samedi 26 octobre 2013

Résumé des épisodes précédents - 2

(1-19)
Alors qu'il mange un délicieux sandwich poulet mayonnaise sur un banc du cimetière du Père Lachaise Mehdi, psychologue trentenaire, est abordé par Florine. Sous ses allures d'adolescente gothique elle se révèle être une vampire de cent trente six ans. Énergique mais névrosée elle devient la première patiente mort vivante de Mehdi. Sa vie de vampire a commencé suite à un viol au XIXème siècle. Depuis elle bouillonne de colère qu'elle cherche à canaliser. La jeune vampirette s'installe petit à petit dans la vie du psychologue jusqu'à lui proposer de l'aider à se créer une clientèle composée de créatures de la nuit et décide de jouer sa secrétaire. Mehdi réticent au début finit par y voir une occasion unique de donner un nouveau sens à son existence. Il est renommé "Psyman" par la vampire. Il rencontre les colocataires aussi bizarres qu'inquiétants de Florine. Il est ensuite présenté à Robert, zombie de son état. Après s'être fait coursé par une famille de morts vivants dans un local EDF c'est à travers une porte qu'il mène son premier entretien avec lui. C'est un être mal dans sa peau en putréfaction qui se livre à lui et qui lui fait part de son refus de cette vie de zombie commencée par un tragique accident de voiture. La même soirée Mehdi découvre l'Antre, un bar des Halles fréquenté par des vampires. Il y rencontre par la même occasion Vladimir, vampire agressif qui a des vues sur Florine. Ce dernier se fait humilier dans un défi karaoké par David, un nain chanteur fan de Depeche Mode. Après cette soirée mouvementée au bar Florine et Mehdi manquent de se faire écraser par Jeanne, une gargouille suicidaire, sur le parvis de Notre Dame.

(21-39)
Robert veut voir les étoiles? Qu'à cela ne tienne. Mehdi et la troupe des vampires colocataires emmènent le zombie pique niquer de nuit sur les hauteurs de Meudon. Le mort vivant se lie d'amitié avec Steeve, l'un des coloc, qui lui apprend la guitare. Mais l'apparition d'un loup garou schizophrène, Sacha, sensible aux ondes électromagnétiques va semer le trouble et l'inquiétude parmi les vampires. Si Mehdi y voit un être en souffrance, Florine perçoit dans le lycanthrope une menace pour sa race. A tel point qu'elle le séquestre dans son bunker antiondes. L'intervention du psychologue est nécessaire pour que la situation ne tourne pas au massacre. Afin de proposer autre chose que des entretiens ponctuels à ses patients de la nuit Mehdi évoque avec la petite vampire l'idée de la création d'une structure type CATTP où pourraient s'y retrouver vampires et autres gargouilles en difficulté psychique. Malgré l'émoi provoqué par le loup garou Florine accepte d'aider le psychologue à défendre le projet auprès du Conseil Vampirique. Seule instance capable d'agir en de telles circonstances. C'est au cœur du quartier latin que se cache le Conseil. Mehdi y rencontre Ricky Woodford, spécialiste de l'administratif vampirique. Cet étrange personnage au nœud papillon lui prodigue alors de bons conseils.

