dimanche 21 juillet 2013

29-Escalade de cathédrale


"Mais merde Florine je fais de mon mieux!"
Je tentais péniblement d'escalader la grande fenêtre grillagée de la cathédrale. Mes pieds ne trouvaient aucun appui et je glissais. La vampirette m'énervait à me dire que c'était "facile" ou que je "pouvais le faire". Elle avait atteint l'étage en un bond. J'ai finalement réussi à grimper en m'appuyant sur le rebord gauche en pierre de la fenêtre. Je montais en crabe. Florine a attrapé ma main en haut et m'a tracté avec une poigne de super héros. J'ai du m'asseoir quelques minutes pour me remettre de mes efforts. Mes mains portaient les marques de la grille et elles chauffaient tellement que j'étais obligé de souffler dessus pour calmer la douleur. J'avais du mal à croire que j'avais réussi à escalader plusieurs mètres de la façade orientale de Notre Dame de Paris.
"Il faudrait qu'on trouve un moyen plus simple de rencontrer Jeanne, ai-je dit à la petite vampire sur un ton qui trahissait mon agacement.
-C'est sûr que ce n'est pas très pratique pour toi vu ton manque de souplesse, m'a t-elle répondu sarcastiquement.
-Je suis sérieux, c'est trop haut pour un simple mortel. Ou alors tu me dégotes un jet pack.
-On en discutera avec elle, il faut qu'on grimpe encore un étage!"
Je trouvais ça aberrant de devoir encore monter d'un niveau supplémentaire. Jeanne était une gargouille, elle pouvait nous rejoindre où elle voulait, même au sol. Mais non, pour des "raisons de sécurité" Florine et elle avaient considéré qu'un rendez vous à plusieurs mètres du sol à l'arrière de l'édifice religieux le plus célèbre de Paris était la meilleure solution. Et encore une fois, en un bond, mon assistante est montée à l'étage supérieur. Même si la fenêtre semblait moins haute il me fallait me refarcir une ascension avec prise de pied quasi inexistante. A mi parcours ma main droite a loupé la grille et je suis tombé. Comme une merde. J'ai crié un violent "putain!" une fois au sol. Florine m'a fait des "chut chut" super agaçants. Même si l'édifice était en grande partie éclairé de nuit la fenêtre était suffisamment dans l'ombre pour abuser ma vue d'être diurne. Je me suis relevé en me tenant les fesses. J'avais sacrément mal. 
"Dépêche, Jeanne est là! m'a lancé Florine d'en haut.
-Bah dis lui de descendre!
-Dépêch-EUH!"
J'ai attrapé le grillage et j'ai recommencé à grimper. La vampirette m'éclairait avec son smartphone. A un mètre du point d'arrivée un bras de couleur sombre m'a attrapé la main et m'a déposé sur le rebord. C'était Jeanne, la hideuse gargouille suicidaire. C'était seulement la deuxième fois que je la voyais Elle était impressionnante de laideur. Sa mandibule légèrement prognathe, sa dentition démesurée, ses cornes et ses ailes tout droit sorties des pires représentations bibliques me foutaient la trouille. Néanmoins, en bon professionnel qui se respecte et rassuré par la présence de la petite vampire à mes côtés, j'ai tout fait pour mettre mes craintes de côté.
"Dites donc, c'est pas bien pratique comme lieu de rendez vous, lui ai-je fait remarquer encore essoufflé.
-Certes mais c'est sécure, m'a t-elle répondu.
-Oui, c'est SECURE", a insisté Florine en dessinant un rectangle dans l'air avec le bout de ses index.
Elle avait ce petit sourire agaçant qui la caractérisait. Elle était fière de se jouer de moi. Après leur avoir dit qu'on en rediscuterait j'ai invité Jeanne à s'asseoir pour que l'on commence l'entretien. Elle a grimpé sur un bras en pierre montant vers les hauteurs de Notre Dame. Comme un oiseau sur une branche. J'étais assis sur le sol froid et j'étais obligé de lever les yeux pour la voir. Le peu de lumière arrivant à notre niveau et la position de mon interlocutrice me fatiguaient les globes oculaires. D'un autre côté ça me donnait l'occasion de la regarder le moins possible. Florine s'est assise contre un mur. Elle avait chaussé ses fausses lunettes et avait sorti son gros carnet pour prendre des notes. Je me suis raclé la gorge.
"Alors, dites moi, qu'est ce qui se passe?"

