dimanche 28 avril 2013

17-The longest night - 3


Les premières notes de clavier ont résonné dans la salle. J'ai tout de suite reconnu l'air. C'était enjoy the silence de Depeche Mode. Alors qu'il commençait à bouger en rythme, mains posées sur le bassin, Dave m'apparaissait clairement comme un sosie de Dave Gahan en miniature. Ce que je n'avais pas perçu la première fois que je l'avais vu c'est qu'il portait exactement les mêmes vêtements que le chanteur de Depeche Mode dans une célèbre vidéo d'un concert donné par le groupe dans les années quatre vingt dix. David, le nain amateur de karaoké, arborait le même débardeur, le même pantalon, le même tout que son idole lors de ce concert. S'il ne mesurait pas quatre vingt centimètres de moins que l'original j'aurais parlé de sosie. Le petit homme était bien aidé par le groupe qui maitrisait le titre. Depeche Mode devait faire partie des artistes préférés des vampires parisiens et j'imaginais que régulièrement un être de la nuit voulait interpréter une de leurs chansons en live. Dave tendait ses petits bras de part et d'autre de son corps et remuait en cadence alors que le premier riff de guitare se faisait entendre. Un technicien avait réglé le pied du micro à une hauteur qui me paraissait ridiculement basse mais qui à y regarder à deux fois permettait au chanteur nain d'avoir le micro pile face à sa bouche. Quand il a entamé le premier couplet j'ai été soufflé. Il avait la même voix que Dave Gahan. Peut être que l'acoustique était mauvaise ou que mes oreilles commençaient à fatiguer mais en fermant les yeux j'aurais pu jurer que c'était bel et bien le lead vocal de Depeche Mode qui était sur scène. Vladimir, qui s'était posté sur la droite de la scène, faisait de grands gestes moqueurs et tentaient de rallier à sa cause les quelques spectateurs debout non loin de là. Force était de constater que personne ne le calculait et le vampire énervé de gesticuler tout seul dans son coin. L'osmose entre les musiciens et Dave était parfaite. C'était des pros. Et le chanteur savait y faire pour captiver la foule. Alors qu'il était aussi grand qu'une commode Ikea il réussissait à créer un attroupement autour de la scène. Les gens tapaient des mains et renversaient des bières. Je me suis levé pour m'accouder à la balustrade de la mezzanine. Florine m'a suivi, son verre de Red dégueux à la main. Je chantais en même temps que Dave. D'abord timidement puis finalement à gorge déployée. La vampirette s'est moqué de moi avant de chanter à son tour en bougeant la tête comme une hystérique en pleine électrothérapie au début du vingtième siècle. Florine quoi. En quelques minutes tout l'Antre vibrait pour ce karaoké. Dave ne ménageait pas ses efforts. Lui qui peinait pour descendre des escaliers virevoltait sur scène. Avec ses bras il contrôlait la foule. Au bout de trois minutes on se serait cru dans ces comédies musicales où subitement tout le monde chante la même chanson et effectue les mêmes pas de danse. Était-ce réel? Ce bar permettait il d'entrer dans une dimension nouvelle où un nain pouvait captiver une assemblée avec du Depeche Mode? Je me laissais porter. Je m'amusais. Je faisais sourire Florine. Vladimir s'énervait. Je le voyais invectiver quelques spectateurs. Son défi karaoké battait de l'aile. Dave faisait un tel show que je voyais mal le vampire aigri faire mieux. D'ailleurs, alors que la chanson se terminait sous les applaudissements et les sifflets admiratifs des gothiques alcoolisés assis au bar, Vladimir s'est précipitamment échappé par la porte de sortie. En sortant de scène Dave recevait des tapes amicales dans le dos ou sur la tête et on lui passait des bières. Bizarrement, revenu sur le sol, il paraissait plus maladroit dans ses mouvements. Il se passait définitivement quelque chose de magique entre ce nain et la scène. Il cherchait Vladimir du regard. Il a levé les yeux vers nous et je lui ai fait signe de monter. Le voir escalader les marches m'a donné envie de rire. Florine m'a donné un vilain coup de coude dans les côtes, ce qui m'a tout de suite calmé.
"Il s'est enfui! ai-je crié triomphalement au nain. Merci, merci pour tout. Et puis cette performance...
-De rien. La chanson c'est mon truc et Depeche Mode, mes dieux. Alléluia! a lancé le petit chanteur en levant les bras au ciel. Du coup on peut dire que j'ai sauvé votre honneur."
Il a levé sa bière vers nous avant d'en boire une gorgée. Nous nous sommes attablés et nous avons discuté. Dave venait d'une famille de saltimbanques. Ses grands parents étaient de célèbres "nains volants" en Angleterre. On les mettait dans de gros canons et on les faisait s'envoler pour le plus grand plaisir de la foule. Ses parents, eux, étaient musiciens. Son père était né à Basildon, la ville anglaise qui a vu naître Depeche Mode. Le groupe était donc inscrit dans les gènes de Dave. Ce dernier vivait de petits concerts depuis des années. Il ne fréquentait que rarement l'Antre.
"Il y a quelque chose ici qui me met mal à l'aise" disait-il. Avant d'ajouter que c'était une question de karma. Florine lui a répondu que c'était parce que le bar avait été construit sur un ancien cimetière indien. Ce qui les a beaucoup fait rire tous les deux mais m'a laissé totalement de marbre. Dave m'a donné sa carte.
"Pour une soirée entre potes ou un déménagement, appelez moi hein!"
Après nous avoir serré la main il est parti en faisant un clin d’œil.
Sur sa carte était inscrit : "David "Dave" Barthworth - chanteur, musicien". Sous ses coordonnées on pouvait lire une citation d'une autre chanson de Depeche Mode : "reach out and touch faith".


