jeudi 25 décembre 2014

93-La nuit du zombie : la voute céleste



Robert avait l'air ridicule à genoux, l’œil collé au télescope. Sacha avait calé ses jambes contre l'épaule gauche du zombie pour lui permettre de rester dans cette position sans s'écraser lamentablement sur le sol. Le mort vivant poussait des râles de satisfaction en découvrant la voûte céleste. Steeve lui servait de guide et décrivait ce que son pote était censé voir. Là la constellation de la balance, ici la planète Vénus, de l'autre côté les cratères de la lune ou la trajectoire potentielle d'une comète. Il semblait connaître son affaire. 

"Ouais Vénus..." a mystérieusement déclaré Sacha qui venait de sortir une bouteille de bière en verre de sa poche.

Le vampire fan de Nirvana a désigné du doigt l'étoile polaire avant de se lancer dans une explication scientifique :
 "Si on pointait l'objectif d'un appareil photo avec un temps de pause long dans cette direction on pourrait voir la course des étoiles mec.
-La course des étoiles? a crachoté le zombie qui venait de décoller son œil globuleux de la lunette.
-Oui, les étoiles feraient comme des cercles concentriques autour de l'étoile polaire. Comme quand tu fais tomber un cailloux dans l'eau. Bon là j'ai pas d'appareil photo et puis on a pas trop le temps. Mais tu super kifferais ça mon pote!"

Le mort vivant a encore poussé un long son guttural qui témoignait d'un certain plaisir lorsque Sacha et moi l'avons aidé à se relever. J'ai remarqué qu'il n'arrivait plus à bouger les doigts, sauf les pouces. Il a dit que ça lui faisait ça depuis plusieurs jours. Nous avons parlé d'espace, de cosmos, de fusée et de nébuleuses pendant une bonne heure. Le discours plein d'entrain de Steeve avait fait son œuvre sur le zombie qui, les yeux plein d'étoiles, évoquait laborieusement son envie de devenir astronaute! Un mort vivant dans l'espace aurait eu le mérite d'être une première. Alors que j'imaginais notre bon Robert affublé d'une tenue d'aventurier spatial Sacha nous a fait une proposition surprenante :

"Dites les mecs, ça vous dirait de visiter mon bunker?"

Son intervention était un exemple de discordance. Je trouvais qu'il cassait l'ambiance mais Steeve y a vu une nouvelle occasion de dire "cool!" Robert n'était pas trop chaud et je le comprenais. Le loup garou nous a fait l'article de son abris et de la façon dont il l'avait aménagé.

"Ça vaut le coup!" répétait-il.

Son speech n'était pas aussi passionnant que celui du vampire au sujet des étoiles mais force était de constater qu'il avait su susciter chez nous de la curiosité. Suffisamment pour nous pousser à l'accompagner à travers forêt pour rejoindre l'entrée du bunker. En empruntant le long couloir qui allait de l'entrée à la salle principale j'ai repensé à cette terrible fois où Florine avait capturé Sacha et l'avait ligoté ici même. L'aménagement de la grande salle carrée avait changé. D'étranges machines grises rectangulaires et pleines de loupiotes étaient posées à même le sol au pied des murs et formaient comme une longue ceinture entourant la pièce. Il devait y en avoir une bonne cinquantaine. Elles étaient de taille différentes et, pour certaines, étaient liées entre elles deux par deux ou trois par trois par une multitude de câbles. Un léger vrombissement émanait de cet abracadabrant assemblage. Tout le matériel de survie, présent lors de ma première visite, avait disparu. Au milieu de la salle il y avait un lit de camp à coté duquel on pouvait trouver un pack de bouteilles d'eau et une boite à outils. Sacha était extrêmement fier de nous présenter cette nouvelle installation :

"Vous pouvez admirer ici un dispositif anti-ondes de dernière génération. Avec ça je peux me protéger du smog à cinquante mètres à la ronde.
-Le smog? lui a demandé Steeve.
-Oui, le smog! a répondu Sacha un peu agacé. C'est le brouillard électromagnétique. C'est la pire des choses sur Terre et heureusement qu'il y a des gens comme moi pour vous mettre en alerte."

Le vampire et moi nous sommes regardé. J'ai haussé les épaules. Robert avait l'air perdu. Il regardait le plafond et agitait la tête au grès des bip bip dégagés par les machines anti smog.

"Il fait une crise d'épilepsie ou quoi? a dit Sacha en désignant le zombie du goulot de sa bouteille.
-Non je crois qu'il est juste un peu perturbé par vos...trucs, vos machines, lui ai-je rétorqué. Mais je ne comprends pas, vous craignez les ondes mais votre bazar électronique là ça ne produit pas un paquet d'ondes?
-Normalement non mais par précaution je les ai couplées à d'autres machines plus petites comme celle ci par exemple. Une machine qui annule les ondes de la machine anti-ondes. Fallait y penser n'est ce pas?
-Mais la machine qui annule les ondes de la machine anti-ondes doit produire des ondes electromachinchouette aussi non?" a remarqué Steeve avec justesse.

Sacha était pris de court. Il a bu une gorgée de bière et a baissé la tête pour regarder ses chaussures. Steeve et moi attendions une réaction de sa part. Mais au lieu de rebondir sur la pertinente intervention du vampire il s'est assis sur son lit de camp et a enlevé ses chaussures. Tranquillement il a ôté ses vilaines chausses marronnasses. Et, contre toute attente, il s'est allongé sur son lit en chien de fusil.

"Vous faites quoi là Sacha? lui ai-je demandé intrigué.
-Je dors.
-Mais vous ne vouliez pas nous montrer votre bunker?
-Vous l'avez vu, maintenant je dors. Bonne nuit."

La situation était absurde et Robert, qui tournait autour de la pièce comme un âme en peine, ne faisait qu'ajouter au côté improbable du moment.

J'ai fait un signe de la tête à Steeve
"Allez, sortons Robert de là."

Steeve a tenu le zombie par le bras et l'a guidé vers la sortie. En passant devant moi, alors qu'une lumière vive provenant d'une lampe du bas plafond l'éblouissait violemment, le mort vivant m'est apparu extrêmement mal en point. Il se traînait en faisant pendre ses bras maigres terminés par des phalanges toute tordues. Il soufflait (respirait?) fort. Une fois Steeve et Robert sortis je restais seul avec Sacha. Dieu qu'il avait l'air pathétique ce grand maigre couché tout habillé sur son lit de camp kakis. Je mesurais toute la folie du personnage, enfermé qu'il était dans son délire électromagnétique et protégé par des machines elle même protégées par d'autres machines. J'hésitais. Je ne savais pas si je devais engager la conversation. Mais des ronflements sporadiques m'ont fait comprendre que je n'avais plus rien à faire là.

Dehors Steeve soutenait toujours Robert. Décidément ce petit tour dans le bunker ne lui avait pas été bénéfique. Nous avons marché jusqu'à notre point initial où nous avions laissé le télescope. Nous voulions ramener le zombie chez lui mais ce dernier ne l'entendait pas forcément de cette oreille.

"Laissez moi respirer, a t-il éructé. J'ai besoin de sentir la voute céleste. Encore un peu. S'il vous plaît."

Steeve a repris son rôle de professeur ès astronomie. Le zombie se tenait debout tout tordu, la tête et le buste partant chacun d'un côté opposé. Il suivait les doigts du vampire qui quadrillaient le ciel étoilé. Steeve ne s'en rendait pas compte mais il permettait à son pote de s'évader. Je crois que dans le bunker Robert s'était, à travers Sacha, vu lui même. Un type triste à l'avenir sombre enfermé dans un souterrain lugubre. En parlant de voyages intersidéraux ou des anneaux de Saturne Steeve faisait, le temps d'une nuit, exploser les murs de toutes les caves du monde. J'étais fier de lui (voire même un peu jaloux).

Dans un film dont le titre m'échappais un couple se faisait la promesse de penser l'un à l'autre en regardant une étoile en particulier à chaque fois qu'ils seraient séparés. Une sorte de téléphone cosmique. Alors, profitant d'être dans le dos des astronomes amateurs j'ai regardé l'étoile polaire et j'ai pensé très fort à Florine.

lundi 22 décembre 2014

92-La nuit du zombie : le contrôle



Le gros policier plissait les yeux dans une vilaine grimace. Il tentait de percevoir le visage de Robert planqué à l'intérieur du van. 

"Ne sors pas ta lampe de poche gros con, ne sors pas ta lampe" lançais-je du regard au flic.

Il a tâtonné sa ceinture avant de la regarder. Apparemment il avait perdu sa lampe. Alors, pour compenser,  il a forcé un peu plus sur le plissement des yeux. Steeve tapotait des doigts sur le volant. Il chantonnait nerveusement quelques airs de Nirvana. Sacha, assis juste derrière Steeve, tentait de boucher la vue du policier en bougeant la tête de droite à gauche. Cela avait l'air d'agacer le représentant de la loi qui, étrangement, ne lui disait pas d'arrêter. Plus loin, près d'une voiture de patrouille, un policier grand mince et moustachu vérifiait les faux papiers de Steeve. Là j'ai pu une nouvelle fois admirer la puissance du Conseil Vampirique. En effet, la radio du type crachotait un "tout est ok" qui nous rassurait. Lui, en revanche, semblait sceptique et demandait confirmation auprès du central.

"R.A.S. tout ok" lui a de nouveau répondu la radio.

Le gros flic ne voulait pas dégager de la portière grand ouverte. Il savait qu'il y avait quelque chose d'intrigant au fond du véhicule mais la peur ou la crétinerie l’empêchait de vérifier. Il aurait pu tous nous faire descendre ou demander à son collègue de lui apporter une lampe. Mais il n'en a rien fait. Il restait là comme un gros singe. Le flic à la radio commençait à s'impatienter. Il me paraissait plus malin que l'autre et tant qu'il restait loin du van ça allait. Il n'en avait pas regardé l'intérieur puisque c'était le gros qui lui avait passé le permis de conduire.
Ce contrôle était ce que je redoutais depuis le début de nos transports de zombie. Cela devait arriver un jour ou l'autre. A l'entrée de Meudon le gros flic posté quelques mètres devant sa voiture nous avait fait signe de nous arrêter. Nous nous sommes alors tous regardé. Avec la dextérité d'un ninja je me suis tourné vers Robert pour lui ordonner de rester bien caché derrière et surtout de ne rien dire (et de ne pas pousser de râle). Quand le policier enrobé a toqué à la vitre côté conducteur j'ai arboré mon plus beau sourire. Il voulait s’enquérir de notre destination.

