mercredi 25 décembre 2013

49-Le centre 666


"Tu te moques de moi sérieux, en quoi c'est cool?
-Mais si, relax Psyman, c'est même hyper cool.
-Explique moi en quoi appeler notre futur centre le centre 666 c'est cool, moi je vois pas.
-T'as pas l'esprit jeune, c'est pour ça.
-Et c'est une centenaire qui me dit ça!"
Le pauvre Robert assistait aux vifs échanges entre Florine et moi la bouche béante, la mandibule tenue par un fil de fer. L'entretien que j'avais prévu avec lui ne se passait pas comme prévu. J'avais reçu le courrier confirmant la validation de mon projet, le centre d'accueil nocturne. Ce courrier m'avait d'abord agréablement surpris, pensant que le conseil vampirique allait prendre un malin plaisir à débouter un mortel aux idées saugrenues. Mais, dans un second temps j'ai eu une poussée de colère lorsque j'ai vu le nom officiel de la petite structure que je m'échinais à mettre sur pieds : le centre 666. Je voulais un nom sobre, passe partout. Voire pas de nom du tout. C'était sans compter Florine qui était intervenue pour y apposer un nom "funky". Dans le fond ça n'avait guère d'importance et j'étais désolé pour le zombie qui tournait la tête à droite et à gauche au gré du changement d'interlocuteur. Mais dans la forme ce pouvoir, appelons ça comme ça, dont jouissait la vampire m'agaçait. Elle pouvait nommer un truc centre 666 juste parce que ça lui plaisait. Je pensais également à Sacha ou Jeanne. Voudraient ils venir dans notre petit club s'il portait un tel nom?
"En plus on s'est pas moqué de toi, c'est carrément dans le Marais, a ajouté Florine en tenant le courrier à bout de bras.
-Ouais, dans un immeuble de bureaux désaffecté, j'ai vu ça.
-En tout cas ça ne dépaysera pas Robert" a ajouté la vampirette en ricanant et en donnant des coups de coude complices au mort vivant.
Le conseil vampirique me prêtait en effet le quatrième étage d'un petit immeuble de bureaux dans une petite rue du centre de Paris. Nous serions les seuls occupants. Nous pouvions y aller une fois par semaine, pas plus. Pour ne pas éveiller les soupçons. Et ce même si les quatre étages appartenaient au conseil vampirique. Avant de venir voir Robert j'avais fait un crochet pour voir l'immeuble. L'entrée était étonnante car nous arrivions par une sorte de couloir long de plusieurs mètres donnant directement, depuis la rue, sur une cour intérieure. Sans portail. Le tout venant pouvait donc, à condition qu'il soit suffisamment téméraire pour arpenter ce petit tunnel sombre, se présenter devant l'immeuble. L'avantage c'est que ses dimensions étaient parfaites pour le van des colocataires de Florine. On pourrait déposer Robert pile devant la porte d'entrée de l'immeuble. La petite cour pavée ne disposait d'aucun endroit pour s'asseoir. Ainsi nous éviterions les clochards squatteurs du coin. Au pire Florine ferait le ménage à coups de jiujitsu. Pour entrer il fallait de toute façon sonner à un interphone ou posséder la clé. Même de nuit le bâtiment ne payait pas de mine. Il m'a semblé distinguer de grosses traces de poussière sur les fenêtres. A croire que personne n'y avait mis les pieds depuis cinquante ans. D'après le courrier il y avait un accès pour le toit. Ce qui permettrait à Jeanne de nous rendre visite discrètement.
J'avais fait les cent pas dans la petite cour en essayant d'avoir une idée clair sur ce que j'allais proposer. Nous serions ouvert une nuit par semaine. Le mercredi. Il faudrait un frigo rempli de trucs sanguinolents, pour les petits creux. Un jeu de carte? Est-ce qu'un zombie peut cohabiter avec une gargouille et un loup garou? Et si tout cela faisait un énorme flop? La seule chose vraiment rassurante c'était que le conseil vampirique m'octroyait quelques centaines d'euros par mois. Pour "compensation". Je savais que Florine avait fait pression pour ça. Mais vu que mes revenus avaient dangereux chuté ces trois derniers mois je n'allais pas faire la fine bouche.
"J'ai les clés demain, un cadeau de noël avant l'heure!" a dit Florine en interrompant Robert qui tentait péniblement de formaliser une quelconque phrase.
C'est vrai que noël approchait. C'était d'ailleurs ce qui déprimait Robert. Quand on ne lui coupait pas la parole il nous disait qu'il aimait noël. Avant. Des souvenirs l'assaillaient au fond de son local EDF poussiéreux. Il pensait au sapin, aux cadeaux, à la bûche. Aux Walt Disney diffusés à la télé. Il racontait comment il passait les fêtes désormais en se recroquevillant dans un coin, sa tête touffue entre les mains. N'osant pas regarder la vieille télévision posée au sol installée par Florine qui crachotait des émissions de circonstances. Les parents et les sœurs de Robert formaient un tas de corps en putréfaction dans un autre coin. Poussant des râles. Pour eux noël n'était même plus un souvenir. C'était une journée d'errance de plus dans leur souterrain crasseux. Plus on laissait Robert parler et plus je me trouvais con de me prendre la tête avec Florine devant lui. C'était irrespectueux. Ça allait à l'encontre de l'image que j'avais de mon métier.
"Robert, ça vous dirait de ne pas être seul le vingt cinq décembre prochain?
-Eurrrrhhhhhh, ai-je eu en guise de réponse.
-Nous allons tout prochainement ouvrir notre centre, vous savez on vous en a déjà parlé. Nous serons ouvert pour noël. Vous allez pouvoir rencontrer du monde."
Je n'étais pas convaincu sur le moment de l'efficacité de mes propos. Je lui ai tout de même dit que nous viendrions le chercher en voiture le jour de noël. Une promesse sans même avoir visité le local. Mais je devais proposer quelque chose à Robert. Je devais.

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