dimanche 21 avril 2013

16-The longest night - 2


"Alors on drague ma copine?" m'a lancé le punk vampire. Il roulait les r témoignant d'une provenance d'un pays de l'est. Florine a levé les yeux au plafond, exaspérée.
"Tu rêves Igor. Je ne serai jamais ta copine. Plutôt vomir dans mon verre, le boire et le revomir.
-Vladimir, pas Igor. Vladimir."
Vladimir m'agrippait fermement l’épaule. Il avait les iris rougeâtres presque violettes. Sa tête ronde presque grassouillette dénotait avec l'air sévère qu'il se donnait. Alors qu'il me broyait l’omoplate je remarquais qu'il était d'une relative petite taille. J'étais sûr de le dépasser d'une tête une fois levé. 
"C'est pour ça que je ne te vois plus souvent ici, tu traines avec un ringard de mortel, m'insultait le sympathique vampire.
-Mais bordel lâche le tu lui fais mal! T'es vraiment détraqué! Florine s'énervait et menaçait du doigt son interlocuteur.
-On est fait pour être ensemble, tu le sais, mon coeur mort bat pour toi, lui a répondu Vladimir avec un accent à couper au couteau.
-Mais tu fais chier, dégage! On a pris un verre une fois et tu t'es fait tout un film. T'es totalement taré."
Elle serrait le poing. Alors que la soirée avait bien commencé elle prenait soudain une tournure extrêmement désagréable et tendue. Florine et Vladimir se connaissaient mais visiblement l'un fantasmait trop sur l'autre. Alors que le slave aux cheveux en piques tentait quelques pathétiques élans de poésie la vampirette, elle, s'énervait de plus en plus. Elle montrait ses dents pointues. Je m'attendais à ce qu'à tout moment elle lui décoche une droite bien sentie qui l'aurait fait chuter plusieurs mètres plus bas. J'assistais à leur joute verbale en grimaçant, les doigts du russe machin chose enfoncés dans ma peau jusqu'à l'os. Les secondes m'ont paru des minutes et j'en avais assez. J'ai alors attrapé la main de Vladimir et j'ai tenté de la dégager. J'ai été surpris par sa poigne. Il m'a fallu un véritable effort pour rejeter ses vilains doigts. Ma hardiesse n'a fait que l'énerver davantage. Il s'est rapidement assis sur une chaise à côté de moi et m'a enserré le poignet avec force. J'étais à nouveau prisonnier. Florine était prête à bondir pour me secourir mais je lui ai fait un signe de la tête pour ne pas qu'elle agisse. Je voulais régler tout ça pacifiquement.
"Tu te crois malin hein. Je me demande ce que Florine peut te trouver. Ok, ok...un duel! Ouais voilà ce qu'il nous faut, un duel!
-Vous avez vraiment un problème vous savez, sont les seuls mots qui me sont sortis de la bouche alors que ma main s'engourdissait à cause de la pression sur mon poignet.
-Un duel! Puisque ma Florine semble t'apprécier je ne vais pas me battre avec toi, tu n'aurais aucune chance de toute façon. On va s'affronter dans un domaine où tu pourras avoir l'illusion de défendre tes chances mais où au final tu recevras une telle humiliation que tu n'oseras même plus sortir de chez toi."
Les paroles du vampire me semblaient de plus en plus folles. Je ne voyais pas où il voulait en venir et surtout pourquoi il me disait tout ça. Florine s'était levée et avait attrapé le col du blouson de mon interlocuteur. Ce dernier a poursuivi son laïus.
"On est dans un bar karaoke. C'est une discipline que je maîtrise parfaitement tu sais. Si tu es un homme digne de ce nom et pas une chiffe molle de première comme je le pense alors bats moi au karaoké!"
Florine était consternée. Elle répétait "débile, débile, débile" tout en tirant le vampire par le col pour l'écarter de moi. Bizarrement il se laissait faire et glissait avec sa chaise. Malheureusement il me tenait encore le poignet ce qui pouvait donner l'impression que nous nous tenions la main.
Il ne me quittait pas des yeux et il attendait surement que je relève son défi. Mais je trouvais la situation tellement absurde que j'avais juste envie de me soûler et oublier les dix dernières minutes. Il revenait à la charge.