"On va voir les étoiles", lui avait dit Steeve avec un air un peu benêt.

Le flic collé à la portière du van hésitait entre continuer de décrypter la masse informe qui gisait sur la banquette arrière et abandonner et rendre ses papiers au conducteur. Il était fasciné par la silhouette floue de Robert. Je crois qu'inconsciemment il avait deviné qu'il venait de toucher du bout des doigts quelque chose de surnaturel. Malgré l'obscurité il avait sûrement entre aperçu la pourriture du visage du zombie. L'odeur de mort, à laquelle je m'étais plus ou moins habitué (à l'instar de la puanteur des patients incuriques), lui avait forcément mis la puce à l'oreille. Il aurait pu aisément lever le voile sur ce mystère. Mais il ne l'a pas fait. Peut-être craignait-il de mettre de la réalité sur les images inquiétantes qu'il s'était créées.

Le policier moustachu a fait sursauter son collègue en lui posant la main sur l'épaule. Il a rendu son permis de conduire à Steeve. Puis il s'est tourné vers le petit gros :

"On doit y aller, on a du taf."

Le rondouillard curieux a suivi du regard notre van s'éloigner. Il me faisait penser à un chien malheureux prêt à s'élancer à la poursuite de la voiture qui venait de l'abandonner en forêt.

dimanche 30 novembre 2014

91-Confidence sur l'oreiller



"Raconte moi une histoire, m'a t-elle demandé presque suppliante, la tête posée au creux de mon épaule.
-Je ne connais pas d'histoire mais je peux te raconter un rêve que j'ai fait il y a quelques jours. Un rêve qui lorsque j'y repense me laisse un sentiment d'étrangeté. Je n'arrive pas à savoir si c'est de la nostalgie ou autre chose.
-Je veux bien l'entendre, a t-elle répondu après un petit silence.
-Ok. Dans ce rêve je reviens dans la ville où je suis censé avoir grandi. Un mélange entre Paris et un petit village de province. Je suis accueilli comme le fils prodigue. Tout le monde me reconnaît malgré les années qui se sont écoulées. Il y a cette boulangère bien en chair qui me prend dans ses bras. Chaque personne que je croise est plus que chaleureuse. Mais quelque chose cloche. Derrière les sourires il y a comme...comme une profonde tristesse. Une sorte de nostalgie. Tous m'interrogent sur ma santé, mon travail. Même s'ils me parlent avec bienveillance il y a toujours un moment dans la conversation où ils deviennent gênés, évitants. Le sujet qui semble les déranger c'est ma copine de l'époque. Celle du temps où je vivais dans cette ville pleine de bonnes gens.

 ''Vous formiez un si joli couple'' comme me le dit la boulangère.

Cette fille, ma copine de l'époque n'existe pas hein. Je ne sais pas qui c'est. Dans ce rêve je la visualise mal. Je crois qu'elle est blonde. Dès que je cherche à en savoir plus sur elle et ce qu'elle est devenue on me répond par un gentil sourire et c'est tout. Que nous est-il arrivé à elle et moi? Où est-elle? Personne ne répond. Je sens que quelque chose de dramatique s'est passé mais bon Dieu personne ne veut me dire  quoi. Bizarrement j'ai le sentiment que les gens que je croise pensent que j'ai déjà toutes les réponses à mes interrogations. Je sais sans savoir. Le couple que je formais avec cette nana fantomatique était considéré comme mythique. Non ne rigole pas, c'est comme ça que je le perçois dans mon rêve. Ce que je crois comprendre au moment où je commence doucement à me réveiller c'est que cette fille et moi avons été au centre d'une terrible histoire qui a provoqué une extraordinaire tristesse dans la communauté. Ça sent la mort. Qui est mort? Elle. Elle est morte. C'est l'hypothèse que je privilégie dans mon rêve sauf que j'ai le sentiment de me tromper. Et juste avant de me réveiller j'ai comme un flash. Et si c'était moi qui étais mort?"

Elle a levé la tête puis l'a reposé près de mon épaule avant de me chuchoter à l'oreille :

"Moi je suis morte".

mercredi 26 novembre 2014

90-Rita et-moi


Je fixais mon reflet dans l'écran éteint de mon téléviseur en répétant à haute voix  : "la mafia, la mafia". Le laïus de Steeve sur la façon dont le conseil vampirique imposait son autorité m'avait fait réfléchir. Ma vision sur les vampires parisiens changeait doucement. Ils m'apparaissaient moins potentiellement sympathiques que je ne l'avais imaginé. C'était une société vivant le plus possible en vase clos et réglant ses problèmes de la façon la plus froide qui soit. Le Conseil Vampirique c'était là où se réunissaient les parrains. Florine c'était l'homme de main. L'Europe de l'est c'était leur Sicile. L'image que mon cerveau fatigué construisait de tout cela ne me plaisait guère.
Dans l'écran je distinguais les cernes sous mes yeux. Je n'avais plus la force de me lever. Je commençais à envisager de dormir là, assis devant la télé, les mains jointes. Je me demandais si c'était techniquement possible ou si au premier assoupissement j'allais m’effondrer sur le sol et au passage me fracasser la mâchoire contre la table basse. Je cogitais mais rien ne se passait. Ni assoupissement ni chute. Par un incroyable effort de volonté je me suis dressé sur mes pieds. J'étais stupéfait. Je n'arrivais même plus à me souvenir du processus qui m'avait fait passer de l'état assis à l'état vertical. Mais, une fois debout j'ai pu m'activer. Je me suis mis en mode dodo. Cette phase un peu ritualisée (très même) où je range ce qu'il y a à ranger, où je me lave ce qu'il y à laver et où je prépare pour le lendemain ce qu'il y a à préparer. L'étape finale étant ce doux moment où je me glisse sous la couette avec cette agréable sensation de moelleux qui me parcourt le dos. 
Les aiguilles de la pendule de la salle de bain indiquaient quatre heures du matin tandis que je finissais de me brosser les dents. J'ai éteint les lumières les unes après les autres. Et on a frappé à la porte. Je suis resté pétrifié au milieu du salon où je venais d'éteindre la dernière lampe de l'appartement. Vêtu uniquement d'un boxer rouge j'ai attendu. Et on a encore frappé. Je me suis avancé doucement vers la porte. Mes neurones tentaient des connexions audacieuses. Ils voulaient que la seule explication à ces coups nocturnes soit Florine. Mon lobe frontal était formel : c'était elle. Mais le judas a tenu un autre discours. Après y avoir jeté un coup d’œil je me suis reculé. Ce n'était pas Florine mais Rita. La sublime vampire gitane. Mes tympans résonnaient des battements de mon cœur. Je ne savais pas quoi faire et pourtant je l'avais imaginé mille fois ce moment. Rita a retoqué à la porte.

"Deux minutes!" lui ai-je dit d'une voix éraillée qui trahissait mon manque d'assurance.

Retrouvant quelque peu mes esprits je suis allé dans la chambre à tâtons pour enfiler un t-shirt et un pantalon. Puis, après avoir pris une bonne inspiration et allumé l'ampoule de l'entrée j'ai entrouvert la porte.
La vampire était divinement belle. On la disait gitane mais les traits de son visage, en particulier ses yeux légèrement bridés, évoquaient l'Asie et ses longs cheveux noirs me faisaient penser, eux, à l'Italie. Son teint blafard d'immortelle avait fait disparaître à jamais la pigmentation brunâtre de sa peau qu'elle devait avoir jadis. De près, je la trouvais  grande surtout comparée à Florine. Ses bottes de cuir à talons aiguilles n'en accentuaient que plus l'impression. Elle avait les mains enfoncées dans les poches de son long manteau noir boutonné jusqu'au col.

"Tu en as mis du temps Psyman". Elle ne parlait pas, elle susurrait. Sa façon de rouler légèrement les r, ses mouvements de lèvres et ce petit sourire en coin qui ne quittait pas son minois la rendaient terriblement désirable.

Elle a sorti sa main droite de sa poche et l'a passé dans ses cheveux en poussant un soupir qui pour moi sonnait comme un gémissement. Si on y regardait de plus près on pouvait avoir un léger dégoût pour cette peau blanche presque transparente caractéristique des êtres de la nuit. Chaque veine était un tatouage sur son cou et ses joues. Mais Rita dégageait quelque chose qui me plaisait. Elle puait la sensualité.

"Tu me fais entrer? Elle faisait la moue et bougeait la tête de droite à gauche dans une espèce de danse de séduction. Fais moi entrer Mehdi."

Je restais silencieux, taraudé par un conflit de loyauté. Mais la disparition de Florine faisait légèrement pencher la balance en faveur de Rita. Devant mon absence de réaction elle a pris la plus excitante des initiatives. Elle a ouvert son manteau et l'a fait tomber à terre. Hormis ses bottes de cuir elle ne portait qu'un ensemble soutien gorge et tanga noir. Sa peau n'en paraissait que plus blanche et ses veines plus apparentes. Mais la perfection de son corps m'aveuglait et relativisait tout défaut cutané. Mes yeux ne savaient quoi admirer. Ses longues et jolies jambes? Ses hanches aguicheuses? Son ventre plat? Sa gorge accueillante? Sa bouche d'où sortait par intermittence une petite langue agile qui humectait ses lèvres? Mon silence était maintenant émaillé d'un soufflement nerveux provenant de mon nez. Et Rita de me transpercer du regard, l'air mutin. Mon cœur tambourinait. Je savais qu'avec ses sens décuplés elle pouvait l'entendre. Mes abdos se sont contractés et mes mâchoires se sont serrées. Au diable la loyauté, au diable Florine. J'ai ouvert la porte en grand.

"Entre Rita..."

lundi 24 novembre 2014

89-Un bon camarade


 Après avoir ramené Robert dans son sous-sol crasseux Steeve et moi nous sommes posés sur les quais de Seine. Nous profitions de la douceur de la nuit du mois de mai pour regarder les bateaux mouches passer.

"Je me demande ce que fait Florine en ce moment même, ai-je dit en regardant le fleuve scintiller des lumières des immeubles et des réverbères.
-J'espère qu'elle est rentrée, qu'elle débriefe au Conseil Vampirique. Je suis sûr que si je me retourne là maintenant elle sera derrière nous en train de se cacher la bouche pour s'empêcher de rire", a répondu le vampire en souriant.

J'ai discrètement regardé par dessus mon épaule. Il n'y avait personne derrière nous. Pas de vampirette sautillante et pleine de vie. Juste un quai silencieux.