dimanche 14 juillet 2013

28-Halloween



Décidément ce mystérieux conseil vampirique avait le bras long. Pour Halloween  ils avaient organisé une sorte de garden party dans les jardins d'un hôtel particulier non loin des Champs-Élysées. S'il y avait bien quelques citrouilles éclairées ici ou là la déco n'avait pas une puissance évocatrice terrifiante extraordinaire. Ça faisait très quatorze juillet. Moi je me les caillais en ce trente et un octobre. Pas la plupart des invités. C'était des vampires. Tous étaient déguisés. Un des êtres de la nuit que j'avais croisé à l'Antre était grimé en lapin rose. Seul son visage était d'un blanc mort. Comme quoi même les vampires pouvaient ignorer le sens du ridicule. Ce qui était drôle c'est que parmi cette assemblée vampirique nageaient quelques mortels. Ils ne se doutaient pas qu'ils étaient entourés de buveur de sang. La peau blanche, les veines apparentes ou les grandes canines ils les mettaient sur le compte de déguisements et de maquillages particulièrement étudiés. Moi j'étais habillé en docteur. J'avais emprunté la blouse et le stéthoscope à un ancien collègue médecin que je croise encore à l'occasion. Je portais les grosses lunettes noires sans verre de Florine. Je devais avoir l'air d'un nerd totalement idiot. Florine et moi attendions Steeve et Oliver qui étaient partis chercher Robert. La vampirette avait pris le soin d'en informer les vampires de l'assemblée et pensait que la tête putride du zombie allait passer inaperçu. Je me suis souvent demandé si elle n'était pas totalement folle. En tout cas elle faisait sensation avec sa robe noire et vert sombre au dos nu plongeant. Un voile de dentelle noir cachait sa gorge. Quand je l'ai vu arriver ainsi je l'ai tout de suite engueulé. Lui faisant remarquer qu'elle n'avait que treize ans. 
"Ouais à cent vingt trois ans près" m'avait-elle répondu. 
Son âge humain ne trompait pas les vampires mâles qui ne manquaient pas de lui jeter quelques regards intéressés. Sa beauté était vraiment troublante. Avec sa chevelure en chignon et son maquillage noir forcé autour des yeux elle faisait vraiment mature. J'ai du secouer la tête tel un épileptique pour ma chasser toute vilaine idée du crâne. Mais Florine restait Florine et aux pieds elle portait ses grosses rangers maculées de boue. Elle me les a montré avec un sourire tout enfantin.
"Mais au fait t'es déguisée en quoi? lui ai-je demandé.
-En vampire version bluette romantique"
Nous étions près des grilles à attendre nos comparses. Je regardais régulièrement ma montre et la petite vampire jouait avec le stéthoscope. Elle comparait nos rythme cardiaque. Elle posait le bout sur sa poitrine et criait "morte" puis sur mon dos en criant "vivant". Alors que Florine scandait une succession de "morte-vivant" j'ai aperçu le van qui se garait lentement. Oliver, déguisé en Sherlock Holmes est descendu le premier. Il a aidé Robert à s'extirper du véhicule. Steeve les a rejoint. Je n'ai pas bien compris en quoi il était déguisé. En vieux? Lorsqu'il est arrivé près de moi je n'ai pu m'empêcher de le lui demander.
"Euh, excuse moi Steeve mais tu es censé être déguisé en quoi?
-Kurt Cobain, unppluged 1993 mec!"
Ça se tenait. Encore et toujours son "Kurty". Oliver nous a salué d'un léger lever de casquette. Robert se traînait, comme le zombie qu'il était. Son énorme touffe de cheveux contrastait toujours autant avec la maigreur cadavérique de son visage. Sa mandibule manquait toujours de se faire la malle. Comment nom de Dieu les invités allaient ils pouvoir prendre ça pour un déguisement? D'ailleurs quelques personnes non loin de nous commençaient à chuchoter depuis l'arrivée du mort vivant chevelu. C'est alors que j'ai remarqué une chose très étrange. A chaque fois que quelqu'un exprimait son étonnement face à Robert une personne, un vampire à coup sûr, s'approchait et faisait comprendre au sceptique que c'était purement et simplement un déguisement. J'ai vu un couple qui, à quelques mètres de nous, désignait le zombie du doigt. Là, un grand type fin, en smoking noir (était-ce un déguisement de James Bond?) s'est approché d'eux. Il a posé sa main gauche sur l'épaule de l'homme et la droite sur celle de la femme. Après quelques mots échangés il s'est éloigné et le couple, comme un seul homme, a hoché la tête d'approbation en direction du grand sec en noir. Cette scène s'est reproduite toute la soirée. Et Robert n'a jamais été directement embêté. Nous avons pu profiter à notre tour de la soirée qui était à vrai dire déjà bien entamée. Au bar les bouteilles de "red" étaient disposées derrière le barman. Impossible de prendre une bouteille de sang sans la demander. Justement Oliver, Steeve et Florine s'arrêtaient pour en prendre une. Je me contentais d'un jus de fruit. C'est bouteilles en mains que les vampires m'ont entraîné dans un long tour de serrage de pinces. "Une tradition" m'a confié Oliver. J'ai ainsi rencontré une bonne vingtaine de vampires qui prêtaient à peine attention à ma présence. J'ai toujours détesté ces situations où vous vous retrouvez à jouer la cinquième roue du carrosse pendant que les autres plaisantent ensemble. Je restais toujours un peu à l'écart avec Robert et je tentais de communiquer avec lui. Son visage hideux et son élocution lente et râlante ne faisaient qu'augmenter mon sentiment d'isolement. Cette tournée rituelle a duré une éternité. Finalement les vampires ont à nouveau prêté attention à nous comme si de rien n'était. Florine m'a demandé ce que je voulais faire. Il y avait une scène installée dans le fond du jardin. Elle accueillait un groupe qui faisait des reprises rock.
"Un petit peu de rock, ça vous tente?" ai-je répondu à la vampirette.