"Mon duel karaoké te fait peur hein. Tu peux refuser et passer pour un lâche, il n'y a pas de mal à ça, sale poule mouillée. De toute façon si tu acceptes tu vas te faire humilier"
Son accent aux r roulés me gonflait de façon exponentielle. Ma secrétaire vampirique lui criait d'arrêter, qu'elle en avait marre. Les gens autour du nous commençaient à nous dévisager. Ils sentaient qu'un truc louche se passait.
J'ai alors vu une petite main tapoter sur l'épaule droite de Vladimir. J'ai cru percevoir un "excusez moi, excusez moi Monsieur". Vladimir s'est retourné. Je me suis légèrement décalé et j'ai aperçu un nain, juste derrière la chaise du vampire punk. Il avait l'autre main élégamment posée sur sa hanche. Son look sortait des sentiers battus. Cheveux longs, barbichette, marcel blanc, tatouages sur les bras, pantalon noir et bottines. Son allure me rappelait quelqu'un. Pendant que je fouillais dans mes souvenirs Vladimir lui a séchement demandé ce qu'il voulait. Florine a relâché son col.
"Depuis tout à l'heure je vous vois importuner cette jeune demoiselle et ce monsieur, a dit le nain d'une voix grave en désignant la vampirette et moi même. Je ne veux pas connaître l'objet de votre dispute mais je vous trouve bien agressif. J'ai cru comprendre que vous aviez lancé un défi karaoké à ce monsieur que de toute évidence vous mettez mal à l'aise. Je déteste les individus sans respect dans votre genre. C'est pourquoi je me propose de prendre sa place pour le défi. Et je serais ravi d'être votre challenger au défi karaoké."
Le nain parlait d'une voix sûre. Il avait réussi à déstabiliser Vladimir qui bafouillait et qui par la même occasion avait enfin lâché mon bras. Il a réajusté le col de son blouson. Il a alors essayé de reprendre le contrôle de la situation.
"Hey Willow, de quoi tu te mêles? C'est une affaire de grands ici. Retourne dans ta maison champignon". Il s'est tourné vers Florine et moi cherchant un signe d'approbation à sa répartie de bas étage. Il était fier de lui, hochant la tête du genre "vous voyez, je l'ai mouché". Le nain ne s'est pas démonté et est revenu à la charge.
"Peut être vous dégonflez vous? Il est sûrement plus facile pour vous d'agresser les gens que de prouver votre vraie valeur."
D'habitude les personnes de petite taille me font rire. Une moquerie mal placée je le concède. Mais ce nain là avait quelque chose d'incroyable. Il avait une prestance qui forçait le respect. Vladimir commençait à bouillonner. Il a pointé son doigt en direction du front du petit homme.
"Mais pour qui tu te prends Atchoum! Je vais te régler ton compter ensuite j'en finirais avec l'autre". L'autre c'était moi. Vladimir a fini par accepter le défi. Il a proposé au nain de commencer. Après s'être bruyamment levé le vampire aux cheveux de hérisson s'est dirigé vers l'escalier de la mezzanine. Florine a posé sa main froide sur la mienne et m'a demandé si ça allait. Elle m'a expliqué que ce type avait fait une fixation sur elle. Que c'était un gros lourd. Qu'elle gérait le truc mais qu'elle ne voulait pas que ça me mette en danger.
"Il a vraiment besoin d'un psy tu sais m'a t-elle dit le plus sérieusement du monde.
-Qu'il crève", ai-je lâché tout aussi sincèrement.
Ça a fait sourire la vampirette. Avant de descendre à son tour vers la scène le nain s'est adressé à nous.
"J'espère que tout va bien maintenant. Je vais lui donner une leçon et rabaisser son caquet. Au fait, je m'appelle David mais tout le monde me surnomme Dave". Florine et moi nous sommes présentés et l'avons remercié. Nous nous sommes excusés de l'avoir mis dans une telle situation. Il s'est éloigné. Sa prestance en a pris un léger coup. Ses petites jambes semblaient mal à l'aise dans l'escalier et notre sauveur en devenait un peu ridicule. Trébuchant une marche sur deux. J'ai voulu rire mais la partie de mon cerveau qui gère l'honneur, le respect et la reconnaissance m'a tout de suite rappelé à l'ordre. Je marmonnais.
"Dave, Dave..." Quand la musique a commencé j'ai enfin compris qui était notre nain.