"Steeve, il y a un truc que je ne comprends pas. Pourquoi aller traquer Vladimir alors qu'il suffirait de le laisser là bas au fin fond d'un trou paumé boueux d'Europe de l'est? Il est parti de lui même, c'est ce qu'on veut non?
-'Faut qu'tu comprennes que les vampires ici c'est comme la mafia mec.
-La mafia?
-Yep dude, la mafia. Ok tu peux laisser les chieurs partir d'eux même. Mais si tu fais ça qu'est ce qui les empêche de revenir faire encore plus chier? Si tu ne les quittes pas d'une semelle, que tu les débusques au bout du monde et que tu les menaces directement là ils comprennent le message. Tu sais comme dans les films : si tu ne te tiens pas à carreaux je te bute les genoux. C'est comme ça que le Conseil se fait respecter.
-Vladimir a peur du Conseil tu penses?
-Il s'est enfui, donc oui. Sur le moment en tout cas. Mais c'est un psychopathe Mehdi. Y a qu'à voir comment il a soûlé Florine pendant des années. Ils ont pris un verre ensemble et limite il pensait qu'ils étaient mariés. Le nombre de fois où j'ai voulu lui foutre un coup de guitare sur la tronche, à la Kurty
-Elle a réussi à persuader plein de vampires dissidents non? C'est ce que m'a dit votre directeur. Pourquoi pas lui? Elle n'a pas tué de vampire depuis l'aristo.
-J'en sais rien Mehdi. Vladimir ne t'aime pas mec. Il est jaloux de ta relation avec Florine. Il n'aime pas les mortels. J'espère qu'il écoutera Flo'. J'espère."

La coque illuminée de néons bleus d'un bateau rempli de touristes a glissé à grande vitesse devant nous. Je me suis tourné vers Steeve.

"Quand je ferme les yeux je vois Florine en train de pleurer, les mains couvertes de sang."

A trois heures du matin nous sommes remontés dans le van jaune. La Steeve mobile comme je l'appelais. Sur la route nous avons imaginé le scénario catastrophe d'un contrôle de police avec notre zombie à bord. Nous nous amusions des arguments que nous pourrions sortir à ce moment là. Mais aucun d'eux n'était franchement convaincant. Nous avions pris l'habitude de cacher Robert sous une couverture le temps d'un trajet (étant déjà mort il ne risquait pas l'asphyxie) et nous étions d'accord sur le fait que ça restait plus efficace que le meilleur des arguments. 
Steeve n'était pas Florine. Il ne comprenait pas forcément toutes les subtilités de la vie et il bougeait avec une nonchalance agaçante. Néanmoins c'était un bon camarade. Il faisait le boulot. 
Le van s'est arrêté au niveau de mon immeuble. Je suis descendu du véhicule dont les toussotements du moteur avaient certainement réveillé tout le voisinage.

"Fais confiance à Florine". C'est ce que m'a dit le fan de Nirvana au moment où j'ai ouvert la porte de mon hall d'immeuble. Faire confiance à Florine.

vendredi 31 octobre 2014

88-La vie sans elle




"On se fait un scrabble? Un p'tit scrabble?"  a de nouveau proposé Sacha. Sans succès.

Je commençais à sérieusement douter de la pertinence de rouvrir le centre 666. L'ambiance était merdique. Tous me faisaient sentir l'absence de Florine. Oliver psalmodiait des vers de Yeats assis à même le sol, le regard perdu dans le vague. Malgré ses efforts Steeve accompagné de sa guitare n'arrivait pas à intéresser un Robert dont le visage putréfié était littéralement collé à la baie vitrée. Je pensais au nettoyant à vitres rangé sous l'évier. Jeanne me faisait remarquer qu'il faudrait des "nouveaux" pour animer l'endroit. Elle n'avait pas fondamentalement tort mais j'ai du lui faire comprendre que les créatures de la nuit en souffrance ne se trouvaient pas en soulevant une pierre dans un jardin. Sauf à vouloir faire du centre un repère de vampires névrosés. Même Sacha qui avait pourtant bien des choses à reprocher à Florine s'interrogeait sur son sort entre deux sirotages de bières (mais pourquoi diable le laissais-je boire?) et de relances pour une partie de jeu de société. J'avais annoncé à la petite troupe ce que je savais de la situation. Même s'il me semblait qu'Oliver et Steeve en savaient un peu plus que moi. J'avais du chercher une vieille carte de l'Europe dans un bureau voisin pour situer le possible cheminement de la vampirette. La gargouille, qui n'avait jamais quitté Paris, se représentait difficilement les distances, les cultures, les langues. Le monde extérieur en somme. Ce qui a permis au loup garou de nous parler des mets locaux hongrois et en particulier de ses délicieux et aromatisés alcools.

"Un petit poker? Quelqu'un? On peut miser des bouteilles de sang ou de la cervelle bien fraîche hein. Non? Personne?" demandait le lycanthrope passant d'un interlocuteur à un autre.

Robert poussait des gémissements aussi inquiétants qu'énervants. De sa bouche en piteux état s'échappait une longue litanie d'autoreproches. Il s'en voulait  d'avoir pu douter de l'amitié de Florine  ces derniers mois. A la cantonade le petit groupe lui disait d'arrêter de geindre. Sacha lui a attrapé l'épaule, collant sa tête contre la chevelure abondante du zombie. Il compatissait. S'en est suivi un monologue digne des piliers de bar à base de "t'es mon pote", "à la vie à la mort" ou "tout va bien frérot". Je n'arrivais pas à déterminer lequel des deux était le plus pathétique.
Nous nous rendions tous compte que Florine était la pile électrique qui nous animait lorsque nous étions ensemble. Steeve tentait bien de faire du lien entre chacun et d’insuffler un peu de dynamisme dans le centre mais ce n'était pas pareil. Quelque chose manquait. Ou plutôt quelqu'un. Calé dans un fauteuil rouge qui semblait avoir dévalé le grand canyon pendant des jours tant il était dans un sale état je pensais à elle, à Florine. Malgré ma sympathie pour Robert, Steeve et les autres je les aurais échangé sur le champ contre la petite vampire. Ma relation avec elle n'était clairement plus celle qui lie un psychologue à sa patiente. C'était devenu presque filial. Oui, c'était ça. Perdre Florine c'était perdre celle qui depuis huit mois rendait ma vie intéressante. Si c'était vrai pour moi je pouvais essayer d'imaginer ce que ça pouvait être pour ceux qui la connaissaient depuis longtemps.

"Je vous ai dit que j'étais imbattable au Docteur Maboule?" a repris Sacha en enfonçant ses mains dans son grand pardessus beige élimé.

Je me suis assis à côté d'Oliver. Il me confiait que c'était à chaque fois pareil. Quand Florine partait pour ce genre d'expédition Steeve et lui se sentaient mal pour elle. Ils avaient l'impression d'être des lâches et de laisser leur coloc faire tout le sale boulot à leur place. Même Phil, malgré ses grands airs, s'inquiétait pour elle. Mais tout finissait bien. Ils se retrouvaient tous les quatre et  fêtaient le retour de la vampirette avec une bonne rasade de Red devant une émission débile ou avec du rock craché à fond dans les enceintes de la chaîne hi-fi. Oliver voulait que ça finisse comme ça. Pourtant les paroles que lui avait dites Florine avant qu'elle parte à la recherche de Vladimir ne l'avaient pas rassuré. Il sentait de la colère en elle. De la rage même. Cette fois ci ce n'était pas pour la communauté qu'elle partait à la chasse. C'était personnel. On touchait à l'intime. Dans ce qui ressemblait à une prière Oliver a souhaité que Vladimir coopère. Qu'il accepte de se calmer et de disparaître (au sens figuré du terme). Il voulait ardemment cela car sinon, disait-il, il faudrait bien plus que du rock pour lui faire retrouver le sourire.

J'ai invité Sacha à me rejoindre à la table. Je lui ai appris les règles d'un jeu de cartes qu'on m'avait jadis enseigné : le timber. Le loup garou enchaînait les défaites. Je le charriais. Et ça le faisait rire. Alors Steeve s'est joint à nous. Puis Oliver qui déclamait un texte d'Oscar Wilde sur les jeux de dés. Jeanne ne voulait pas participer mais elle ne se privait pas de commentaires ironiques à l'encontre des perdants. Seul Robert, la face contre la vitre, n'était pas de la partie. Ses râles se faisaient plus sporadiques mais me rappelaient à quel point elle me manquait.

mercredi 29 octobre 2014

Patient : Mahaleo. Entretien : 3



Entrer dans la maison s'était avéré plus compliqué que les fois précédentes. Le couple était devenu méfiant depuis l'épisode de la tasse volante. Il commençait à douter des mes capacités de chasseur de fantômes. L'attitude de Steeve n'arrangeait pas les choses. Son look les avait fait sursauter. Apparemment le combo chapka/marcel blanc n'était pas à leur goût. Je lui avais demandé pourquoi il s'était habillé ainsi. Il avait répondu un désinvolte "ch'ais pas". Mais les locataires, visiblement toujours stressés par la cohabitation forcée avec les revenants, avaient fini par nous ouvrir la porte et nous laisser travailler. A mon grand soulagement Steeve voyait également les fantômes. Nous nous sommes installés dans le grenier. Au début les chaises ont gigoté témoignant, selon le vampire à la chapka, de la surprise des frères poltergeist qui s'attendaient à retrouver Florine et non un énergumène grimé en hipster. Après deux bonnes minutes d'explication le calme est revenu.

"Là Benja dit que t'as déconné en v'nant pas, m'a dit Steeve en croisant les bras.
-Quoi? En ne venant pas quand?
-Ah ok, en fait ils parlent des dernières semaines. Les mecs, il était à l'hosto, Florine a du vous le dire non?"
Je ne me faisais toujours pas à ces interlocuteurs invisibles. Déjà que Steeve me paraissait allumé le voir s'adresser à des chaises vides le rendait encore plus fou.

"Là Mahaleo te demande ce que sera la prochaine étape?
-L'étape de quoi? ai-je répondu en me tournant vers le vampire et en me tenant le visage entre les mains.
-Bah l'étape de..ah...ok...l'étape du programme faire de Mahaleo un super fantôme.
-Ce n'est pas ça l'idée. L'idée c'est...
-Ah non non c'est ça l'idée ils me disent, c'est tout à fait ça l'idée man! Ils sont formels, m'a interrompu Steeve.
-Non, ce n'est pas ça l'idée!"