Notre petit groupe marchait lentement, au rythme de Robert. Même si je craignais les réactions de mes congénères j'étais content qu'il puisse participer à une telle fête. On reconnaissait les vivants des autres assez facilement. Les vivants tremblotaient de froid. Je tremblotais. Les autres étaient comme des poissons dans l'eau. Les deux "communautés" ne se fréquentaient pas ou pour de brefs échanges comme des tentatives de dragues ratées de gros lourds sur de jolies petites vampires. L'une d'elles d'ailleurs s'est postée devant nous alors que nous nous approchions de la scène sur laquelle le groupe interprétait une chanson des Beatles. Elle devait avoir dans les vingt cinq ans. C'était une grande brune aux cheveux longs et lisses. Fine, comme la plupart des vampires. Elle avait un joli visage fin, très maquillé. On n'en distinguait presque pas les veines. Elle était habillée en Cléopâtre (enfin je suppose). Avec une longue robe moulante bleu ciel.
"Salut Sherlock, a t-elle lancé à Oliver qui lui répondu d'un nouveau lever de couvre chef. Il n'a pas l'air très frais votre ami zombie. Faut vraiment être un mortel pour croire que c'est un déguisement.
-Toujours autant de tact, Rita, lui a répondu Florine qui roulait des yeux d'exaspération.
-Bonsoir Florine, tiens, tu t'es habillée en fille? Oh mais qui vois-je? Monsieur le psychiatre je présume?
-Psychologue, je ne suis pas médecin...enfin, sauf ce soir...Ai-je commencé à bafouiller.
-C'est mon psy! m'a interrompu Florine. Maintenant si tu veux bien nous excuser on aimerait bien écouter tranquillement le groupe.
-J'aurais peut être besoin d'un psy moi aussi", a dit Rita en nous quittant et me faisant un clin d’œil.
J'ai demandé à Florine qui était-ce.
"Rita, une vampire gitane. Une pouffe centenaire."
J'en concluais que les relations entre les deux vampirettes n'étaient pas très bonnes. Nous avons fini par atteindre la scène au moment où le groupe faisait une pause. Il y avait peu de spectateurs. Les vampires formaient de petits groupes répartis ici ou là dans le jardin. Les autres assiégeaient le bar et le buffet. Néanmoins, non loin de nous trois quinqua éméchés se racontaient des souvenirs de concert en fredonnant approximativement des chansons des Fab Four.
"On ne sait toujours pas qui est Sasha, m'a dit Florine en fixant la scène du regard.
-On finira par trouver. Ne t'inquiète pas, regarde autour de toi, tes confrères vampires ne semblent pas très inquiets, lui ai-je répondu en réajustant ma blouse.
-Ils ne se rendent pas compte. Toute la semaine j'ai discuté avec des gens du Conseil. Ça les préoccupe. Ça me préoccupe."
Je lui ai souri. Pour la rassurer. Robert dodelinait de la tête en poussant de légers gémissements. Je ne savais pas s'il s'amusait ou si au contraire il angoissait.
"Ça va Robert? lui ai-je demandé
-Musiiiiiisqueuuurhh", a répliqué le mort vivant.
Au même moment le groupe revenait sur scène. Quelle n'a pas été ma surprise en voyant apparaître David, le chanteur nain fan de Depeche Mode. Il a baissé le micro à sa taille. Florine et moi avons agité les bras en l'appelant. Il nous a reconnu.
