samedi 7 décembre 2013

46-Bagarre de comptoir

Au lieu de tourner les talons (les siens faisaient au moins une douzaine de centimètres) Rita s'est penchée vers l'oreille gauche de Florine. La main en porte voix elle lui a susurré quelque chose. La vampirette de treize ans me fixait du regard. Les yeux écarquillés. Quand la gitane a fini de chuchoter Florine l'a saisi par le cou à deux mains et s'est levée d'un bond faisant basculer sa chaise. Rita se débattait, la respiration visiblement coupée. Florine a projeté sa prisonnière contre la balustrade de la mezzanine en ne relâchant pas sa prise. La rampe en bois a explosé et les deux vampires ont fait une chute impressionnante de plusieurs mètres. Le plongeon de Florine a été amorti par le corps de Rita qui s'est écrasée sur une table ronde qui s'est désintégrée sous le choc. Les verres ont volé aux quatre coins de la salle et tout le monde s'est écarté. La musique trop forte couvrait les bruits de lutte. Après la chute des deux jeunes vampires certains clients ont fui, totalement paniqués. A contrario d'autres, surtout des hommes bières à la main, ont formé un cercle de spectateurs autour de la table réduite à l'état de bois de cagette. Mon assistante vampirique était assise à genoux sur le ventre de Rita. Elle frappait du poing droit le visage de la gitane. De façon quasi métronomique. Les coups avaient l'air puissants et de là où j'étais je distinguais des filets de sang giclant à fréquence régulière. Je voulais descendre arrêter le massacre mais l'escalier menant en bas était bouché par un attroupement de curieux. J'essayais de me faire entendre sans grand succès. La foule était fascinée par le spectacle. Florine était devenue un robot à foutre des pains. Elle s'acharnait sur le joli minois de Rita. Encore et encore. Si dans les faits une ou deux minutes s'étaient écoulées depuis la culbute spectaculaire depuis la mezzanine j'avais l'impression d'assister à un combat de freefight à sens unique depuis des heures. Un homme grand et musclé, moulé dans un marcel blanc a surgi d'une porte située derrière le bar. Je n'arrivais pas à savoir si c'était un vampire ou non. Il a sauté par dessus le zinc et a saisi Florine par la taille qui agitait encore les bras comme un petit diable. Il a collé son visage contre le sien pour lui dire quelque chose et l'a tourné en direction de la porte de sortie. Une fois posée au sol la vampirette est partie, tête baissée, sans un regard pour Rita qui gisait parterre, le visage baignant dans une mare de sang. La foule s'est écartée devant les pas décidés de ma patiente. Le type au marcel a crié des trucs à l'assemblée. J'ai distingué "suffit!" et "ranger...bordel!" ou encore "flics!". Rita s'est faite traîner par le type au manteau de cuir qui l'accompagnait et une autre fille tant son état ne lui permettait pas de marcher. Le calme revenant doucement j'ai enfin pu me glisser en bas des marches. Les employés s'affairaient à remettre le bar en état. Je me suis précipité vers la sortie. Il y avait un monde fou dehors. Les clients partis précipitamment lors de la rixe s'étaient retrouvés là. Palabrant sur ce "truc de fou" ou sur ces "cinglées de la mezzanine". Il y avait fort à parier que la majorité de ces personnes n'étaient pas des vampires. J'ai cherché Florine. J'ai même interrogé un vampire qui l'avait salué dans la soirée. J'ai arpenté la rue puis tout le pâté de maison. Rien. Je commençais à avoir froid. J'avais oublié mon manteau à l'intérieur. De la fumée blanche sortait de ma bouche. Je suis revenu dans le bar. Les traces de la bagarre avait presque disparues. Une grosse tache de sang sur le sol et un côté explosé de le mezzanine restaient les seuls témoins que quelque chose s'était passé ce soir dans l'antre. Je suis remonté. J'ai enfilé mon manteau et j'ai récupéré le gros carnet noir de Florine qu'elle avait fait tomber au moment de saisir Rita par le cou. Je me suis approché de l'endroit où la rambarde avait cédé sous le poids des deux vampires. Je me suis penché au dessus de la salle ayant ainsi une vue parfaite sur la scène de crime. Le type qui avait maîtrisé Florine avec une facilité déconcertante a levé la tête.
"Hey! Fais gaffe connard!" m'a t-il lancé.
Je me suis vite écarté et j'ai redescendu l'escalier pour sortir. Que devais-je faire? Je voulais courir rejoindre Florine chez elle. Mais j'ai finalement décidé d'attendre le lendemain. Elle devait venir me voir pour un entretien. Elle aurait le temps de digérer ce qui s'était passé.
"Qu'est ce qu'elle a pu lui dire cette conne?" me suis-je dit en pensant à Rita et en prenant la direction du métro.

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