dimanche 20 octobre 2013

39-Le Conseil Vampirique



"The girl from Ipanema, ai-je annoncé.
-Hein? s'est étonnée Florine.
-Je vois que Monsieur est connaisseur", a répondu Ricky Woodford en se mettant sur la pointe des pieds.
Je trouvais ça amusant d'entendre cette chanson guillerette dans l’ascenseur du Conseil Vampirique. Je m'attendais à de la musique classique, de l'opéra voire même du bon gros métal. Un truc qui colle plus à l'univers fictionnel des buveurs de sang quoi. Ricky a fièrement avoué que c'était lui qui avait choisi the girl from Ipanema. Florine sifflotait, mains dans le dos. La cabine de l'ascenseur n'était pas très grande. Le miroir de la paroi du fond avait visiblement été enlevé mais je voyais mon reflet sur les autres parois dorées. Uniquement mon reflet. J'avais toujours du mal à comprendre ce phénomène. Je m'amusais à passer mon regard du reflet aux vampires et des vampires au reflet. Florine a capté mon petit manège.
"C'est bon on a compris" m'a t-elle dit apparemment vexée.
Alors que la cabine s'arrêtait et que la porte mécanique s'ouvrait je me demandais comment Florine et ses congénères faisaient pour se maquiller sans miroir. Une fois sorti de l'ascenseur j'ai enfin pu découvrir le centre névralgique du Conseil Vampirique. Un immense open space s'offrait à mon regard. Des gens au téléphone ou sur leur ordinateur tout partout. Le long des murs qui constituaient ce grand rectangle bureaucratique il y avait des tas de portes donnant sur des bureaux. Tout était blanc ou beige et baignait dans une lumière tamisée. Ricky s'est avancé et en tendant les bras en croix a déclamé : "bienvenue au sein de l’administration vampirique!"
Il nous a servi de guide, ventant ici les mérites d'une photocopieuse multiformat ou là un logiciel de retouche permettant de créer de fausses photos d'identité (les vampires n'apparaissent pas sur les photos). "De la haute technologie au service des êtres de la nuit" selon lui. Florine passait son temps à saluer des gens. Ils lui parlaient avec une certaine déférence. En revanche ils me faisaient tous la tête. Certains étaient même franchement hostiles à mon égard. Sur mon passage les vampires chuchotaient entre eux. Ils ne devaient pas avoir l'habitude de voir un mortel fouler le sol de leur saint bunker. Florine me répétait des "c'est rien, c'est rien" qui finissaient par m'agacer parce que pour moi ce n'était pas rien justement. Je me sentais en territoire ennemi. C'était par leurs mains que mon dossier de centre thérapeutique pour créatures de la nuit allait passer. Comment espérer une issue favorable s'ils ne pouvaient même pas supporter ma présence? Mais si leur accueil était froid ils restaient des fonctionnaires au service de leur cause et se remettaient rapidement au travail. Ricky nous a conduit dans  une petite salle relativement éloignée de l'open space. Le décor y était plus traditionnel avec ses meubles en bois et ses murs en pierre.
"Si on creuse dans cette direction on atterrit dans la Seine" a expliqué Ricky Woodford en pointant du doigt le mur nord.
Il s'est assis dans un élégant fauteuil recouvert de tissu rose. Florine et moi devant nous contenter de chaises en plastiques à l'assise inconfortable. Il a ouvert le tiroir du bureau devant lui et en a sorti une télécommande. Il a allumé un vidéo projecteur. Du même tiroir il a sorti un ordinateur portable. Apparemment Monsieur Woodford avait tout prévu. Après plusieurs minutes de bidouillage informatique que notre guide commentait en détails ("là je double clique", "et hop un petit copié/collé") un powerpoint est apparu sur un grand écran blanc situé derrière lui.

PROCÉDURE TÉLÉMATIQUE DE DÉPOSITION DE DOSSIER TYPE 25-6b

Le titre m'a fait rire. Ce qui d'ailleurs a troublé Ricky.
"Il ne veut rien dire ce titre, ai-je pouffé
-Bah...bah si. Procédure télématique de déposition de dossier type 25-6b, a répondu Ricky.
-Bah oui Psyman, procédure télématique et machin chose" ajoutait Florine sur le ton de l'ironie que n'a pas compris Ricky.
Pendant l'heure qui a suivi mon cerveau a subi un harcèlement administratif insupportable qui a fini par m'anesthésier. Le powerpoint enchaînait les conseils pour remplir chaque document nécessaire. Et quand je dis chaque c'est CHAQUE. Le Conseil Vampirique devait être nostalgique de l'époque communiste. Je prenais mollement des notes tandis que Florine, elle, griffonnait des pages et des pages. Elle poussait des "hourra!" à chaque page de la présentation informatique. J'espérais que c'était de l'ironie. Ou alors les vampires étaient plus étranges que je ne le pensais. Je me suis réveillé au moment où Ricky a abordé la question de la présentation devant les sages du Conseil. Apparemment une fois mon dossier retenu je passais devait une sorte de jury composé de vampires très influents. Ricky égrainait les choses à ne pas faire ou ne pas dire devant eux. Je ne pouvais à peu près rien faire. Si les vampires de l'open space n'arrivaient pas à me blairer quel accueil me réserveraient les sages? Je commençais à suer d'angoisse. D'autant plus que Florine n'aurait pas le droit d'être présente lors du grand oral. Après cinquante deux pages powerpointées Ricky a éteint le projecteur.
"A chaque présentation j'ai comme des picotements de plaisir dans les bras, aventure présentationnelle quand tu nous tiens!" a t-il dit en posant la télécommande sur le bureau.
Florine m'a fièrement montré ses notes ainsi que les petits dessins qui les illustraient.
"Ça c'est toi, m'a affirmé la buveuse de sang en pointant son doigt sur un bonhomme moche en fil de fer avec une tête énorme.
-C'est pas un arbre ce truc? lui ai-je répondu perplexe devant son manque évident de talent graphique.
-C'EST TOI!" insistait-elle en tapant du doigt sur son œuvre.
D'un signe de la main je lui ai dit de laisser tomber. Décidément Florine était nulle pour les arts.
Ricky nous a poliment reconduit dans le hall d'entrée. J'ai encore du affronter les regards désapprobateurs des vampires en costumes et tailleurs. Le silence qui se faisait quand j'entrais dans l'open space était impressionnant. Tout aussi impressionnant était le bruit qui reprenait d'un coup.
"The girl from Ipanema...encore? ai-je fait remarquer à Ricky en remontant en ascenseur.
-Encore et toujours", m'a répondu le fonctionnaire en souriant.