mardi 16 avril 2013

15-The longest night - 1


L'entretien m'avait épuisé. J'étais resté deux heures assis sur le sol poussiéreux du local à observer la famille zombie et à écouter Robert et son débit de parole lentissime. Lorsque Florine et moi sommes sortis précautionneusement j'avais la tête grosse comme une pastèque. Je me suis assuré que la vampirette avait bien verrouillé la porte métallique. Nous avons remonté l'escalier et enfin respiré l'air frais de la nuit parisienne. Florine a rangé ses fausses lunettes. Elle sautillait sur place, son carnet de rendez vous à la main. Elle m'a attrapé le bras.
"Merci, merci, merci! scandait-elle en arborant un grand sourire. Ça va lui faire du bien à Robert de parler régulièrement, d'être soutenu dans sa déprime.
-Euh, tu sais que j'ai failli mourir cette nuit?
-Ok, il y a eu des imprévus. Mais au final tout s'est arrangé. Et j'avais encore quelques coups de pieds retournés en réserve pour protéger mon psy.
-Si tu veux que j'écoute à nouveau Robert il va vraiment falloir s'organiser autrement. Un souterrain infesté de zombies assoiffés de cerveaux juteux ne constituera jamais un lieu propice à une écoute digne de ce nom."
Florine m'a lâché le bras et s'est posée face à moi, la main sur le cœur.
"Moi, Florine, vampire depuis cent vingt trois ans, te promets que je mettrais tout en œuvre pour que ton travail se fasse dans les meilleures conditions!" Conclu par un salut militaire.
Au même moment un couple passait par là et faisaient les gros yeux devant cette scène.
"Pas de panique, je suis droguée" leur a lancé la vampirette.
Le couple ne devait à priori pas être rassuré puisqu'il a accéléré le pas avant de disparaître au bout de la rue. Florine avait réussi à me faire sourire malgré ma colère intérieure. Je pourrais être mort et je ne savais pas trop comment le gérer. Le lutin démoniaque me voyait cogiter.
"Hey, ça te dit qu'on aille prendre un verre? m'a t-elle demandé
-Ça boit quoi les vampires?
-Du sang. Tu sais, je suis une vampire.
-Je doute qu'il en serve dans les bars parisiens.
-Tu serais surpris de savoir ce qu'on peut trouver du côté des Halles.
-Il y a un bar qui sert du sang? Je ne savais plus si Florine se moquait de moi ou non.
-On dirait que tu vas encore découvrir des choses ce soir. Suis moi Psyman."
Perplexe je suivais ma secrétaire vampirique en direction du métro. Avant de partir j'ai jeté un coup d’œil du côté de l'escalier menant au local EDF. Je n'avais aucune envie d'avoir un zombie dans mon dos. Nous avons marché jusqu'à Bastille pour prendre notre correspondance. Une fois dans la rame je m'étonnais que personne ne dévisage Florine. Certes il y avait peu de monde dans notre wagon mais elle paraissait tellement étrange avec son teint blanc, ses veines apparentes et ses grosses lunettes de soleil noires qui protégeaient ses yeux de la lumière vive des néons. Plus rien n'étonnait les Parisiens. Arrivés à Châtelet la vampire m'a guidé à travers le quartier des Halles. Les Halles, haut lieu de la culture parisienne où, à l'instar des Sharks et des Jets, s'affrontent vendeurs de kebab et boutiques de piercing. Au détour d'une rue perpendiculaire au boulevard Sébastopol nous avons atteint notre destination. Le bar s'appelait "l'antre". Devant sa façade noire il y avait plusieurs jeunes gens en train de parler et fumer. La plupart était habillés genre gothique et n'avait pas lésiné sur le maquillage "dark". Florine était contente que je prenne un verre avec elle. Elle me disait que l'antre était à la fois un repère de vampires et également un bar karaoké de qualité où un groupe accompagnait le chanteur en live. Avant d'entrer j'ai discrètement désigné du pouce un groupe de jeunes près de la porte d'entrée.
"Eux, c'est des vampires?
-Non", m'a répondu Florine en levant les yeux  au ciel comme si j'avais dit une absurdité.
A l'intérieur la déco était vraiment sympa. Des volutes gothiques, de grands rideaux noirs, un zinc  sculpté de gargouilles et autres diables, une mezzanine et un énorme lustre en métal au plafond. A gauche de  l'entrée une scène où effectivement un groupe jouait pour un mauvais interprète. Je ne reconnaissais pas le titre. Le guitariste et le bassiste se regardaient souvent pour jouer en tempo, suivant laborieusement les beuglements du chanteur apparemment aviné. Une serveuse avec des cornes rouges sur la tête vêtue d'un corset traversait la grande salle avec un plateau tandis que son collègue serveur faisait admirer à une tablée de quatre clients ses lentilles de contact rouge sang (en tout cas de loin elles étaient rouge sang). Une autre serveuse, débordée, nous a accueilli à la porte et nous a montré une table à la mezzanine. Ce qui ravissait Florine qui a lâché un "cool la mezzanine" en s'y rendant. La lumière était tamisée. Nous nous sommes assis à une petite table ronde sur laquelle était dessiné un pentagramme. Je ne me sentais pas hyper à l'aise. J'ai lancé la conversation.
"Ils ne disent rien quand ils voient une gamine de treize ans boire un verre ici?
-Ils me connaissent, enfin pour la plupart. Je n'ai jamais eu de problème. Ils sont toujours débordés de toute façon. Ils ne vérifient jamais les cartes d'identité.
-Je vais rencontrer des amis aussi bizarres que tes colocs?
-Pires!
-Elle, c'est une vampire? pointant du doigt la serveuse aux cornes.
-Non, mais le mec oui."
Je devais reconsidérer ce que je pensais être des lentilles de contact. Sur scène une fille chantait un truc des Cure qui lui valait quelques levés de verres d'approbation. Je revenais à ma conversation avec Florine.
"Pour Robert faudrait qu'il trouve de l'intérêt à sortir la nuit, qu'il en tire quelque chose. Qu'il accepte sa condition. C'est déjà un miracle qu'il soit encore en vie.
-Une malédiction plutôt.
-Ou une malédiction.
-Tu le revois la semaine prochaine. Jeudi, m'a dit la vampirette en consultant son carnet.
-Dis moi, tu es sûre d'être encore ma patiente?"
A ce moment la serveuse aux cornes est arrivée.
"Vous prendrez? nous a t-elle demandé le crayon à la main, prête à noter sur son calepin.
-Un Red! s'est enthousiasmé Florine.
-Un Red? lui ai-je murmuré
-Je t'expliquerai, m'a rétorqué ma secretaire, ce qui a fait sourire la serveuse.
-Euh..bah...un coca pour moi alors, ai-je fini par commander.
-Un Red et un coca, ok."
La serveuse a tourné les talons et a redescendu l'escalier de la mezzanine.
"Un Red? ai-je relancé
-Du sang. Un Red c'est du sang."
J'ai consulté la carte et je n'ai pas trouvé de "Red". Florine m'a fait un clin d’œil avant de me dire que c'était un "truc de vampires".
"J'espère que ce n'est pas du sang humain.
-En fait ils capturent les humains du bar et les mettent dans une grosse presse hydraulique pour en extraire ce succulent nectar qu'on appelle sang.
Florine se moquait de moi depuis plusieurs longues minutes quand la serveuse nous a apporté nos boissons. J'ai trinqué avec la gamine de treize ans.
"Tu veux goûter? m'a demandé la malicieuse vampire.
-Plutôt embrasser un zombie.
-Ça peut s'organiser."
Un quarantenaire aux grosses lunettes de vue tentait sa chance sur scène en entonnant un bon vieux ACDC avec un certain talent.
"Lui, c'est un vampire?
-Oui, un type sympa en plus.
-Un vampire? Vraiment?" Je me suis retourné sur ma chaise pour mieux le voir, ne lui trouvant rien de "vampirique".
A ce moment quelqu'un m'a posé la main sur l'épaule. J'ai sursauté. C'était un jeune homme aux cheveux hérissés. Les yeux maquillés de noir, un piercing à la lèvre et un blouson de cuir. Les veines apparentes de son cou ne me permettaient aucun doute c'était un vampire. Et à la vue de l'expression de son visage un vampire pas commode.