J'essayais de garder mon calme. Je n'étais pas au summum de ma forme physique. Je me sentais encore cassé de partout. Je ne voulais pas débattre avec toute la fratrie et Steeve. J'ai donc demandé aux trois sièges posés près du mur de bien vouloir nous laisser seuls avec Mahaleo.

"Mahaleo, comment se passe la cohabitation avec le couple de locataires maintenant? ai-je dit à la chaise vide du milieu une fois assuré que Benja et Solofo étaient partis.
-Il dit qu'il arrive à faire tomber de petits objets genre bibelots ici ou là. Une salière, un stylo, une fleur, une pince à linge...
-Oui oui j'ai compris.
-Des objets de toute sorte, des trucs manufacturés quoi.
-Manufacturés? Non rien, oublie, continue.
-Il disait donc qu'il fait tomber des objets mais qu'il se planque toujours illico presto en flippant comme un bébé phoque. Et du coup il attend ton prochain super conseil pour le faire aller de l'avant. Il veut enfin devenir la fierté de ses frères."

Steeve me regardait les yeux grand ouverts. Il écartait les mains m'invitant ainsi à prendre la parole. Moi, je fixais le sol.

"Mehdi, psst, Mehdi, me faisait le vampire pour que je dise quelque chose.
-Pourquoi ne pas envisager une cohabitation pacifique entre vous et les vivants? Que cette maison soit une sorte de colocation où chacun peut vivre en paix? Je ne veux pas que ce pauvre couple souffre des conseils que je peux vous donner Mahaleo.
-Euh man c'est pas trop la réponse qu'il attendait je crois.
-Oui mais c'est ma réponse! ai-je dit en me levant et en commençant à faire les cent pas. Vous ne pouvez pas vivre en paix sérieux? Fantômes et mortels? Qu'est ce qu'il y a craindre ou à perdre? Hein Mahaleo, qu'est ce qu'il y a à craindre bordel?
-Euh man...
-Quoi?!
-Euh...bah...il vient de partir, il a traversé le mur.
-Il a dit un truc avant de s'en aller?
-Non, attends, il revient. Il est avec ses frères. Euh...man...ils sont en colère je crois."

Les chaises ont commencé à vibrer sur place puis ont été projetées en ma direction. Malgré ma faiblesse j'ai réussi à les esquiver. Steeve s'est levé et a agité les bras pour essayer de calmer les revenants en furie. Les murs en bois tremblaient, des papiers tourbillonnaient dans la pièce.

"Je pense qu'il faut qu'on se casse man!" a crié Steeve.

Sans répondre je me suis dirigé vers la trappe à reculons, effrayé et fasciné par ce spectacle tout droit sorti de Ghostbusters. Nous sommes descendus quatre à quatre. Le plafond résonnaient de coups sourds. Le couple s'est étonné de nous voir revenir si vite.

"C'est déjà terminé? m'a demandé la femme inquiète.
-Le dialogue est difficile aujourd'hui, ils sont assez agités, ai-je lancé en remettant mon blouson.
-La soirée risque d'être un peu...compliquée, a ajouté Steeve en ouvrant déjà la porte d'entrée.
-Compliquée? C'est à dire?" a dit l'homme en bondissant du canapé.

Nous n'avons pas pris le temps de répondre et nous sommes sortis. Nous avons marché rapidement accompagnés par les bruits de la colère des fantômes qui se faisaient plus intenses. Alors que nous rejoignions la rue une explosion de verre s'est faite entendre. Une chaise, qui gisait maintenant dans le jardin,  venait de faire sauter le carreau de la fenêtre du grenier.

lundi 27 octobre 2014

86-Où est Florine?



Gueuler peut ouvrir des portes. En tout cas celles du Conseil Vampirique. L'hôtesse derrière le pupitre du grand hall ne voulait pas y mettre de la bonne volonté. "Non" je ne pouvais voir personne. "Non" elle ne me dirait rien sur Florine. "Non" je ne pouvais pas rester. Alors j'ai tapé du poing sur le meuble en bois qui me séparait d'elle. 

"Où est Florine?! Je lui criais dessus. Où est Florine bordel?!. Je ponctuais mes cris de coups sur le comptoir. Où est Florine? Oh!"

La vampire aux cheveux tirés en arrière, vêtue d'un tailleur noir moulant, était surprise. Presque apeurée par mon énervement. Le téléphone blanc posé devant elle a sonné. Tout en répondant elle me regardait m'agiter. On m'avait enlevé mon plâtre nasal deux jours auparavant et j'avais retrouvé une voix digne de ce nom. Alors je la faisais retentir dans l'immense pièce avec un plaisir pervers. Je levais les bras en regardant le lustre imposant fixé au plafond. Et je gueulais.
La secrétaire a raccroché. Elle me fixait avec sévérité. Mais je ne me démontais pas. 

"Où est Floooooorine!!? Où est Floooooooorineuuuuh?!!"
Je m’époumonais. Mes côtes me faisaient mal. Je me suis appuyé contre une colonne pour reprendre mon souffle. 
Alors a surgi un homme de taille moyenne à l'air jovial mais au teint blafard. Les manches de sa chemise étaient retroussées. Arrivé à ma hauteur il a réajusté ses lunettes. Son sourire m'a déconcerté. Ce personnage de bonne humeur n'était autre qu'un des Anciens du Conseil. Ni plus ni moins que son directeur. Le vampire que j'avais rencontré lors de mon oral pour défendre le projet du centre 666.

"Vous semblez avoir retrouvé vos forces Monsieur S., m'a t-il dit d'une voix douce.
-Oui...je vais mieux...plus de pansement sur le nez tout ça.
-Vous m'en voyez ravi!"

Il s'est tourné vers la fille de l'accueil et lui a fait de la main un signe d'apaisement. Bien plus tard j'apprendrais qu'elle était deux fois plus âgée que Florine. Le directeur m'a conduit à l'étage inférieur, là où était le centre névralgique de la structure. Comme lors de ma première visite tout le monde s'est arrêté en me voyant. Mais, il les a calmé d'un autre mouvement de main. Et la foule s'est remise au travail.

"La curiosité est un vilain défaut" leur a t-il lancé en hochant la tête avec une fausse sévérité.

Il m'a conduit à ce qui s'est avéré être son bureau. Pour l'atteindre il a fallu descendre un escalier de pierres en colimaçon. L'air était humide. J'avais l'impression d'être dans ma cave. Pourquoi diable les Anciens s'obstinaient-ils à vivre dans ce décorum? Peut-être que ce genre de lieu était uniquement destinés aux mortels. Pour nous impressionner alors que son véritable bureau était en fait une pièce ultra design avec tout le confort moderne. Le directeur m'a fait entrer dans un endroit qui semblait sortir tout droit du moyen âge. Le lieu était petit avec un plafond voûté si bien qu'on ne pouvait pas tenir debout partout. A certains endroits il fallait adopter une posture de petit vieux au dos cassé pour pouvoir passer. Un bureau massif  en bois divisait la pièce. De part et d'autre de celui ci deux grandes chaises ouvragées se faisaient face. Celle où siégeait l'homme aux petites lunettes était plus grande que la mienne. Des chimères ornaient le sommet de son dossier. Derrière lui, posées sur les étagères d'une bibliothèque où trônaient des livres venus tout droit d'une époque antédiluvienne, des bougies faisaient danser leurs flammes. Encore le décorum puisque la lumière de l'ampoule fixée au centre de la voûte suffisait amplement. Un ordinateur portable gris ouvert au bout du bureau était une des rares concessions faites à la modernité. Il faisait trop froid à mon goût. Je m'enfonçais dans mon blouson tandis que le vampire arborait fièrement ses avant bras nus.

"Pourquoi portez vous des lunettes? lui ai-je demandé pour enfin lancer la conversation.
-La force de l'habitude. J'en portais avant de devenir vampire. On va dire que c'est par pure coquetterie."

Le directeur plissait les yeux en souriant. Ce qui lui conférait un air malicieux.