"Hey, salut les mecs!" nous a t-il lancé de sa voix grave en nous pointant de son petit doigt.
Le groupe a commencé à jouer. J'ai tout de suite reconnu le morceau. Lullaby de The Cure. Même s'il ne chantait pas du Depeche Mode David arborait son look Dave Gahan. Marcel, pantalon noir et cheveux longs. Robert a commencé a agité la tête de façon totalement désordonnée. Florine s'est mise à côté de lui et a commencé à danser. Une vampire dansant avec un zombie sur un air chanté par un nain. C'était surréaliste. Oliver fredonnait les paroles tandis que Steeve faisait du air guitar. J'étais content que tout le monde s'amuse, en particulier Florine et Robert. Robert continuait son réapprentissage de la vie hors souterrain. Florine pouvait penser à autre chose qu'à Sasha le loup garou. L'interprétation magistrale de David avait attiré de nombreuses personnes autour de la scène. Les trois quinquas à notre droite étaient déchaînés et agitaient leur bière en reprenant en chœur "spider is always hungry". Je les trouvais plus rigolos que la plupart des invités vampires.
En fin de concert j'avais vraiment très froid. Les autres mortels avaient pour la plupart quitté les lieux. Il se faisait tard et j'ai exprimé au groupe mon envie de rentrer. Florine avait l'air déçu mais elle s'est vite ressaisie. Elle m'a dit qu'on devait voir Jeanne, la gargouille dépressive, à la fin de semaine. Je lui ai rendu ses lunettes qu'elle a immédiatement mise sur son nez. Ça lui faisait un look étrange. J'ai salué Robert dont la mandibule de travers s'agitait de tous les côtés. Oliver m'a assené un étrange "élémentaire mon cher Psyman" qui a fait rire sa colocataire. J'ai remonté le jardin en direction de la grille. J'ai senti le regard de dizaines de paires d'yeux s'abattre sur moi. Je baissais la tête.
"Hey, le psy!"
J'ai tourné la tête et j'ai vu Rita en haut des marches menant à l'entrée de l'hôtel particulier. La Cléopâtre immortelle m'a lancé un baiser avec la main. Je suis resté figé pendant plusieurs secondes.
Je n'ai rien trouvé à dire ou à faire qui me semblait approprié. Alors j'ai repris ma route et je me suis rapidement retrouvé dehors. Là le James Bond qui faisait la police plus tôt dans la soirée autour de Robert était adossé à un mur qui longeait la propriété. Il fumait. Il m'a fait un signe de tête.
"J'espère que le zombie s'est amusé, m'a t-il dit après avoir tiré sur sa cigarette.
-Je crois oui. Quand je suis parti il venait de pogoter pendant trois quarts d'heure.
-C'est bien ce que vous faîtes pour Florine, même si les sages du Conseil ne pensent pas la même chose".
Il s'est redressé, a jeté sa cigarette au sol et entré dans le jardin. Au passage il m'a donné une tape amicale sur l'épaule. Il avait de longs doigts veineux et son sourire a laissé sortir deux canines pointues. Après l'avoir regardé s'éloigner j'ai tourné les talons et j'ai hélé un taxi.