samedi 13 avril 2013

Patient : Robert. Entretien : 1


Il me faut une grande patience pour recueillir les propos de Robert. Je dois attendre la fin de ses râles et gémissements pour comprendre ce qu'il dit (même si finalement son vocabulaire est étonnamment riche). De plus il parle extrêmement lentement. Voici ce que j'ai pu entendre.

Il aurait vingt deux ans. Il était étudiant en médecine. Dans les années 90 lui et sa famille (père, mère, ses deux sœurs et lui) ont eu un accident de voiture. Il ne se rappelle rien de l'accident en lui-même et des immédiates conséquences. Il parle de son "réveil". Il évoque "la peur de sa vie". A son réveil donc il était dans le noir. Dans un endroit étriqué. Il a paniqué et s'est débattu. "Sans réfléchir" il a commencé à "creuser vers le haut" (certainement le cercueil puis la terre). Il dit qu'il ne respirait plus. Il a du "casser des pierres" pour sortir et s'est retrouvé dans une grande pièce, comme à l'intérieur d'une maison en pierres (caveau). Il y avait peu de lumière, seulement la pleine lune semble t-il qui éclairait l'intérieur à travers des vitraux. Autour de lui le sol a remué et ses parents et ses sœurs sont sortis, comme lui. Robert parle du moment d'effroi où il a distingué sa mère sortant après lui. "C'était un cadavre!" Mais il a vite compris qui elle était. Au début ils paniquaient tous. Il dit qu'ils criaient, essayaient de parler. Que seul lui arrivait à dire des choses intelligibles. Mais le calme est revenu et ils ont eu faim. "D'instinct" dit Robert ils sont sortis du caveau à la recherche de nourriture. "On ne se posait pas de question". Ils ont erré dans le cimetière (Père Lachaise sûrement). Les parents et les deux sœurs se cognaient partout, marchaient maladroitement. Robert lui semblait savoir où aller et a fini par guider sa famille. Ils se sont dirigés vers la porte de sortie. Elle était fermée. Le père, la mère et les sœurs ne semblaient pas comprendre cela. Et ils avançaient contre la porte, restaient collés là, sans rien pouvoir faire d'autre. "Réfléchir était difficile". C'est Robert qui a eu l'idée de prendre une grosse pierre et de frapper la poignée. Une fois dehors ils ont "chassé". Robert dit se rappeler une odeur appétissante. Ils ont suivi un passant. Robert parle d'une faim extrême qui "empêche de penser". Leur proie s'est retrouvée coincée dans une impasse. C'est là que Robert a vu Florine pour la première fois. Elle passait là par hasard et elle est intervenue in extremis pour sauver l'homme en danger. Robert dit que la vampire ne lui inspirait aucune agressivité. Aucune faim. Florine et ses colocataires (surtout Florine) ont aidé les zombies en les accueillant chez eux dans un premier temps et en leur trouvant le local EDF ensuite. Elle s'est chargé d'essayer de leur faire passer l'envie de s'attaquer aux humains et leur a fourni à manger (des cerveaux d'animaux). Aujourd'hui, contrairement aux autres membres de sa famille, il n'a (presque) plus envie de manger de l'humain. Robert dit que rapidement il a découvert que lui et sa famille étaient sensibles à la lumière du soleil. C'était chez Florine. Il a voulu sortir dans le jardin en plein soleil et là il s'est effondré au sol. Il parle d'une "énorme douleur à la tête". Sa peau le brûlait. Plus jamais la famille ne pourrait voir la lumière du jour. Robert a rapidement compris que cela voulait dire vivre caché et sortir uniquement la nuit. Il dit que sa dépression a vraiment commencé là. Qu'avant il ne saisissait pas encore ce qu'était être un zombie (il est à noter que s'il réfléchit lentement Robert finit par tirer des conclusions souvent justes). Depuis une vingtaine d'années de vie (ou de mort) dans le souterrain, sortant de temps en temps la nuit (lui seul ayant la clé du local), il dit ne plus supporter cette situation. Même s'il mourra un jour (le corps des zombies semblant se détériorer lentement) le temps lui parait lent. Il dit qu'il est bien plus lucide que le reste de sa famille. Ses parents et ses sœurs se déshumanisent un peu plus chaque jour alors que lui, au contraire, se sent vivant. Avec des envies, des sentiments, des sensations. C'est pourquoi il a pris l'habitude de s'enfermer dans un placard. Pour ne pas être avec les autres et pour montrer son refus de cette vie. Pour se cacher des humains également, pour se protéger et les protéger. Il termine en remerciant Florine d'être là pour parler avec lui. De lui prouver qu'il n'est pas qu'un cadavre ambulant.


mardi 9 avril 2013

13-La diplomatie du coup de pied retourné


Florine devrait travailler à l'ONU. Réussir à maîtriser quatre zombies surexcités serait une arme redoutable pour calmer les ardeurs atomiques de la Corée du Nord ou régler la crise en Syrie. Caché dans le bureau je n'en menais pas large. Armé d'une bouteille en verre j'attendais que le premier mort vivant passe la porte pour tenter de lui assener un coup létal (tuer un mort vivant étant en soi une absurdité). Depuis plusieurs minutes le calme semblait être revenu dans le souterrain. Et lorsque la porte s'est ouverte brusquement ce n'est pas le visage hideux d'une goule assoiffée de boyaux qui est apparue mais le large sourire tout en canines de Florine. La lumière du couloir m'aveuglait. 
"C'est bon, tout va bien. Ils ne te feront pas de mal" m'a annoncé triomphalement l'adolescente en débardeur. 
Le ton enjoué de sa voix était totalement discordant avec la situation que nous venions de vivre. A tel point que je me suis demandé si cette petite vampire n'était pas un peu schizophrène sur les bords. Alors que je me relevais Florine m'a expliqué qu'elle avait coincé la famille zombie dans le couloir avec une table en fer. Elle leur avait lentement expliqué qui j'étais. Que j'étais là pour aider Robert. Apparemment ça avait fait mouche. Ça et un violent coup de pied retourné qu'elle a du assener au père zombie qui l'a fait "voler". Rien ne vaut un bon vieux coup de pied circulaire dans les moments de tension.
"Allez viens, je te promets tout va bien se passer" a ajouté la vampirette. 
Mon cerveau hésitait entre peur et colère. Mais j'étais trop conscient de la précarité de ma situation pour me lancer dans un sermon ou fuir à grandes enjambées en direction de la porte de sortie. J'aurais provoqué trop d'énervement et d'excitation et au final mes boyaux auraient terminé dans l'estomac de maman zombie et sa petite famille. Suivant timidement Florine, son frêle corps me servant de bouclier, je rebroussais chemin. Au milieu du couloir j'ai remarqué sur le mur des traces de sang et de ce que je supposais être de la chair. "Coup de pied circulaire" m'a dit Florine en haussant fièrement  les sourcils. Nous sommes arrivés dans la salle principale où le peu de meubles était renversé. Les quatre morts vivants étaient dans le même coin qu'à notre arrivée. Ils ont levé la tête pour humer l'air. Ils ont senti mon odeur. Ils m'ont alors fixé de leurs orbites mortes. La vampire a pointé son doigt en direction de la famille.
"Attention vous! je vous ai à l’œil" leur a t-elle lancé en levant la jambe telle Bruce Lee.
Tandis que Florine faisait montre de sa souplesse à des zombies énervés je me dirigeais vers le placard de Robert. Je me suis assis parterre pour être au plus près possible de la grille d'aération de la porte. De ma position je surveillais la petite famille, dont les filles Jeanne et Marie ne pouvaient s'empêcher de lâcher sporadiquement des "cerveau" vite réprimés par mon assistante. J'ai tapé sur le bas de la porte en métal.
"Robert, Robert, vous êtes là?
-Arghhhhh oui. J'espereuh que vourallez bien, m'a répondu une voix difficilement compréhensible. Entre cancer de la trachée et mauvais réveil un lendemain de cuite.
-Oui, maintenant ça  peut aller. Grâce à la diplomatie d'une vampire."

samedi 6 avril 2013

12-"Cerveau!"


