vendredi 28 mars 2014

Patient : Mahaleo. Entretien : 1




Je m'adresse à la chaise face à moi mais c'est Florine qui me rapporte les propos du fantôme.

Mahaleo dit avoir toujours été très timide. A l'école les professeurs lui disaient qu'il fallait faire des efforts. Prendre la parole devant la classe n'était pas possible. Il dit que même parler devant moi c'est dur. Dit que Florine l'a convaincu que ça pouvait l'aider. Il dit que vu que je ne peux pas le voir ça le gène un peu moins. Il dit qu'il en a marre que ses frères le tannent parce qu'il a peur des locataires de la maison. Il a peur des mortels. Il dit que ces derniers sont agressifs, parfois ils débarquent dans le grenier armés d'un balais. Ça lui fait peur. Il dit que ses frères font tout pour les chasser. Ils ont même renversé un meuble sur les précédents proprios. Lui se cache dès que ses frères se mettent en action. Ses frères ne supportent plus ça. Ils disent que c'est leur maison et qu'il faut que lui aussi en prenne conscience. Ils ne peuvent pas être vus mais peuvent renverser des choses, provoquer d'énormes courants d'air. Les nouveaux locataires sont là depuis quelques semaines et sont déjà à cran. La femme évoque l'idée de partir, ce qui ravit ses frères. Mais cela augmente aussi l'énervement du couple. Ce qui est craint par Mahaleo. Ses frères veulent qu'il change. Je lui demande ce qu'il veut lui. Il dit qu'il aimerait être plus courageux. Qu'il aimerait faire plaisir à ses frères, ne pas se sentir rejeter. Mais qu'il n'est pas forcément fait pour faire peur aux gens. Je lui demande comment la maison a pris feu. Il dit que c'était en 1991. Lui et ses frères, jeunes adultes, s'amusaient dans le grenier avec de petits pétards. Les parents n'étaient pas là. Ils faisaient des feux de Bengale. Mahaleo a été mis au défi de tenir un feu de Bengale avec ses doigts. Il l'a fait mais de peur de se brûler l'a jeté sur un tas de vieux journaux posés sur le plancher du grenier. Le feu a pris très rapidement. Tout était en bois et il y avait des liquides inflammables. Ils n'ont pas pu maîtriser les flammes. Et ils sont morts. Il dit se rappeler de la fumée, de la chaleur. Ils n'arrivaient pas à atteindre la trappe à cause des flammes. Après ça il dit que c'est flou. Qu'il y a eu du tout blanc, du tout jaune et du tout lumineux (je soupçonne Florine d'en rajouter). Puis il était dans la cave, avec ses frères. Ils se sont vite aperçu que quelque chose clochait. Ils pouvaient traverser les portes. Il dit qu'il a refusé l'évidence. Il se recroquevillait dans un coin de la cave. Il dit qu'il savait ce qu'il était devenu. Ses frères avaient la rage. Ils disaient qu'ils étaient chez eux. Que c'était leur territoire. Lui, même s'il se sentait plus en colère que d'habitude, voulait plus se cacher qu'affronter le monde. Lorsqu'ils ont monté l'escalier de la cave et franchi la porte ils sont tombés nez à nez avec des ouvriers qui faisaient des travaux chez eux. Ils ont tenté d'interroger les personnes présentes dans la pièce mais personne ne répondait. Ils ont arpenté toute la maison, parfois en traversant les murs. Les ouvriers ne les voyaient pas. Tout juste levaient ils la tête quand, sur leur passage, la fratrie de fantômes faisait voler des feuilles de papier. Ils sont allés au grenier. Il y avait des bâches partout. Ses deux frères ont éclaté de colère. Ils ont fait s'arracher les bâches, découvrant les murs encore noircis de suie. Lui avait peur. Il dit que c'est à ce moment, de façon totalement folle, que ses frères ont voulu faire partir tous les étrangers de la maison. Mais le temps qu'ils comprennent l’étendue de leur pouvoir de nuisance et qu'ils en apprennent les limites (par exemple il leur était impossible de sortir de la maison, une barrière invisible les bloquant) les ouvriers avaient terminé le chantier. Non sans peur et questionnements malgré tout. Je lui demande ce qu'il en était des parents. C'est par Florine qu'ils ont appris que leurs parents étaient définitivement partis de Saint Germain en Laye peu de temps après le drame. Ce qui a augmenté la colère de Benja et Solofo. Lorsque la vieille dame a emménagé les deux frères ont tout fait pour la faire partir, la chasser de leur territoire. De chez eux. Ils poussaient Mahaleo à agir. Sauf que lui restait dans le grenier. Grenier qui était devenu leur lieu de vie. Mahaleo dit qu'ils se sentaient tout trois attirés par cette pièce. Peut être parce qu'ils y étaient morts. Le fantôme traînait la culpabilité d'avoir mis le feu à la maison. D'avoir causé leur mort. D'avoir fait fuir les parents. Et son impossibilité à effrayer les intrus faisaient encore plus bouillonner ses frères. Il dit qu'il observe ses frères quand ils font des coups. Il se cache presque. Et quand un mortel monte au grenier il panique. Il dit qu'il n'a jamais voulu que la vieille locataire se fasse écraser par le meuble. Mais que d'un autre côté il avait ressenti un soulagement. Le soulagement d'être seuls avec ses frères dans une maison qui leur appartenait à nouveau et ce pendant plusieurs années, la maison étant devenue invendable. Il parle de leur rencontre avec Florine (là c'est elle qui me donne sa version des faits...je pense). Elle s'est introduite un jour par la petite fenêtre du grenier qui était restée ouverte. Elle avait entendu parler de la rumeur des "fantômes du grenier". Des fantômes qui avaient dézingué une petite vieille. Elle voulait vérifier par elle-même. Et la première rencontre a été plus effrayante pour eux que pour elle. Ils n'ont pas compris comment elle pouvait les voir et se sont cachés avant de s'apprivoiser mutuellement. Elle me dit qu'elle pensait que je pourrais les voir parce que j'étais en contact avec des créatures de la nuit mais qu'apparemment...non (dit-elle déçue).

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire