vendredi 1 novembre 2013

41-Une histoire de réveil


Je me suis réveillé en sursaut. On a sonné à la porte d'entrée. J'étais allongé sur le canapé, encore habillé. Visage contre l'accoudoir mouillé de bave. J'étais en vrac. Je ne savais plus où j'étais. Ah oui, si, chez moi. Mon dîner de la veille traînait encore sur la table basse (par dîner il faut entendre snacking réchauffé au micro-ondes). La sonnette a de nouveau retenti. Je me suis redressé. J'avais encore envie de dormir.  J'ai attrapé la télécommande et j'ai éteint la télévision qui avait fonctionné toute la nuit. Ce genre d'endormissement soudain sur le canap' devenait une chose fréquente. C'était ça de vivre la nuit. J'ai passé ma main sur mon menton. Ça picotait. Le col de ma chemise était humide de transpiration. Et la sonnerie de la porte, encore. Agrémentée de coups de poing qui faisaient résonner les murs du salon. Les stores m’empêchaient de déterminer précisément quelle heure il était. Un coup d’œil à ma montre : neuf heures du matin. Je me suis levé en titubant.
"Ouais c'est bon, j'arrive" ai-je râlé en direction de la porte d'entrée.
J'ai ouvert sans même regardé par le judas. C'était Florine. Casquette militaire sur le crâne, lunettes de ski lui cachant au moins la moitié du visage (qui luisait de crème solaire), un pull noir trop grand dont le bout des manches lui servait de gants et ensemble jupe, collant, rangers qu'elle affectionnait tant. A peine ai-je ouvert la porte qu'elle s'est faufilé dans l'appart comme une anguille maléfique.
"T'as vraiment une sale tronche au réveil Psyman" m'a t-elle dit en guise de bonjour.
Elle s'est assise sur le canapé. Elle a jeté ses grosses chaussures et ses lunettes à l'autre bout de la pièce et elle a allumé la télé.
"Faut que tu vois ça! Viens, assieds toi!"
J'étais encore dans le coaltar mais j'ai obtempéré. La vampire switchait d'une chaîne d'information en continu à une autre.
"Raaah mais c'est où?!" disait-elle en appuyant frénétiquement sur les touches de la zapette.
Je me frottais les yeux en baillant.
"Psyman...faut que tu te brosses les dents, sérieux."
A ces propos peu flatteurs j'ai répondu par un doigt d'honneur tout aussi subtil. La situation était étrange. J'essayais de me concentrer. Le manque de lumière du salon me tapait sur le système.
"Là! Regarde!" a soudainement crié Florine.
 A l'écran une reporter se trouvait devant Notre Dame de Paris. Elle disait qu'au petit matin la police avait découvert plusieurs dizaines de bâtons de dynamite disposés tout autour de la célèbre cathédrale. A certains étaient attachés des réveils matin. "Ça n'aurait pas pu exploser mais nous devons nous assurer de n'oublier aucun explosif" déclarait un inspecteur.
"Jeanne? ai-je demandé à Florine d'une voix éraillée.
-Jeanne! Oui!
-Et merde...
-'Faut absolument qu'on aille la voir ce soir!
-Avec la police tout autour de la cathédrale? Je ne pense pas que ce soit une bonne idée.
-On s'en fiche! Il faut que tu la raisonnes avant qu'elle ne réussisse à tout faire péter!
-Je n'avais pas prévu de  finir en prison cette nuit, lui ai-je répondu en m'affalant sur le canapé.
-C'est ta patiente, elle vaut bien une nuit de garde à vue", a rétorqué Florine avec un grand sourire.
Apparemment Jeanne avait voulu faire sauter l'édifice religieux le plus célèbre de Paris. Mais moi je voulais dormir. J'ai congédié Florine en lui donnant rendez vous pour la nuit. Une nuit qui s'annonçait longue et compliquée. J'ai enfin pu me brosser les dents. Quel soulagement de se sentir propre. J'ai envoyé valdinguer mes habits froissés dans la chambre. J'ai réglé mon réveil à 13h30, j'accueillais un patient à 14h.  Je me suis glissé sous mon énorme couette. J'étais bien. Je me sentais comme un bébé. J'ai fermé les yeux.

"...qui...Alix...Hey...c'est qui...qui..Alix?"

J'émergeais doucement de mon sommeil. Quelqu'un me parlait au bout du lit. La chambre baignait dans une obscurité quasi complète.
"Hey, c'est qui Alix?" m'a demandé une voix familière.
J'ai allumé la lampe de chevet. Florine était assise sur le fauteuil de mon bureau, les pieds posés sur le lit. Elle agitait une carte postale devant elle.
"C'est qui Alix?
-Mais merde qu'est ce que tu fais là! lui ai-je crié énervé en m'asseyant.
-Je ne suis pas sortie de chez toi, je m'ennuyais alors je suis restée.
-Et c'est quoi ça? lui ai-je demandé en désignant la carte.
-J'ai trouvé ça dans ce tiroir", m'a répondu la vampirette en pointant du doigt un tiroir ouvert dans un petit meuble près du bureau.
J'ai bondi pour lui arracher la carte des mains. Je devais avoir l'air ridicule en me jetant ainsi, telle une otarie, uniquement vêtu d'un boxer. Ça a surpris Florine. C'était une carte postale qu'on pouvait prendre en libre service dans un restaurant américain dans le quartier des Halles. Au verso Alix m'avait écrit des mots doux et dessiné deux gros cœurs.
"Alors, c'est qui Alix-euuuuuuuuuh?!!! a recommencé l'insupportable vampire.
-Personne! lui ai-je dit en me recouvrant de la couette jusqu'à la tête.
-T'es pas drôle. En tout cas elle a l'air amoureuse de toi. C'est mignon tout plein.
-Laisse moi dormir et barre toi.
-Ton réveil va sonner de toute façon.
-Que.."
Et mon réveil a sonné. Il était 13h30.

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