"Où est Florine? J'avais décidé d'aborder les choses sérieuses.
"Vous savez très bien où elle est. Vous ne connaissez peut être pas la localisation exacte mais vous n'ignorez pas ce qu'elle est partie faire. N'est ce pas?
-Je veux pouvoir la contacter. Elle n'a pas à faire tout le sale boulot.
-Non, vous ne la contacterez pas. C'est elle qui le fera, à son retour. En attendant rien ne doit la perturber dans son travail. Travail qu'elle a, au passage, choisi. Ne croyez pas qu'on nous la contraignons à quoique ce soit.
-J'ai du mal à croire qu'elle fasse ça par gaieté de cœur. A chaque fois qu'elle en parle c'est un déchirement.
-Mais je ne dis pas que c'est facile pour elle. Je dis que personne ne l'a obligé à le faire. Personne ne lui a ordonné de faire du ménage dans nos rangs. Dans le cas qui nous intéresse aujourd'hui, Vladimir, Florine est venue me voir en disant qu'il lui fallait une petite équipe pour le retrouver et si nécessaire malheureusement l'éliminer.
-Vous auriez pu lui dire non, ai-je répondu au vampire en essayant de prendre le dessus.
-Pourquoi l'aurais-je fait? Il fallait s’occuper de Vladimir. Avant de vous agresser il avait déjà un dossier bien fourni. Il est passé de gênant à dangereux pour la communauté. Un vampire qui s'en prend violemment à un mortel et c'est la sécurité nationale qui nous tombe dessus. Je vous prie de croire qu'au sommet de ces services il y a des gens qui ne demandent à qu'à nous exterminer et mettre le feu à ce lieu.
-Donc Florine agit pour le bien de la communauté, lui ai-je rétorqué d'un ton sec. Et pour son bien à elle vous faites quoi?
-Florine a toujours eu l'esprit de sacrifice vous savez. Elle a bien compris que parfois il fallait mettre de côté son ego pour le bien de tous. Sans son esprit de sacrifice le Conseil Vampirique n'aurait jamais pu exister.
-Comment ça?
-En 1968 le jeune Conseil que plusieurs d'entre nous venions de créer connaissait une existence fragile. Certains vampires n'en faisaient qu'à leur tête et continuaient de provoquer la paix entre les mortels et nous. Leur leader, si je peux m'exprimer ainsi, était l'Aristo.
-Celui qui a fait de Florine une vampire, ai-je dit à voix basse, presque en chuchotant.
-Exactement. C'était un vampire respecté de par son âge multi séculaire mais aussi craint. Il a toujours refusé de cohabiter avec vous autres et il disait avoir la nausée à l'idée de ne plus pouvoir se servir à la source. Alors qu'enfin les services secrets nous laissaient tranquille l'Aristo, lui, continuait de tuer sur le territoire national. Il éliminait les vampires qui tentaient de le raisonner et s'abreuvait de mortels isolés. C'est pourquoi les plus sages d'entre nous ont lancé une traque. Tuer l'Aristo était devenu notre priorité. Aussi puissant était-il il a préféré fuir de l'autre côté du rideau de fer, chez les vampires les plus sauvages qui ne pouvaient même pas imaginer une paix avec les êtres diurnes. Mais il comptait revenir et frapper fort.
-Et Florine est partie le chercher, c'est ça?
-Un jour elle s'est présentée au Conseil. L'Aristo avait tenté de la convaincre de la rejoindre. De partir avec lui et de régner ensuite en Maitres sur la nuit. Vous voyez l'idée. Elle a refusé. Depuis plusieurs décennies elle avait accepté l'idée d'une coexistence avec les mortels. C'est une jeune fille intelligente, vous le savez. Elle s'est proposée de retrouver celui qui l'avait faite ainsi. Elle disait le connaître par cœur et qu'elle seule pouvait le tuer. Et elle n'avait pas tort. Tuer l'Aristo sur un plan pratique demandait une force et une intelligence rares. Mais surtout il jouissait d'une telle aura que personne ne voulait s'y risquer. Sauf Florine. Elle l'a retrouvé en Autriche dans un vieux manoir. Et elle a réussi à le tuer. A son retour tout le monde la remerciait mais dans son dos elle était haïe.
-Drôle de façon de la remercier.
-Elle venait de tuer son père, métaphoriquement parlant bien sûr. Éliminer celui qui a fait de vous un vampire est la pire des hontes. C'est le summum de la traîtrise. Mais elle a encaissé. Et les décennies suivantes elle a assumé un rôle de chasseuse pour le Conseil. Grâce à elle et quelques autres nous avons pu apaiser la communauté. Ce fut difficile mais nous y sommes arrivés.
-Et Florine de passer par une tueuse de vampire.
-Vous vous trompez. Après l'épisode de l'Aristo Florine n'a plus jamais tué de vampire. Ça vous étonne n'est ce pas? Parfois elle a du en faire violemment souffrir un ou deux mais jamais au point de les faire trépasser. Tuer l'Aristo a été un tel traumatisme pour elle qu'elle faisait tout pour rétablir l'ordre sans tuer. Mais, si je peux me permettre Mehdi, Florine a tué beaucoup de vampires par le passé. Vous a t-elle parlé de la première moitié du vingtième siècle? Nous nous déchirions. Il y avait des guerres de clans, des coups bas, des embuscades. Et votre petite protégée, bien entraînée par l'Aristo, ne s'est pas privée d'écarter les gêneurs quitte à leur trancher la gorge ou leur enfoncer une lame dans le cœur. Et je ne vous parle pas des mortels qu'elle a vidé de leur sang. C'était une machine de guerre."

Le directeur me donnait une autre vision de Florine. Je comprenais mieux sa position dans le petit monde des vampires. Elle était respectée mais aussi contestée. Chaque mission qu'on lui confiait ne pouvait que directement la renvoyer au jour où en Autriche elle avait du tuer l'Aristo.

"Il ne faut pas qu'elle tue Vladimir.
-Mon cher Mehdi ça ça ne dépend que de lui. Soit il est coopératif et il accepte de ne plus faire parler de lui en s'installant au fin fond d'un bourg d'une obscure contrée soit Florine et son équipe devront prendre les mesures qui s'imposent. Mais, pour la première fois depuis quarante ans, j'ai comme l'impression que la première option sera rejetée par l'intéressé.
-Pourquoi lui plutôt que les autres?
-C'est un enragé, un incontrôlable. Comme l'Aristo l'a été. Nous le surveillons depuis longtemps et sa frustration n'a cessé d'augmenter. Il hait les mortels, surtout s'ils s'approchent de Florine pour qui il a un intérêt certain. J'aimerais qu'il retrouve la Raison et que Florine réussisse à le convaincre de se calmer. Vraiment, j'aimerais...
-J'aimerais parler avec Florine.
-Rien ne la détournera de sa mission. Ni vous ni moi. J'ai œuvré durant des décennies pour une véritable paix entre les vôtres et les miens. Et entre les miens et les miens! Vladimir est un rouage grippé dans cette entreprise de longue haleine. Et je n'ai aucun remord à vouloir jeter à la poubelle ce rouage pourri.
-Mais ce n'est pas vous qui allez vous salir les mains Monsieur."

Après ces mots le vampire arborant toujours un air malicieux s'est levé, attendant de même de ma part. Nous nous sommes longuement regardé. Son sourire avait fini par m'agacer. Je serrais les mâchoires. J'aurais voulu le coller contre sa bibliothèque et lui ordonner de faire revenir Florine au plus vite. Sans perdre de sa bonhomie il m'a fait un geste de la main m'invitant à sortir avec lui de la pièce. Nous avons retraversé toute la salle principale sans échanger un mot. Devant l’ascenseur il m'a souhaité un bon retour.

"Vous connaissez le chemin, m'a t-il dit au moment où la porte de l'ascenseur s'est ouverte. Ah oui, j'oubliais, Florine vient d'arriver en République Tchèque. Elle n'a toujours pas retrouvé Vladimir."

La porte s'est refermée, la cabine s'est mise à monter. Et l'ascenseur a joué the girl from Ipanema.

dimanche 19 octobre 2014

85-Le remplaçant



"Bon tu entres oui?"
Steeve maintenait son col de pardessus relevé. Il s'enfonçait la tête entre les épaules. Il se tenait sur le seuil de ma porte, jetant des coups d’œil furtifs de droite à gauche. Une fois dans mon appartement et la porte refermée il s'est empressé de regarder par le judas. 

"Ok, ça a l'air clean, ouais c'est clean.
-Mais qu'est ce qui se passe? Tu as l'air flippé.
-Ouais tu sais mec les rues ne sont plus sures de nos jours", a t-il dit avant de s'asseoir sur le canapé. 

Alors que je prenais une chaise pour m'installer face à lui le vampire a bondi et est reparti en direction de la porte. Il l'a ouverte et a laissé passer sa tête par l’entrebâillement.

"Ouais ça a l'air clean" a répété le colocataire de Florine. Sa voix résonnait dans la cage d'escalier.

J'ai du le tirer par son imper pour qu'il rentre. Le vampire hippy était visiblement dans un état second. Je l'ai fait se rasseoir. Avec son manteau au grand col et son t shirt à fleurs il ressemblait à un échappé d'une institution psychiatrique. Il remuait les jambes de façon agaçante en les ouvrant et les fermant rapidement. J'ai du lui faire un signe de la main pour qu'il arrête.

"Où est Florine? lui ai-je demandé.
-Hein quoi, hey j'suis pas là pour ça dude!
-Où est-elle Steeve? ai-je insisté en haussant le ton.
-J'en sais rien moi, que'que part à l'est j'crois.
-Où ça à l'est?
-J'sais pas!
-Roumanie? Pologne?
-A l'est, c'est tout ce que je sais. Je suis pas dans ce genre de plan moi, y a que Flo' qui savait tout ça."

J'ai lâché un souffle d'exaspération en regardant le sol.

"Je suis vraiment désolé mon pote mais je ne sais vraiment pas où elle est. Je suis aussi triste que toi de tout ça mais c'est comme ça. C'est son job, a t-il repris.
-Ouais son job. Demander à une gamine fragile de buter un de ses congénères.
-Euh mec c'est une vampire centenaire."

J'ai relevé la tête. Il venait de marquer un point. Je me rendais compte que le temps d'un instant j'avais oublié que Florine était un être immortel venant tout droit du dix neuvième siècle. J'étais presque gêné. J'ai décidé de changer de sujet. De toute façon je n'allais rien obtenir de lui.

"Alors, que fais tu ici Steeve?
-Bah bosser.
-Bosser?
-Ouais, avec toi.
-Je crois qu'il y a erreur là Steeve.
-Nan dude pas d'erreur. C'est moi qui prends le relais de Florine pendant son absence.
-Le relais pour quoi?
-Les entretiens, la logistique.
-Et qui a eu cette idée saugrenue?
-C'est Flo' mec."

L'idée était donc simple : Florine avait ordonné à son colocataire de la remplacer. C'est lui qui prendrait dorénavant les notes et m'accompagnerait lors de mes sorties nocturnes. Dans le fond je n'avais rien contre lui mais cela signifiait que la vampirette ne serait pas de retour avant un bon moment. J'acceptais, résigné, l'aide de Steeve. De toute façon avais-je le choix? Il me proposait de prendre du temps pour me reposer (plus pour soulager ses propres craintes de camé parano que les miennes). J'ai refusé. Malgré mes fractures et mon nez cassé je voulais rouvrir le centre 666 et aider le maximum de personnes. Et parmi elle Florine arrivait en tête. Il fallait que je sache où elle se trouvait. Pour cela il me fallait rendre une petite visite au Conseil Vampirique.

mardi 30 septembre 2014

84-Regoûter à l'ennui




"Ça va aller, c'est sûr?
-Oui oui, pas de soucis. Merci pour la balade.
-La prochaine fois on se fera la tournée des grands ducs", a ajouté Florence en faisant mine de porter une tasse de thé à sa bouche et en dressant l'auriculaire. 

La brunette est remontée dans sa Smart. Je l'ai à nouveau remercié de m'avoir raccompagné chez moi et elle s'en est allée. En s'éloignant sa voiture avait de faux airs de jouet lego. Dans ma boîte aux lettres j'ai trouvé mon téléphone portable. En l'allumant j'ai découvert un texto non lu :

"cadeau! :)"

Je me suis vite senti seul chez moi. Je n'avais aucune énergie et le moindre de mes mouvements pressait mes côtes fragiles. Le répondeur de mon salon indiquait dix neuf messages. La plupart venant de patients qui cherchaient à prendre rendez vous. J'avais faim. Alors j'ai pioché deux tranches de jambon dans le frigo que j'ai mangées à même la barquette. J'avais l'impression d'être un clodo. J'ai envoyé un sms à Florine :

"Où es-tu?"

Ma mère m'a appelé. Elle me demandait si elle devait passer. Je lui ai dit que non. Elle m'a demandé une seconde fois si elle devait passer. Je me suis tu. Mon silence l'a inquiété. Je lui ai dit que j'étais fatigué. Elle a dit qu'elle me rappellerait. En raccrochant j'ai remarqué le sac de Florine. La besace tête de mort kakis que je lui avais offerte à noël. Elle était posée sur mon canapé, entre deux coussins. J'ai fouillé mon appartement pensant trouver la vampirette cachée dans un placard, prête à bondir pour me faire une de ces bonnes blagues dont elle avait le secret. J'ai même regardé dans le bac à linge. Personne. Comment cette foutue sacoche était arrivée ici? J'ai exploré l'intérieur du sac. Il n'y avait qu'une seule chose. Son gros carnet de notes. Cet espèce d'agenda noir dans lequel elle consignait les entretiens auxquels elle assistait. Je me suis assis et j'en ai parcouru les pages. Dieu que j'avais du mal à déchiffrer son écriture. Mais force était de constater qu'elle était plutôt exhaustive dans sa prise de notes. Tous les éléments étaient là. Le tout agrémenté de petits dessins qui n'avaient rien à envier aux capacités cognitives d'un enfant de sept ans. Parfois elle me caricaturait. Son coup de crayon immature insistait sur mes joues creusées et mes oreilles décollées. Je ressemblais à Babar. La présence de son carnet m'intriguait. Que devais-je comprendre? Les rendez vous notés dans le calendrier des premières pages étaient barrés mais reportés à des dates ultérieures. J'étais censé revoir prochainement Mahaleo.

"Ça me semble compromis ma chère Florine" ai-je dit à haute voix.

J'ai passé la soirée à moitié allongé sur mon canapé. Je zappais d'une chaîne à l'autre. Je m'ennuyais. Je consultais régulièrement mon portable pour y découvrir à chaque fois la même chose : rien. L'accusé de réception du message envoyé à Florine indiquait toujours "en attente". Un patient à qui j'avais promis à la va vite un entretien m'a appelé. J'ai laissé le téléphone sonner et le répondeur s'enclencher. C'était un jeune schizophrène. Il disait avoir besoin de soutien, que nos anciens entretiens lui avaient fait du bien. Quelle connerie! Nos entretiens consistaient à un monologue de ma part. Ce type ne disait pas un mot et au mieux répondait à mes questions par des phrases tellement courtes que je n'avais même pas le temps de préparer une relance. Je me suis calé le plus confortablement possible contre un gros coussin rapatrié depuis ma chambre. A la télé des chroniqueurs disaient tout le mal qu'ils pensaient de la dernière télé réalité à la mode. Mon ventre commençait à gargouiller. Mais mes yeux préféraient le sommeil à l'appétit et ils se sont fermés.  A mon réveil Bruce Willis tentait de sauver des otages sur mon écran plat. J'étais tourné sur le côté. Très mauvaise position pour mes côtes selon le médecin. J'avais bavé sur mon oreiller. Après m'être essuyé la joue recouverte de salive j'ai consulté mes messages sur mon portable. Il y en avait un. Il provenait de Tante Danielle. C'était le nom de code que j'avais donné à Rita dans mon répertoire. Le message disait :

"sorti?"

Je n'ai pas répondu. Ma libido était inversement proportionnelle au nombre d'os et de cartilages cassés qu'il y avait dans mon corps. Avant de manger j'ai pris deux gros cachets. "Pour la douleur" selon le médecin. C'est toujours contre la douleur ces machins de toute façon. C'est devant un chef d’œuvre du septième art mettant en scène l'armée américaine guerroyant contre des requins mutants que j'ai lentement dégusté un plat cuisiné sorti tout droit du micro ondes. 23h30. Je me suis levé, fourchette à la main, pour jeter un coup d’œil par la fenêtre. Je pensais à l'escalade de Notre Dame lors de mon premier entretien avec Jeanne. Dans mon état j'avais déjà du mal à monter des escaliers. Alors la façade d'une cathédrale...
Je me couchais beaucoup trop tôt mais mon organisme avait besoin de repos. Et puis pourquoi rester éveillé? Avais-je un zombie à écouter ou une vampire à accompagner? Pas ce soir. Après m'être constitué un confortable repose tête avec deux oreillers moelleux j'ai envoyé un nouveau sms à Florine :

"Bonne nuit"

samedi 27 septembre 2014

83-Visites




L'infirmière est sortie en grommelant. Je n'étais pas très compliant. Je venais de refuser une fois de plus de faire ma toilette. Cela faisait quatre jours que je ne m'étais pas lavé. Mon corps me faisait trop mal pour ce genre d'exercice. J'avais juste repris un brossage de dents approximatif. Quand je me suis vu pour la première fois dans le miroir de la salle de bain j'ai failli m'effondrer en larmes. Mon visage était tuméfié et le gros pansement soutenant mon nez était impressionnant. Mais ma foi en la médecine de mon pays avait fini par me rendre presque optimiste. 
"J'en rirai un jour" essayais-je de me persuader. 
Je me sentais comme un poisson rouge crasseux dans ma chambre. Recevant les visites régulières du personnel soignant qui commençait à évoquer ma sortie. La période d'observation étant terminée je devais mettre les voiles dans les jours prochains bien que je ne m'en sentais aucunement capable. Le système de santé était ainsi. Une fois qu'il était certain que vous ne risquiez pas de mourir d'une hémorragie interne il vous foutait dehors. Ma mère était également venue me voir. Elle m'a apporté des chocolats bon marché. Je n'avais pas envie de chocolat. La boite était posée sur la table près de la porte. Ma mère était pleine de bonnes attentions, me demandant toutes les cinq minutes comment j'allais, voulant me servir des verres d'eau ou me parler de la famille. C'est fou comme on a facilement des pulsions meurtrières quand on ne va pas bien. Elle m'agaçait. Je trouvais son empathie normale mais elle m'énervait. J'avais mal et je ne voulais pas la voir. 
Alors que je regardais une émission où une bande de décorateurs d'intérieur construisait une maison de cinq cent mètres carrés à une famille américaine obèse dont la petite dernière était atteinte d'une maladie rare qui la rendait allergique au soleil, au lait et au sirop pour la toux une infirmière a frappé à la porte.

"Vous avez de la visite..."
Elle n'a pas eu le temps de terminer sa phrase qu'un lutin en chapeau noir est entré dans la pièce. Florine s'est précipitée sur le rideau opaque qu'elle a fermé. Ce qui a soulevé les protestations de l'infirmière. 
"Chut!" lui a sèchement répondu la vampire qui lui a fermé la porte au nez.
Elle a allumé un des néons et a jeté son grand chapeau et ses grosses lunettes de soleil sur la table. Elle est restée debout à me fixer de longues secondes. J'étais surpris par cette entrée théâtrale. J'étais content de la voir mais je regrettais du coup les douches que je n'avais pas prises. Florine s'est approchée du lit avant de s’effondrer à genoux, la tête posée sur ma main. Elle pleurait. Elle pleurait et elle s'excusait. La crème solaire et ses larmes formaient une liquide visqueux et chaud sur ma peau. Entre deux sanglots elle se reprochait de m'avoir abandonné le soir où je me suis fait dérouiller par Vladimir. 

"Ce n'est pas grave, ce n'est pas grave" lui répétais-je de ma voix nasillarde.

Elle a relevé la tête. Le noir autour de ses yeux avait coulé. Elle avait une mine affreuse. Elle a du s'en rendre compte car elle a attrapé la boite de mouchoirs en papier et s'est tamponnée le visage.

"Je suis désolée, m'a t-elle dit.
-Pas grave, vraiment Florine.
-C'est nul, je dois être moche maintenant.
-Tu n'es jamais moche."
Ça l'a fait sourire.
"Toi en revanche t'es super moche, m'a t-elle rétorqué.
-Je suis toujours super moche, je reste constant."
Je faisais un effort magistral pour parler le plus correctement possible malgré mon état.
"Quelles sont les nouvelles? lui ai-je demandé.
-Vladimir s'est enfui. Il a quitté le pays.
-Il est où?
-Quelque part à l'Est certainement.
-Vous allez faire quoi du coup?"
Florine a baissé les yeux. Ce n'était pas bon signe. Alors j'ai repris :
"Vous allez faire quoi?
-Tu le sais très bien.
-Ce n'est pas à toi d'aller le chercher.
-Je suis la meilleure pour ça.
-Ce n'est pas à toi!"
Je déployais une énergie folle pour m'énerver. 
"Tu te rappelles search and destroy tout ça? On est en plein dedans. Les agressions sur les mortels sont prises hyper au sérieux. Les Renseignements Généraux ont contacté le Conseil. Ils voulaient en avoir le cœur net. Il leur a été répondu qu'on ne savait pas ce qui s'était passé mais qu'on enquêtait de notre côté. Les Sages sont formels, bon sauf K.,  tu sais le chauve là. Il faut retrouver Vladimir et l'éloigner de la circulation.
-L'éliminer? ai-je demandé calmement à la vampire.
-Ça fait partie des possibilités. 
-Des certitudes même non?
-Des certitudes même.
-Ne fais pas ça Florine, laisse les faire.
-Je le dois, je te dois ça Mehdi. 
-Tu ne me dois rien.
-Je le dois. On se revoit bientôt."

L'ado centenaire s'est levée et s'est recoiffée de son chapeau et a rechaussé ses lunettes.

"Bientôt les choses redeviendront comme avant. Et ce sera bien. On ira piquer niquer tous ensemble. Ce sera comme avant. 
-Florine...
-Soignes toi bien. Sois en forme pour mon retour, j'aurai des choses à raconter."

Et elle est sortie après m'avoir lancé un dernier sourire. Je voulais lui crier de rester, de me parler. Mais je n'en avais pas la force. Et puis à quoi bon? Elle savait ce qu'elle faisait. C'était ainsi. Je regardé ma main. Celle sur laquelle elle avait pleuré. Elle luisait des larmes d'une vampire.

mardi 23 septembre 2014

82-...à la dure réalité.



"Alix...
-Oh vous êtes réveillé. Désolée je ne suis pas Alix, je suis le docteur R"
Mon premier réflexe a été de me toucher le visage. J'ai senti un truc dur et épais courant le long de mon nez. Le médecin m'a rejoint et s'est appuyée contre la rambarde du lit.
"N'y touchez pas, c'est un pansement. Restez calme. Tout va bien."
J'ai levé légèrement le bras gauche, une perfusion y était plantée. Je somnolais. Je me sentais bien. Une personne, une infirmière peut être, a rejoint le docteur R. à mon chevet. Elle a vérifié un truc sur une machine.
"On s'occupe de vous, Monsieur. Vous sortez d'un sommeil artificiel dans lequel on vous a plongé pour pouvoir vous soigner. Tout s'est bien passé." m'a t-elle annoncé d'une voix calme.
J'ai voulu lui demander où j'étais mais je n'aspirais qu'à une chose : dormir.

Lumière, mouvements, lumière, tête d'un homme en blouse bleue. On me déplaçait. Mon cerveau tentait d'analyser la situation. J'étais dans une chambre. Oui une chambre c'est ça. On m'a empaqueté dans mon drap pour me transvaser sur un lit. Tout était doux. J'étais dans le coton. Je ne ressentais rien. J'avais juste un peu de mal à respirer par le nez. J'ai du m'endormir car en ouvrant les yeux j'ai constaté que les rideaux avaient été tirés. Une faible lumière s'est allumée. Une jeune femme  poussait devant elle une chariot. Dessus il y avait un plateau repas. Je mentirais si je disais que j'avais envie de manger. Elle a vérifié ma perfusion avant de me demander comment ça allait.
"Je ne sais pas, a été la réponse la plus pertinente que j'ai pu trouvée.
-Vous avez mal?
-Non, ai-je répondu en parlant du nez.
-Si ça ne va pas n'hésitez pas à nous appeler". Elle m'a montré le bouton pour sonner les infirmières.
"Qu'est ce qui s'est passé? lui ai-je demandé même si ma mémoire se remettait doucement en état de marche.
-Vous avez été agressé. On vous a retrouvé inconscient dans la rue. C'est une de vos amies qui a appelé les secours. Vous êtes resté dans le coma deux jours...
-Deux jours! me suis-je exclamé avec ma voix nasillarde.
-Oui deux jours, mais tout va bien. Les examens d'hier sont bons. Vous avez eu un léger traumatisme crânien. Vous avez également le nez cassé, d'où le gros pansement sur le visage. Vous avez un poumon perforé par une côté brisée. Mais rassurez vous, tout va bien maintenant. Nous nous occupons de vous."

J'avais salement morflé. Ce qui m'impressionnait le plus c'était que mon cerveau avait déconnecté pendant quarante huit heures. Je me demandais si j'avais perdu mes facultés mentales. Je tentais de me rappeler de mon nom. Ok. Ma date de naissance. Ok. Plus dur, mon numéro de téléphone. Ok aussi. Je me rappelais de tout. Ouf! Je bougeais les doigts. Ça aussi ça fonctionnait. Et pendant que l'infirmière collait le chariot au lit je remuais les orteils. Il me semblait qu'à part quelques os craqués mon corps et mon cerveau répondaient présents. Du coup je me sentais presque joyeux alors que la situation aurait du me faire m'effondrer en sanglots. Je n'ai pas pu manger ce jour là. Je n'arrivais pas à trouver l'appétit. Rapidement j'ai pensé à Vladimir, à Florine et tout le bordel qui devait secouer le monde de la nuit.

Le lendemain j'ai eu de la visite. Pas celle à laquelle je m'attendais. Ce n'était ni Florine ni ma famille. C'était un homme plutôt costaud en blouson bombers noir. Il gigotait sur place. Il avait l'air assez mal à l'aise. Je devais vraiment être moche à voir. Il a pris une chaise qu'il a glissé à un mètre de moi.

"Bonjour Monsieur. Je suis l'inspecteur T. J'aimerais vous poser deux trois petites questions au sujet de l'agression dont vous avez été la victime cette semaine en trois."

Je ne comprenais pas ce qu'il entendait par cette semaine en trois. Et je n'aimais pas le ton martial de sa voix.

"Est-ce que vous pourriez me décrire l'individu agresseur? a t-il repris en sortant un calepin de la poche intérieur de son blouson.
-Je peux pas trop parler là, lui ai-je dit en désignant mon visage de la main et en soulevant le bras pour lui montrer ma perfusion. Je ne suis pas en état, désolé, ai-je ajouté péniblement.
-Je comprends, je comprends, marmonnait-il en se grattant la tête. J'en parlerai à mon chef", m'a t-il annoncé avant de se lever d'un bond et de me remercier pour ma collaboration.

En sortant il a oublié de fermer la porte. Les bruits du couloir m'étaient insupportables. Je devais manquer de morphine dans le sang. J'ai bipé l'infirmière. Je lui ai dit que j'avais mal "un peu partout" (difficile de bien localiser la douleur dans mon état). Elle a bidouillé un truc sur ma perfusion. Au moment où elle a tourné les talons je lui ai prestement demandé de fermer la porte.
"Naturellement", m'a t-elle répondu.

Après un temps indéterminé de sommeil j'ai eu droit à une nouvelle visite (à croire que mon avis importait peu au personnel soignant). C'était Florence. Elle tenait un gros bouquet de fleurs dans ses bras. J'en avais rien à faire de ses foutues fleurs. Je ne voulais même pas la voir.

"C'te tronche!" s'est-elle exclamée lorsque j'ai ouvert les yeux. Tu m'as vraiment fait flipper tu sais".
Apparemment on se tutoyait maintenant.
"Un fou, un guedin ce punk! a t-elle repris en s'asseyant.
-Qui ça? lui ai-je demandé.
-Le punk qui s'est jeté sur toi. J'ai entendu du bruit. Je pensais que c'était un clodo qui se battait avec un rat. Un gros rat. Un jour j'en ai vu un gros comme ça, on aurait dit un lévrier afghan. J'te jure. Comme ça. Un gros, ponctuait-elle de grands gestes. Le mec te balançait comme une paire de chaussettes sales. C'était Hulk contre Pinocchio. J'ai commencé à gueuler par la fenêtre. Du genre : eh oh ça va oui?! Ça ne l'a pas arrêté, du tout même. Alors j'ai appelé les flics. Ça me faisait mal au cœur de te voir te répandre ainsi sur la chaussée.
-Merci...
-De rien, de rien. Brother! Bro', a répondu Florence en posant solennellement la main sur sa poitrine. Les policiers sont vite arrivés. J'étais surprise. Quand ma voisine a tenté de se suicider au fer à souder ils ne sont pas venus aussi rapidement. Le punk s'est enfui quand il a entendu les sirènes. Il te tenait par la cheville et te traînait parterre quand il a décidé de foutre le camp. Je suis descendue. Tu étais dans un de ces états. Mon dieu. Tu ressemblais à une pizza quatre fromages. Y en avait partout. La police t'a porté les premiers soins mais il a fallu attendre le SAMU. C'est là que la pâlotte a débarqué...
-Florine?! ai-je interjecté en parlant du nez.
-Oui, c'est ça, Florine la pâlotte. Quand elle t'a vu au sol elle a crié, elle était en rage. On aurait dit un hamster sous cocaïne. Elle écartait les flics du bras qui tentaient de la maîtriser. Sans succès. Elle a de la poigne la gamine! Elle s'est jetée sur ton corps. Ouais je dis ton corps vu qu'à ce moment je ne savais pas si tu étais encore vivant ou non. Ils ont menacé de l'embarquer si elle ne se calmait pas, d'autant plus qu'elle gênait l'intervention des secours. Ils ont refusé qu'elle monte dans l'ambulance d'ailleurs. Même si ça me faisait louper Games of Throne à la téloche c'est moi qui suis venue avec toi à l'hôpital. Quand on a quitté la scène de crime elle criait encore comme une furie en tournant en rond. Les policiers ont du passer un sale quart d'heure.
-Où est-elle?
-Qui?
-Florine merde! M'énerver me demandait un véritable effort.
-Ah oui, euh...dans ton cul! Nan, je rigole! Humour à l'américaine. Humour hospitalier. Perf', sonde et scalpel. Florence divaguait.
-Elle est où? ai-je insisté.
-J'en sais rien! Oh! Calmos! Quand je suis rentrée il n'y avait plus personne dans la rue. Elle passera peut être te voir."

Même si je devais remercier Florence pour son intervention c'était Florine que je voulais voir et rassurer. Je savais ce qu'il allait découler de tout ça et ce que la vampirette serait obligée de faire. Je devais lui parler. J'avais semble t-il perdu mon portable dans la bataille. J'aurais pu me servir de Florence comme intermédiaire mais je me suis ravisé. Elle m’énervait pour des raisons qui m'échappaient. Je rageais d'être dans cet état. Pas parce que j'avais mal ou par amour propre. Mais parce que je ne pouvais rien faire, rien gérer. Je ne pouvais aider personne. Je devais attendre.

mercredi 3 septembre 2014

81-Du rêve...



"Un grille pain.
-Où ça? lui ai-je demandé en plissant les yeux.
-Là, juste au bout de mon doigt. Tu as même la prise électrique à droite.
-Vu sous cet angle...peut être oui...
-C'est toi l'angle", m'a répondu Alix.

Je ne voulais pas lui dire que malgré mon imagination féconde je ne voyais aucun nuage qui avait de près ou de loin la forme d'un toaster. Je ne voulais pas la contrarier et provoquer une engueulade stupide. De celles dont nous étions de grands habitués avant notre séparation. Alors oui je pouvais voir tous les grilles pain du monde dans le ciel. 
Nous étions allongés sur l'herbe. Nos têtes collées l'une contre l'autre. Vu d'en haut nous devions ressembler aux aiguilles d'une horloge.

"Je suis contente que tu sois là. Qu'on soit là au calme Mehdi."

Alix a légèrement tourné son visage vers moi. Ses doux cheveux blonds m'ont caressé la joue. Dieu que cette sensation m'avait manqué. Elle tenait entre les mains Raoul, le Teddy lapin qu'elle m'avait jadis offert. A côté d'elle était posé un bouquet de fleurs. Mon cadeau pour ses vingt cinq ans. Je les avais choisies à l'arrache. J'étais en retard et j'étais passé par le premier fleuriste de ma rue. Dans le métro je m'étais malheureusement  rendu compte que certaines de ces fleurs étaient à moitié mortes. Mes retrouvailles avec la jolie blonde s'annonçaient mal. Il n'en a rien été. Elle a été adorable. Elle était extrêmement contente de me voir. Je ne l'avais pas vu sourire ainsi depuis si longtemps. Elle n'a pas tari de compliments au sujet de mon bouquet. Mais ce qui lui a fait le plus plaisir c'était de me voir porter une chemise rouge. 
"Enfin de la couleur!" s'était-elle écriée.

Les voitures passaient non loin, on était plus proche d'une grande aire d'autoroute que d'un parc et un chien jouait avec ses maîtres à dix mètres de nous mais on était bien. On chassait les nuages. 

