vendredi 18 avril 2014

62-La voix de Rita



Sa voix légèrement cassée me troublait. Elle était saupoudrée d'un léger accent à la provenance indéterminée. J'adorais ça. Et l'écouter, allongé sur mon lit, le téléphone collé à l'oreille était devenu un véritable plaisir. Je me délectais plus de la forme que du fond à vrai dire. La puissance sexuelle de son timbre m'excitait davantage que ses propos. Rita m'avait appelé la première fois suite à son passage par la case Conseil Vampirique. Peu après que Florine l'ait balancée de la mezzanine de l'Antre. Apparemment les anciens voulaient lui remonter les bretelles. Là bas, "par hasard" m'a t-elle dit, elle avait trouvé une des cartes imprimées par Florine sur laquelle figurait mon téléphone fixe. "Hey psychologue pour zombie, ça va?" avait été sa première phrase. Je n'avais pas reconnu sa voix. Lorsqu'elle s'est présentée j'ai failli raccrocher. Par loyauté envers Florine. Car même si je n'avais rien contre elle dans le fond elle restait l'ennemie de ma vampire préférée. Étant de nature curieuse j'ai voulu en savoir plus. Pourquoi m'appelait-elle. Elle m'avait dit alors que "l'incident" avec Florine l'avait marquée. Qu'elle était restée chez elle (elle aussi vivait en collocation) prostrée dans un coin pendant un jour entier, sans savoir pourquoi. Et c'est justement cette interrogation qui l'avait poussée à m'appeler. Ça et l'envie de me parler avait-elle dit. Si au départ je l'écoutais presque silencieusement, n'osant pas établir un véritable contact avec celle qui apparaissait à mes yeux comme la rivale de ma collègue vampirette, j'ai réellement conversé avec elle par la suite. Elle se posait des questions intéressantes sur son propre comportement. Sur sa relation avec Florine, avec les hommes, avec le monde. Mais elle le faisait avec humour et en plaçant de façon ponctuelle de légères allusions sexuelles ici ou là. Chose qui ne faisait qu'augmenter mon trouble et l'ébullition de mes hormones. Même si j'essayais de rester méfiant quant à son véritable but (un piège?) je m'autorisais à me laisser transporter par sa voix et ne culpabilisais pas devant l'érection qu'elle me provoquait. Je lui répondais avec un grand sérieux. Mais, chemin faisant, ce grand sérieux s'est trouvé parasité par des sous entendus coquins que ma testostérone ne pouvait réprimer. Et ça la faisait rire. Et son rire m'excitait et augmentait la fréquence des sous entendus coquins. Le cercle vicieux quoi. Tout cela est rapidement devenu un jeu entre nous. Sans jamais de promesse de rencontre. Nous n'évoquions pas le sujet. Nous savions tacitement que ce serait destructeur pour elle, moi et Florine. En tout cas c'est ce que je supposais.
"Bon, je crois qu'il est temps que je te laisse, tu dois être fatigué.
-Un peu, c'est vrai. On a pas mal discuté mine de rien.
-Trop peut être même, a t-elle dit après avoir ri.
-Eh bien je te souhaite une bonne nuit Rita même si je sais que tu ne vas pas dormir.
-Nous avons des cycles inversés, l'heure où les vampires sortent et se rencontrent.
-Bah bonnes rencontres alors.
-Merci, essaie de dormir."
Nous avons raccroché.
J'avais terriblement envie d'elle.

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