Je courais comme un dératé. Mes poumons me brûlaient. Je me sentais pris au piège dans ces longs couloirs mal éclairés de ce foutu souterrain. Mes pas résonnaient et l'écho qu'ils produisaient tapait au fond de mon crâne. Derrière moi, à une distance que je n'arrivais pas à estimer, j'entendais toujours les râles des zombies. Et Florine qui criait. J'étais perdu. Je m'étais considérablement éloigné de la porte d'entrée et l'espoir de trouver une issue de secours par hasard me semblait mince. Je me suis alors réfugié dans un bureau. J'ai fermé la porte derrière moi, lumière éteinte. Non loin d'ici des bruits de chaises renversées, une vampire qui hurle des insultes et la voix immonde des morts vivants. Je me suis assis contre le mur, juste derrière la porte. En tâtonnant le sol j'ai trouvé une bouteille en verre recouverte de poussière. Je me demandais si une bouteille pouvait venir à bout d'un zombie. De toute façon je n'avais pas le choix. J'étais en colère. Contre les zombies, contre Florine, contre moi. Et merde, comment avait on pu en arriver là?

Il y a encore deux heures pourtant je sortais de chez moi pour rejoindre Florine près de la gare d'Austerlitz."Amène ton fusil à pompe" m'avait-elle dit en plaisantant un peu plus tôt dans la journée. D'habitude je suis plutôt friand de ce genre d'humour mais pas là. J'étais mort de trouille à l'idée de rencontrer un zombie. Elle m'avait dit que Robert vivait dans un ancien local souterrain d'EDF près de la gare d'Austerlitz. Elle et le zombie possédaient les deux seuls exemplaires d'une clé qui ouvrait la lourde porte qui donnait accès à la demeure du mort vivant. Le fameux conseil vampirique aurait acheté le local mais Florine n'en était pas totalement certaine. Le fait est que le zombie n'avait jusqu'à présent jamais été inquiété. Lorsque je suis arrivé au lieu de rendez-vous Florine était assise sur un muret surplombant la Seine. La vampirette a tapoté son poignet comme si elle me montrait une montre virtuelle. Visiblement j'étais en retard. Elle portait un jean, des bottes militaires et un débardeur. Ses veines n'en paraissaient que plus visibles et sa peau semblait briller sous les réverbères. Elle avait mis ses lunettes d'intello et son gros carnet dépassait de sa poche arrière. Je stressais. Florine a désigné un petit escalier en béton s'enfonçant dans le sol situé à quelques mètres de nous. En bas des marches une porte s'ouvrait juste en la poussant fort. Derrière il y avait une grande salle mal éclairée par des néons fatigués. Elle était à moitié délabrée. Des détritus jonchaient le sol. De vieux matelas sales et des boites de conserve rouillées témoignaient de la présence de sans domiciles. J'imaginais que les clodos devaient halluciner lorsqu'ils croisaient Robert. Je me plaignais de l'odeur nauséabonde de l'endroit.
"C'est pire chez Robert tu sais, a lâché Florine avec un sourire narquois dans la voix.
-Ne t'étonne pas si je vomis dans un coin.
-Au fait, y a un truc que je ne t'ai pas dit. Robert ne vit pas seul.
-Rassure moi, il n'est pas marié quand même?
-Non, mais ses parents oui. Il vit en famille. Ils sont cinq. Désolée de ne pas te l'avoir dit plus tôt. Mais sinon tu ne serai jamais venu!" dit-elle en joignant les mains comme si elle me suppliait.
J'étais soufflé. Cinq zombies! Je me tenais la tête. Je voulais faire demi tour. Florine m'avait devancé de plusieurs pas et elle tournait déjà une grosse clé dans la serrure d'une porte métallique massive recouverte de limaces. Je ne pouvais plus reculer. En quelques secondes j'ai tenté de me rappeler tous les conseils que j'avais lu dans un guide de survie en cas d'une invasion zombie. Le seul qui me revenait c'était de toujours se déplacer équipé d'un calibre 22. Mon assistante me faisait signe de la rejoindre. Je me suis approché d'elle en traînant des pieds et en grimaçant comme un cochon qui sait qu'il va finir en jambon. Nous sommes entrés dans une nouvelle pièce. Elle a verrouillé la porte derrière nous. Ce qui ne me rassurait pas davantage. Les néons clignotaient et l'odeur était à la limite du soutenable. Une grande table en fer oxydé trônait au milieu de la pièce. Ici ou là des chaises qui n'avaient pas l'air très confortables. A droite un vieux canapé et une télé mal réglée qui diffusait un journal. Dans chaque mur il y avait plusieurs portes. Sur la gauche un couloir disparaissait en formant un angle droit. Et encore plus à gauche, dans un coin, quatre zombies. Ils avaient la tête levées en direction d'un néon. Ils gémissaient. A quelques détails près ils ressemblaient à l'image populaire du zombie. Peau cadavérique, os apparents, cuir chevelu arraché, vêtements en lambeaux, saleté remarquable. Je resté collé à la porte d'entrée alors que Florine, avec une aisance que seuls les êtres immortels peuvent avoir, a crié un "salut la famille" qui a fait se retourner chaque mort vivant en notre direction. Ils gémissaient plus fort et se dirigeaient lentement vers nous. La vampire me faisait les présentations. Il y avait Pierre le papa (un cadavre mince avec un restant de moustache sous le trou qui lui servait de nez), Anna la maman (dont la robe déchirée de toute part laissait entrevoir sa poitrine desséchée et dont les cheveux n'existaient que du côté droit de son crâne), Jeanne et Marie les filles (seules leurs restants de vêtements faisant d'elles des filles tellement leurs corps étaient dégradés). Florine scrutait la pièce. Elle se demandait où était Robert et elle a commencé à l'appeler. Après avoir prononcé plusieurs fois son nom un grognement sourd est sorti de derrière une porte située au milieu du mur en face de nous. Sur une plaque collée sur le haut de la porte on pouvait lire "matériel". Il y avait une sorte de grille d'aération en bas. C'était sûrement un placard. Florine s'est tapée le front avec la paume de la main.
"Il le fait de plus en plus ça. Se cacher dans le placard. Il dit qu'il y est bien. Tu comprends pourquoi t'es là", a dit la vampire centenaire en clignant de l’œil.
La famille zombie s'était dangereusement rapprochée de nous. Leur puanteur me transperçait le lobe frontal. Je me retenais de rendre mon dîner. Florine s'était mise devant moi pour faire écran. C'est alors que Pierre, le papa zombie, a beuglé un truc qui m'a fait froid dans le dos : "cerveau!" Les trois pseudo femmes zombies ont repris ce mot en chœur. "Cerveau, cerveau, cerveau!" résonnait dans la pièce. Les morts vivant commençaient à bousculer Florine et tendaient les bras pour m'atteindre. La vampire les repoussait vivement et leur disant que j'étais là pour aider Robert et que j'étais son ami. Mais force est de constater qu'une argumentation bien construite est bien moins dissuasive qu'une balle de calibre 22. Ma secrétaire immortelle s'est retrouvée dépassée par les événements. Je reculais du côté du canapé mais les zombies continuaient à me suivre. Certes ils marchaient lentement mais ils semblaient anticiper toutes mes trajectoires ce qui rendait ma fuite compliquée. Florine retenait le père par le poignet. Les trois femmes de la famille m'avaient presque encerclé mais j'ai réussi à me faufiler près du mur. J'ai couru en direction du couloir à angle droit. En passant devant la porte du placard j'ai entendu une voix plus humaine que celle de mes poursuivants. Elle disait dans un râle :  "désolé". Sans m'arrêter j'ai rejoint la bifurcation et j'ai remonté un long couloir en courant de toutes mes forces.