samedi 12 octobre 2013

38-Here comes Ricky Woodford


Le banc en bois sur lequel j'étais assis commençais à me faire mal. J'étais surpris par la présence d'un tel siège dans cet immense hall cossu. La pièce semblait être un rond parfait. Son périmètre était constitué de piliers d'une matière que je supposais être du marbre. Le plafond était d'une hauteur vertigineuse. Et de son centre descendait un lustre massif. C'était la seule source de lumière. Les grandes fenêtres étaient recouvertes de papiers noirs obturant. Sous le lustre, au milieu de la pièce, un comptoir d'accueil derrière lequel était assise une jeune femme au teint blafard. Elle avait tout du look stéréotypé de la secrétaire. Les cheveux tirés en arrière se terminant en queue de cheval. Un chemisier blanc recouvert d'une veste noire et un tailleur. Sauf que c'était une vampire. Je les reconnaissais facilement maintenant. Avec leurs veines ultra visibles dans le cou, leur peau blanc transparent et leurs dents pointues qui apparaissaient au moindre sourire. Florine tapotait du doigt sur le comptoir. Elle plaisantait avec la secrétaire mais d'où j'étais je ne pouvais avoir les détails de leur conversation. Je bougeais d'une fesse à l'autre sur mon banc. Il devait provenir d'une église et sa dureté le rendait à coup sûr à l'épreuve d'une explosion thermo nucléaire. Je caressais ma cravate noire. "Mets une cravate". Encore un conseil farfelu de Florine. Je me trouvais élégant. Les occasions de mettre une veste et une cravate étaient peu nombreuses. J'avais même nettoyé mes grosses chaussures. La vampirette était fière de moi. Jamais je n'aurais imaginé que derrière une porte imposante du quartier latin se cachait un hôtel particulier qui accueillait en son sein le Conseil Vampirique. Je m'étais promené un nombre incalculable de fois dans le coin sans jamais avoir soupçonné une seule seconde qu'au détour d'une rue s'étaient regroupées toutes les forces vives des vampires de Paris. En y repensant ces filles que je prenais pour des étudiantes anorexico-bobos de la Sorbonne étaient peut être des vampires. Alors que mon cerveau s'emplissait de pensées autant excitantes que perturbantes Florine s'est tournée vers moi et m'a fait un signe le pouce levé qui voulait dire quelque chose comme "c'est ok!". Elle a signé un truc et elle est revenue vers moi.
"C'est bon, c'est réglé, tu es autorisé à fouler le saint sol du Conseil Vampirique, m'a t-elle annoncé triomphalement ponctué d'un sourire ironique.
-Vous êtes trop bons, lui ai-je répondu en m'inclinant.
-Tu vas LE rencontrer.
-LE? Qui?
-Ricky Woodford himself pardi!"
Sa voix aiguë résonnait dans le hall, faisant se lever d'interrogation le menton de la secrétaire vampirique. Une porte massive face à nous, entre deux colonnes, s'est ouverte. Florine s'est retournée d'un bond.Un petit homme grassouillet à lunettes est entré. Il s'est approché de nous d'un pas sautillant en se touchant le nœud papillon. Il portait des bretelles et un vilain pantalon beige qui lui montant jusqu'au dessus du nombril. Il s'est arrêté à deux mètres de nous. Il a mis ses mains dans le dos et se surélevant sur la pointe des pieds il s'est adressé à nous.
"Bien le bonjour chers visiteurs. Je suis Ricky Woodford, votre guide dans le passionnant monde de l’administratif. Je crois qu'il y a ici quelqu'un qui a un dossier à monter? Le valeureux!
-Euh oui c'est moi, enchanté", ai-je répondu en me levant rapidement, les fesses paralysées par de trop longues minutes passées sur le banc.
En lui serrant la main et en échangeant les politesses d'usage je me suis aperçu qu'il n'avait en rien l'accent américain. Il avait cette voix nasillarde caractéristique des actualités des années cinquante. Il a ensuite salué Florine d'un hochement de tête.
"Vous n'êtes pas un vampire mais pour moi ça ne change rien vous savez. Qu'il soit mortel ou non j'accompagne toujours un demandeur de dossier jusqu'au bout.Tel un demi-lune pour Indiana Jones je guiderai votre main pour qu'elle coche la bonne case et vous rappellerai que l'annexe A42 est à photocopier trois fois et non deux depuis 1999."
J'écoutais la diatribe administrative qui sortait de la petite bouche rouge vive du petit homme. Sa jugulaire battait en rythme. Je me demandais si ce Monsieur Woodford n'était pas aussi fou que Sacha.
"Veuillez me suivre chers explorateurs du papier carbone et de l’agrafeuse. Un dossier n'attend pas!"
A ces mots Florine a levé les poings au ciel en criant "yes!" comme si elle venait de réussir son bac. Je ne voyais pas ce qu'il y avait d'excitant là dedans. Ricky s'est rapidement dirigé vers la porte par laquelle il était arrivé. La petite vampire lui a emboîté le pas. Elle s'est retournée vers moi me pressant de les suivre. J'ai pris la chemise cartonnée que j'avais posée sur le banc et je suis rentré dans la danse de la bureaucratie vampirique.

