samedi 29 mars 2014

59-Avant de prendre le train



"J'ai pu établir un premier contact. Ils ont l'air coopératifs. Il y a des raisons d'espérer. Sérieux Psyman, tu m'as tuée quand tu leur as sorti ça!
-Attention, t'as du sang qui coule sur le menton.
-Ah ouais, excuse."
Florine a essuyé la traînée de sang partant de sa bouche jusqu'au bas de son visage avec l'index. Doigt qu'elle a sucé ensuite pour récupérer l'hémoglobine.
"C'est assez vrai ce que j'ai dit au couple non? ai-je demandé à la vampire
-Dans le fond oui. Mais le ton était tellement surjoué qu'on se serait cru dans Poltergeist 2."
Mon assistante immortelle ponctuait chacune de ses phrases par une gorgée de sang en bouteille. Son grand chapeau était posé tout à droite du banc. Nous étions assis dans un petit parc ouvert, non loin de la gare. A une cinquantaine de mètres de nous un homme promenait son chien, affrontant la fraîcheur de cette nuit de janvier.
"Je pense à tous ces films où il suffit d'enterrer les os des défunts à la bonne place pour faire disparaître les fantômes.
-Tu sais, ils sont enterrés dans le cimetière de la ville. C'est le bon endroit je pense, non? m'a demandé Florine.
-Le cimetière qui est par là? ai-je dit en pointant le doigt vers l'est.
-Oui, celui la, tu le connais?
-Euh...on ira y faire un tour...tu veux?
-Oui, si tu veux. T'as l'air bizarre Mehdi. Ça va?
-Oui oui. Je réfléchis trop, tu sais les psychologues...on est comme ça.
-Si ça va, tout va."
Et elle a porté le goulot de sa bouteille à la bouche et a avalé une nouvelle gorgée.
"Ton idée c'est d'exhumer le corps des trois frères?
-Tu m'as pris pour toi ou quoi? Non Florine, mon idée n'est pas de faire en sorte que les fantômes reposent en paix. Je ne sais pas comment on fait de toute façon. Je pensais à un truc plus fun. Quelque chose qui remettrait un peu de cohésion au sein de la fratrie. Genre faire de Mahaleo un fantôme terrifiant. Qu'il prenne du plaisir à chasser les mortels de sa demeure.
-Ouah, tu surpasses ma perversité légendaire sur ce coup Psyman. Chapeau! m'a t-elle lancé en levant son grand chapeau rond.
-C'est la face cachée des psychologues ma p'tite. Bon, finis ta boisson dégueux, faut qu'on choppe le train."
Le train approchait de la gare. Florine a terminé sa bouteille avant de la mettre dans son sac et, chapeau en main, a sauté par dessus la banc en tenant sa robe et a foncé tout droit. Elle m'ordonnait de me "grouiller". Je marchais rapidement. Pas de quoi courir. Je connaissais le rythme de mes pas et je savais que j'aurais le train fingers in the nose. Avant de franchir le portique de la gare je me suis retourné. J'ai regardé l'homme avec son chien. La nostalgie d'un lieu connu, de rires, de larmes. Le souvenir d'une crêperie à deux rues d'ici. Les images du cimetière...

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