, par des espèces de manches ouvertes, des moufles tout aussi cute. J'imaginais Florine portant cet accoutrement. Elle me tuerait. J'ai remonté toute la rue pour finalement en emprunter une plus petite. La rue dite de la bucherie. 
"Nous, rue de la bucherie, on vend des bûches, de la grosse, de la petite, de la bûche quoi" ai-je dit à voix haute sur le ton d'un slogan publicitaire. 
Je me faisais rire tout seul. De toute façon personne n'était là pour me blâmer. J'étais définitivement le seul être vivant dans cette petite rue. Derrière la grande vitre d'une agence immobilière une forme a retenu mon attention. C'était un énorme papillon naturalisé. Une sale bestiole marronnasse épinglée sur un grand carton blanc. J'essayais de comprendre la logique qui avait amené le proprio a mettre ça là. En regardant mon reflet dans la vitrine j'ai été surpris par mes joues creusées. Je n'ignorais rien de mon amaigrissement des derniers mois mais les ombres projetées par la lumière des réverbères en accentuait l'impression. 
"C'est vrai que je vais finir par leur ressembler"
Je me rappelais ce que m'avait dit la vampirette au cinéma. Que j'allais finir par devenir un vampire. Physiquement je m'en approchais. Du bout des doigts je touchais le creux de mes joues tout en bougeant la tête.
"Non mais c'est sûr je me vampirise"
Je continuais à me parler tout seul. J'aimais réfléchir ainsi. 
Avec mes grandes dents, mes cheveux courts, les traits marqués de mon visage et mes tenues vestimentaires aux couleurs sombres je correspondais au stéréotype du buveur de sang. C'était peut être pour cela que Florine m'appréciait. Mes balades nocturnes dans Paris étaient elles si éloignées de celles des vampires d'antan partant à la chasse?
"Ça se trouve je suis déjà un vampire et je ne le sais pas encore" ajoutais-je amusé tout en continuant de scruter mon reflet.

"Ça se trouve vous en êtes effectivement un"
Une voix grave et légèrement éraillée venait de surgir dans mon dos. Je me suis retourné rapidement, effrayé. Face à moi un inquiétant personnage. Il portait un masque de théâtre couleur doré. Un de ceux avec un grand nez ressemblant à un bec tordu. Son costume cintré gris et sa cravate ajoutaient au flippant du bonhomme. Parmi les pensées qui se bousculaient dans mon petit cerveau le serial killer nocturne arrivait en tête. Quelque chose me troublait dans son visage. Il semblait déformé ou brûlé. Il s'est approché puis s'est arrêté juste avant le rebord du trottoir, les mains derrière le dos.
"Je disais donc, ça se trouve vous en êtes effectivement un, de vampire.
-Qui...qui êtes vous? lui ai-je demandé, une boule au ventre, espérant que Florine apparaisse d'un instant à l'autre.
-Oh on me donne des noms, ceci ou cela. Mais disons que je suis un ami de la nuit. 
-Nous nous connaissons?
-Je vous connais mais la réciproque n'est pas vraie, sinon vous vous souviendriez de moi, n'est-ce pas?
-Sur...sûrement, répondais-je en essayant de garder mon self control.
-Pour répondre à votre interrogation et à la mienne du coup non vous n'êtes pas un vampire. Vos cheveux courts, vos joues creusées et vos habits noirs ne font pas de vous un vampire. Soyez en heureux!
-Comment...
-Comment je sais tout ça? a t-il dit en m'interrompant. Je le sais, c'est tout. Je sais des choses. Beaucoup de choses. 
-Que savez vous d'autre? 
-Je sais que vous devriez éviter de sortir seul la nuit. Le ciel est gris pour vous en ce moment. 
-Qu'est ce que vous racontez?"
Je dodelinais de la tête en essayant de maîtriser mon émotion. En deuxième position des probabilités :  un énième psychotique traînant dans les rues de la Capitale. Celui ci ayant agrémenté sa folie d'un masque du plus bel effet.

"Ne faites pas ça, m'a t-il dit calmement.
-Faire quoi?
-Jouer au psy. Je ne suis pas fou. Croyez moi.
-Avouez que c'est étonnant un type surgi de nulle part, portant un masque de carnaval m'annonçant que je dois être sur mes gardes la nuit.
-Je le concède!"
L'homme m'a rejoint sur le trottoir, devant la vitrine dans laquelle je m'admirais quelques minutes plus tôt. J'ai fait un pas en arrière. Je pouvais mieux voir son visage. Brûlé certainement. Et lourdement. Et mutilé. Une partie de sa joue droite semblait avoir disparue, ses molaires inférieures étaient visibles. 
"Voyez moi comme quelqu'un de bon conseil. Ces prochaines nuits soyez vigilant. Rien de plus. Vous me pensez fou? Soit, je ne peux pas l’empêcher, c'est votre métier. Mais un homme averti en vaut deux."

Je me méfiais de lui. Les dingues qui vous disent de vous méfier des autres pour mieux vous agresser ne sont pas si rares. J'ai alors remarqué une chose intrigante, son reflet n'apparaissait pas sur la vitre à côté de moi.

"Hé...attendez, votre reflet...là...
-Qu'est ce qu'il a mon reflet?
-Vous êtes un vampire? Regardez là!" ai-je annoncé avec un triomphalisme un peu ridicule.

Je me suis retourné pour indiquer du doigt l'endroit où logiquement son image aurait du se réfléchir dans la vitrine. Mais il avait filé, disparu. Il s'était volatilisé profitant des quelques secondes d’inattention de ma part. Ce qui me confortais dans l'idée que c'était un vampire. Disparaître à la Batman c'était bien un truc à eux. Après avoir décuvé de ma décharge d'adrénaline j'ai quitté la rue tout en restant sur mes gardes. Ce con avait réussi à me foutre la trouille. Autant par son apparence que par ses propos. Il m'annonçait une grosse tuile dans les jours à venir. Il fallait que j'en parle à Florine, sur le champ. 

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