dimanche 7 juillet 2013

Patient : Florine. Entretien : 5


Je revois Florine dix jours après le pique nique. Elle n'est pas venue au rendez vous prévu la semaine dernière. L'apparition du loup garou l'a perturbé. Elle s’assoit recroquevillée sur le fauteuil, genoux entre les bras. "Loup garou et vampire ça ne fait pas bon ménage" dit-elle en début d'entretien. Elle dit qu'elle en a vu un une fois en Roumanie. Dans les années 50. Elle était hébergée par une bande de vampires locaux. "Des mecs tristes comme des menhirs". C'était dans une maison de campagne. Perdue au milieu d'une plaine venteuse. Elle dit qu'elle se rappelle les rafales de vent en pleine nuit. Le lendemain de son arrivée ils ont dit qu'ils voulaient lui montrer quelque chose "d'exceptionnel". Ils l'ont conduite dans une grande cave sous la maison. Là était enfermé un homme nu dans une grande cage. Il parlait en croate selon elle mais elle n'est pas sûre. Elle se rappelle la détresse du prisonnier. Il lui tendait ses bras sales à travers le barreaux, suppliant. D'un coup il s'est transformé. "Comme dans ce clip de Michael Jackson". C'était un loup garou. Elle se rappelle de la rage de l'homme animal à sa vue. Grognant, hurlant, griffant l'air. Les hôtes s'en amusaient. Elle dit que pour la première fois depuis longtemps elle était terrifiée. Qu'elle avait compris que les loups garous pouvaient être une vraie menace pour elle et ses congénères. C'est d'ailleurs ce que tous les vampires depuis lui ont confirmé. Elle sait que les loups garous sont rares aujourd'hui, surtout en Europe de l'ouest. Mais que c'est une "menace". Elle dit qu'elle ne sera pas tranquille tant qu'elle n'en saura pas plus sur Sacha, le promeneur de Meudon. Elle dit que c'est aussi ça être utile pour les autres. Que sa rage intérieure peut aussi servir à protéger ceux auxquels elle tient. "Comme de l'essence pour un moteur".
Le reste de l'entretien elle mène une enquête à voix haute au sujet du loup garou. "Il était en Hongrie...et cette histoire d'ondes...il vient de Paris..." Elle dit qu'elle veut lui "mettre le grappin dessus". Je lui explique qu'elle doit faire attention, que Sacha n'avait pas l'air dangereux mais plutôt légèrement "dérangé". "C'est peut être une stratégie" dit-elle.
Ses propos sont un mélange d'énervement, d'inquiétude et de questionnements. Je lui dis que ce qui en tout cas sûr c'est qu'il faut qu'on en sache plus sur lui. Je lui propose qu'on s'occupe de  ça ensemble. Elle accepte mais sans grand enthousiasme. Ce qui est surprenant elle qui d'habitude est une vraie pile électrique en entretien. On se quitte sans qu'elle m'ait appelé "Psyman". 