samedi 5 octobre 2013

Patient : Robert. Entretien : 4


A ma grande surprise Robert n'est pas dans son local EDF mais dehors, sur le bord de quai, accompagné par Steeve. Le zombie tient (approximativement) une guitare sèche. Le vampire assis à ses côtés tente de lui enseigner un accord. C'est ici que je mène l'entretien, en présence de Steeve donc.

Je me rends rapidement compte que le zombie a la mâchoire rafistolée avec un fil de fer (par Steeve). Sa diction est pénible à l'écoute. Steeve m'aide à comprendre les propos de Robert. Robert me dit que le vampire lui rend souvent visite, plus que Florine. Il vient le chercher dans le local et ils se posent près de la Seine pour jouer de la guitare. Le zombie dit que c'est la première fois qu'il trouve de l'intérêt dans quelque chose depuis son "réveil" dans le cimetière. Il dit que sans le pique nique il ne se serait jamais autant rapproché du vampire musicien. Il me remercie pour ça. Il dit sortir de son local quasiment chaque soir. Laissant derrière lui sa putride famille. Il se dit "téméraire" d'oser sortir. Mais il préfère le faire en compagnie de Steeve ou de Florine (qu'il dit moins voir). Il dit qu'il a envie de revoir les étoiles, comme à Meudon. Je lui dis qu'on pourrait organiser une nouvelle sortie. Néanmoins son optimisme de début d'entretien laisse place à un discours franchement dépressif. Il dit que depuis plusieurs semaines il a remarqué qu'il se décompose plus vite qu'avant. Pire : il s'en rend compte. Il avait déjà parlé de cela, sa prise de conscience de son état grandissant. "Je deviens de plus en plus intelligent, je comprends ce que me dit Steeve mais je m'aperçois de mon état corporel...et j'ai peur" Robert se décompose gravement. D'ailleurs la guitare qu'il tente de tenir est recouverte d'éclaboussure de chair. Je croise le visage grave de Steeve à ce moment. "Je crois que je meurs" dit Robert. Même s'il précise qu'il sait qu'il meure depuis qu'il est "comme ça". Mais là "quelque chose change". Je lui demande comment on pourrait l'aider. Il dit qu'on ne doit rien changer. Je lui parle de mon projet d'accueil nocturne. Il est intéressé. Steeve se propose de l'accompagner quand ce sera en place.