"Un Teddy! Là! lui ai-je annoncé triomphalement en désignant un gros nuage rond qui ressemblait vaguement à un ours en peluche.
-Oh oui, un Teddy! Regarde Raoul, un Teddy comme toi", a dit Alix en levant la peluche lapin au ciel.

Je voulais lui dire à  quel point j'étais fou d'elle. Que je la trouvais magnifique. Que je l'aimais. Mais je me suis tu et je l'ai regardé jouer avec Raoul et les nuages.

dimanche 31 août 2014

Résumé des épisodes précédents - 4

(1-19)
Alors qu'il mange un délicieux sandwich poulet mayonnaise sur un banc du cimetière du Père Lachaise Mehdi, psychologue trentenaire, est abordé par Florine. Sous ses allures d'adolescente gothique elle se révèle être une vampire de cent trente six ans. Énergique mais névrosée elle devient la première patiente mort vivante de Mehdi. Sa vie de vampire a commencé suite à un viol au XIXème siècle. Depuis elle bouillonne de colère qu'elle cherche à canaliser. La jeune vampirette s'installe petit à petit dans la vie du psychologue jusqu'à lui proposer de l'aider à se créer une clientèle composée de créatures de la nuit et décide de jouer sa secrétaire. Mehdi réticent au début finit par y voir une occasion unique de donner un nouveau sens à son existence. Il est renommé "Psyman" par la vampire. Il rencontre les colocataires aussi bizarres qu'inquiétants de Florine. Il est ensuite présenté à Robert, zombie de son état. Après s'être fait coursé par une famille de morts vivants dans un local EDF c'est à travers une porte qu'il mène son premier entretien avec lui. C'est un être mal dans sa peau en putréfaction qui se livre à lui et qui lui fait part de son refus de cette vie de zombie commencée par un tragique accident de voiture. La même soirée Mehdi découvre l'Antre, un bar des Halles fréquenté par des vampires. Il y rencontre par la même occasion Vladimir, vampire agressif qui a des vues sur Florine. Ce dernier se fait humilier dans un défi karaoké par David, un nain chanteur fan de Depeche Mode. Après cette soirée mouvementée au bar Florine et Mehdi manquent de se faire écraser par Jeanne, une gargouille suicidaire, sur le parvis de Notre Dame.

(21-39)
Robert veut voir les étoiles? Qu'à cela ne tienne. Mehdi et la troupe des vampires colocataires emmènent le zombie pique niquer de nuit sur les hauteurs de Meudon. Le mort vivant se lie d'amitié avec Steeve, l'un des coloc, qui lui apprend la guitare. Mais l'apparition d'un loup garou schizophrène, Sacha, sensible aux ondes électromagnétiques va semer le trouble et l'inquiétude parmi les vampires. Si Mehdi y voit un être en souffrance, Florine perçoit dans le lycanthrope une menace pour sa race. A tel point qu'elle le séquestre dans son bunker antiondes. L'intervention du psychologue est nécessaire pour que la situation ne tourne pas au massacre. Afin de proposer autre chose que des entretiens ponctuels à ses patients de la nuit Mehdi évoque avec la petite vampire l'idée de la création d'une structure type CATTP où pourraient s'y retrouver vampires et autres gargouilles en difficulté psychique. Malgré l'émoi provoqué par le loup garou Florine accepte d'aider le psychologue à défendre le projet auprès du Conseil Vampirique. Seule instance capable d'agir en de telles circonstances. C'est au cœur du quartier latin que se cache le Conseil. Mehdi y rencontre Ricky Woodford, spécialiste de l'administratif vampirique. Cet étrange personnage au nœud papillon lui prodigue alors de bons conseils.

(41-59)
Contre toute attente, et ce après un grand oral impressionnant, le projet de lieu d'accueil pour créatures de la nuit est accepté par le Conseil Vampirique.  Florine s'empresse de le nommer à sa guise : Centre 666. La vampire debriefe son psychologue autour d'un verre dans l'Antre avant de balancer Rita, une vampire un peu bitch, par dessus la rambarde de la mezzanine. Un incident qui remue tout le monde, surtout Florine qui prétextera un mot de trop pour justifier un tel acte. Même troublée elle se lance dans une enquête secrète : savoir si Jeanne la gargouille ne raconte pas de pipeaux. Les talents d’enquêtrice de la vampirette pousse Mehdi à lui parler d'un de ses grands amours perdus : Alix. Jeune et jolie blonde partie pour le mystérieux Teddyland. Le Centre 666 est inauguré dans le Marais. Après plusieurs heures de ménage il devient un lieu tout à fait accueillant. C'est là que Florine, Mehdi, Steeve, Oliver, Jeanne, Ricky, Robert et Sacha fêtent le nouvel an. Malheureusement après les feux d'artifice et les bises marquant le passage à la nouvelle année Robert tombe du toit, involontairement poussé par Florine. Tensions et réconciliations s'en suivent. Mehdi et sa patiente vampirique s'échangent des cadeaux. Un téléphone portable d'un autre âge pour Mehdi et un sac tête de mort pour Florine. Cette dernière, au carnet d'adresses bien rempli, emmène le psychologue à Saint Germain en Laye rencontrer les frères Bernart, tout trois fantômes de leur état. Le plus jeune, Mahaleo, est un spectre pyromane et phobique. Une nouvelle mission pour Psyman.


(61-79)
Rita devient le nouveau fantasme de Mehdi malgré les tensions qui existent entre elle et Florine. Une autre femme vient perturber notre petite troupe : Florence. Une voisine du centre 666 unijambiste et un peu trop fouineuse. Le psychologue n'oublie pas pour autant Mahaleo et essaie de l'aider à devenir un fantôme digne de ce nom. Sauf que les remords le guettent. Sacha est de nouveau au centre des attentions lorsqu'un vampire est retrouvé mort, égorgé près de la forêt de Meudon. Il devient la cible numéro un des vampires. Mais un petit animal venu tout droit du Paraguay va l'innocenter. Alors que les tensions s'apaisent Mehdi rencontre un certain Monsieur Paris dans une petite rue de la Capitale. Il apprend qu'il s'agit d'un personnage légendaire pour les vampires car il serait à l'origine du Conseil Vampirique. Rien que ça! Mais cette légende (mort) vivante va mettre en garde le psy : il doit faire attention lors de ses sorties nocturnes. Une tuile l'attend. C'est après avoir raccompagné chez elle une Florence un peu trop curieuse que Mehdi va violemment éprouver la prédiction de Monsieur Paris.


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En bonus la chronologie des événements de l'histoire :




-XIIIème siècle : construction de la cathédrale Notre Dame de Paris. Jeanne, la gargouille, s'y lie pour la vie.

-1 février 1877 : naissance de Florine (Paris)

-1890 : Florine est victime d'un viol. La même année elle devient une vampire (par "l'Aristo") à l'âge de 13 ans.
-dernières années du XIXème siècle : Oliver, jeune anglais de 24 ans, devient un vampire. Il arrive à Paris "en même temps qu'Oscar Wilde".

-années 20 : Ricky Woodford s'installe à Paris.

-1940-1944 : Florine est à Paris (et en France plus globalement), elle tue des nazis (et pas que...).
-1943 : Florine est "fusillée" sur la place de l'hôtel de ville.

-années 50 : Florine est en Roumanie, elle rencontre pour la première fois de sa vie un loup garou.

-années 60 : Steeve (Pierre de son vrai nom) Parisien de 32 ans devient un vampire. C'est un des derniers vampires français (officiellement)
-années 60 : les services secrets français traquent les vampires.
-années 60 : consensus européen sur la non violence des vampires, création du Conseil Vampirique à Paris.
-années 60 : dernier humain tué par un vampire devant l'église du musée des arts et métiers
(par l'aristo, mettant en danger le pacte récent entre mortels et vampires)

-années 70 : naissance de David "Dave" Barthworth en Angleterre à Basildon, nain, futur chanteur sosie de Dave Gahan.
-1974 : Naissance de Sacha

-17 janvier 1980 : naissance de Mehdi

-années 90 : accident de voiture de Robert et sa famille. Décès de Robert, à 22 ans. Il se réveille quelques mois (années?) plus tard en zombie dans le cimetière du Père Lachaise (?)
-1991 : incendie dans la maison des frères Bernart dans lequel ils trouvent la mort. Mahaleo avait 18 ans.

-2008 : Lors d'un trek en Hongrie Sacha se fait mordre par un loup garou.

-décembre 2010 : Mehdi rencontre Alix.
-6 juin 2012 : Alix se suicide à l'âge de 25 ans.
-début août 2013 : Rencontre avec Florine (cimetière Père Lachaise)
-début septembre 2013 : Jeanne manque d'écraser Florine et Mehdi en tentant de se suicider du haut de sa cathédrale. Elle fait leur connaissance par la même occasion.
-septembre 2013 : pique nique sur les hauteurs de Meudon de nuit avec Robert et les colocs. Rencontre avec Sacha le loup garou
-31 octobre 2013 : soirée d'Halloween organisée par la Conseil Vampirique dans un hôtel particulier près des Champs Elysées. Première rencontre avec Rita.
-novembre 2013 : Jeanne tente de faire exploser Notre Dame de Paris.
-décembre 2013 : Florine se bat avec Rita dans l'Antre.
-courant décembre 2013 : Rita appelle Mehdi pour la première fois.
-25 décembre 2013 : ouverture du centre 666 au 4ème étage d'un immeuble de bureaux dans le marais.
-31 décembre 2013 : passage à la nouvelle année sur le toit du centre 666. Chute de Robert.
-mi janvier 2014 : rencontre avec les fantômes de Saint Germain en Laye
-fin janvier 2014 : rencontre avec Florence, voisine du centre.
-courant février 2014 : un vampire est retrouvé mort aux abords de la forêt de Meudon. Tout accuse Sacha qui finalement est innocenté (hospitalisé au moment du meurtre).
-courant mars 2014 : Mehdi rencontre Monsieur Paris, rue de la bucherie. Il lui annonce un malheur à venir.
-mi avril 2014 : Florence s'inscruste dans le centre 666, Mehdi se fait agresser violemment par Vladimir en bas de chez elle.




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En deuxième bonus le texte qui a servi de base à ce blog. A l'origine l'histoire devait s'appeler "Psy". Florine (qui n'avait pas de nom alors) devait être une patiente hospitalisée qui se suicide sous les yeux de son psy et qui lui apparaît ensuite sous forme de fantôme. Elle devait l'assister par la suite pour aider zombies et autres loups garous. Dans ce texte écrit en 2008 (l'idée de départ date de 2007) on retrouve déjà certaines bases.