lundi 1 avril 2013

11-"Psyman : psychologue pour zombies"


Les deux entretiens suivants avec Florine n'avaient pas grand chose du soutien psychologique. Elle n'a pas arrêté de me parler de notre future "collaboration". Si lors des deux premiers rendez vous je l'avais trouvé étonnamment sérieuse là je retrouvais la Florine enjouée voire euphorique que je connaissais. J'ai essayé de revenir avec elle sur la quasi mise à mort de l'homme à la pelle à tarte et de l'interroger sur les circonstances de survenue de tels accès de rage. Elle a tout esquivé. Visiblement elle avait bien d'autres choses en tête. Elle travaillait sur le moindre détail de ma future orientation. Elle avait commencé à parler de moi autour d'elle. Auprès des vampires mais aussi des autres créatures. Je n'osais pas trop lui demander qui ils étaient (ou ce qu'ils étaient). Je préférais ne pas me faire de mouron. La vampirette était même allée jusqu'à imprimer des cartes de visite. "Psyman : psychologue pour zombies". Je lui ai demandé pourquoi je serais un psychologue pour zombies alors que je n'en avais encore jamais rencontré. Elle m'a répondu que les zombies "c'était cool". Je ne voyais pas trop ce qu'il y avait de cool chez un mort vivant vous dévorant le cerveau. Lors du second entretien Florine a sorti de sa poche de grosses lunettes de vue noires sans verre. "Pour faire sérieux". Ça lui donnait un côté hipster énervant. Elle avait acheté un agenda pour noter les rendez vous. Elle m'a presque ordonné de m'acheter un portable pour rester joignable. Elle avait vraiment pensé à tout. C'était Hannibal Smith. Elle y mettait une grande énergie. Ce projet semblait devenir essentiel pour elle. Elle répétait que ça l'aiderait d'aider les gens. Que ça rendrait son immortalité utile. J'essayais de calmer ses ardeurs. Cette position de secrétaire ou d'intermédiaire ne résoudrait pas tout. Elle ne m'écoutait pas. Notre relation prenait une tournure étrange. Comment pourrait-elle être encore ma patiente si nous travaillions ensemble? Peut-être était on en train de mettre en place une nouvelle thérapeutique. Je me posais plus de questions que Florine. A la fin du deuxième entretien elle a tapoté sur une des premières pages de son carnet. 
"La semaine prochaine tu vois Robert. Tout est déjà arrangé.
-Robert?
-Oui, mon pote. Robert le zombie"
J'allais donc donner raison à ma carte de visite. Dans une semaine je rencontrerais ce que tout être sensé non armé d'un fusil doit redouter : un mort vivant.