mardi 2 juillet 2013

26-Le loup garou campeur


Les loups garous m'ont toujours foutu la trouille au cinéma ou dans les séries télé. Petit j'en faisais même des cauchemars. Se retrouver face à une de ces créatures était juste terrifiant. Si j'avais été seul je me serais sûrement évanoui. Oliver et Florine étaient devant moi. Les poings fermés à hauteur de hanche et le visage grave. Ils me faisaient penser à des chats aux aguets. Mode combat activé. Le loup garou était assez grand mais il penchait en avant. On l'aurait presque cru bossu. Il s'avançait doucement vers nous. Notre petit groupe était silencieux, prêt à passer à l'action ou à fuir. Mais quelque chose clochait. Si son allure était effrayante le loup garou n'avait pas un comportement agressif. Il marchait tranquillement vers nous. Plus sa gueule devenait distincte, éclairée par les réverbères, plus je croyais distinguer un sourire. Sur le sommet de son crâne poilu quelque chose brillait à la lumière. C'était une sorte de chapeau argenté. C'est lorsqu'il s'est arrêté à deux mètres de nous que j'ai pu voir ce que c'était. Il s'agissait d'un petit chapeau en triangle, comme ceux qu'on se fait en origami avec du papier journal, faisant penser à une coque de bateau. Il était en papier aluminium. Oliver et Florine se sont regardés. Intrigués comme moi par cet étrange couvre chef. Le loup garou a levé la main et s'est adressé à nous.
"Salut la petite foule! Ça va" a t-il lâché d'une voix bizarrement douce.
Les vampires semblaient déstabilisés. Florine s'est retournée vers moi m'interrogeant du regard. La situation lui échappait. Et c'était bien la première fois!
"Vous n'êtes pas bien bavard dites moi" a poursuivi le loup garou.
Un long silence s'est installé. Les vampires avaient toujours le visage fermé. Robert râlait doucement à l'arrière. J'ai pris mon courage à deux mains et je me suis mis en première ligne. Le loup garou dodelinait de la tête en attendant une réponse. Son chapeau lui donnait finalement un air tout sauf dangereux (voire totalement crétin).
"Bonjour, nous venons de pique niquer et nous nous apprêtions à partir. Je suis Mehdi et vous?
-Oh un pique nique! J'espère qu'il y avait des aliments sans gluten. Enchanté Mehdi, moi c'est Sacha."
Il a tendu la main pour que je la lui serre. Nous nous sommes salués. Ma petite main disparaissait entre ses doigts longs, noirs et crochus. Il avait une sacrée poigne.
"Et vous, que faisiez vous dans les bois? lui dis-je en dégageant ma main à moitié broyée.
-J’aménageais mon abris anti ondes.
-Un abris anti ondes? plissant les yeux, de plus en plus perplexe devant ce loup garou.
-Oui, les ondes electro magnétiques. Une vraie plaie ces choses là. Prévoyant comme je le suis j'ai creusé tout une galerie dans la forêt de Meudon. Zéro onde assuré!
-Et le chapeau c'est pour?
-Les ondes.
-Les ondes?
-Oui toujours les ondes electro magnétiques. Ici on ne risque pas forcément grand chose. Mais prévoyance un jour prévoyance toujours. Vous devriez en porter un vous savez."
La situation ne faisait pas rire Florine. Elle s'est adressé à la créature poilue.
"Vous êtes le seul loup garou dans le coin? Vous venez d'où?
-Mademoiselle, dit-il en réajustant son chapeau. A ma connaissance je suis le seul depuis mon voyage en Hongrie en tout cas. Et je viens de Paris. Mais c'est une ville tellement polluée en ondes que je ne peux pas y rester.
-Depuis la Hongrie? a ajouté la vampirette.
-Bip, bip, bip, bip, a juste répondu Sacha.
-Hein?
-Bip, bip, bip...je sens trop d'ondes électromagnétiques ici, à coup sûr c'est votre véhicule. L'antenne radio est une vraie plaie, elle catalyse toutes les ondes à des kilomètres à la ronde."
Le loup garou agitait la patte devant son visage pour se ventiler.
"Trop d'ondes, trop d'ondes. Je suis désolé, je vais devoir y aller. Je vais me cacher dans les bois en attendant de redevenir un homme au petit matin. Ah les voitures, trop d'ondes, trop d'ondes."
Et avec de grandes enjambées il est s'est enfoncé dans la forêt par le même endroit d'où il avait surgi.
Florine a posé la main sur le dos de Oliver.
"On va devoir en parler au Conseil"
Oliver a acquiescé d'un hochement de tête. Avec un visage grave Phil a dit qu'il était temps de rentrer. Sans se faire prier la petite bande est entrée dans le van. Je suis resté dehors. Je voulais que cette soirée permette à Robert de changer d'environnement. De voir qu'il y avait des gens sur lesquels il pouvait compter en dehors de sa famille de cadavres ambulants. Je craignais que le loup garou ait tout fait foirer. Mais nom de Dieu, un loup garou! Florine a attaché la ceinture de sécurité du zombie puis est venue me voir. Steeve klaxonnait pour que nous grimpions dans le véhicule.
Mon assistante d'outre tombe était silencieuse. Nous étions côte à côte en haut de la pente. Depuis son siège conducteur Steeve râlait en ponctuant ses phrases par des "mais euh!". J'avais l'impression que Florine voulait que je dise quelque chose d'intelligent ou de réconfortant. J'ai scruté le ciel.
"Regarde, ce n'est pas la pleine lune."