mercredi 20 novembre 2013

Patient : Jeanne. Entretien : 2


Je me demandais de quoi j'avais l'air ainsi suspendu dans les airs, retenu par les énormes mains d'une gargouille. Florine avait en partie entendu mon refus de grimper à nouveau en varappe Notre Dame. Elle avait demandé à Jeanne de venir me chercher à l'arrière de l'édifice religieux et de me hisser (ou plutôt de m'aeroporter) jusqu'en haut. Tandis que la bête grise, gardienne de la cathédrale, me tenait fermement par les poignets et que mes jambes gigotaient dans le vide, je souriais. C'était comme faire un tour de grande roue. Et quand Jeanne m'a posé en douceur en battant des ailes j'étais presque déçu. Florine nous attendait depuis un moment et n'a pu s'empêcher de m’assener un cinglant "enfin!". Je me suis assis sur le parapet en face de la gargouille qui elle s'était posée sur un rebord de fenêtre. Florine prenait des notes postée en haut d'une arche.

"Jeanne, la dynamite...c'est vous? ai-je demandé à l'horrible monstre ailé.
-Oui et croyez moi je suis navrée. Navrée que ça n'ait pas exploser! a t-elle répondu en me fuyant du regard et en grimaçant.
-Vous auriez pu faire énormément de dégâts et blesser des gens ou pire.
-Je voulais la pulvériser! Me débarrasser de cette attache insupportable. Un honneur, un honneur, tu parles oui! Une malédiction oui! Plus de Notre Dame et j'aurais pu m'envoler au loin. Voir le monde, voir les gens!
-Et d'où viennent ces explosifs?
-De chantiers,  près des chemins de fer. J'ai tenté de construire des bombes en m'inspirant des bandes dessinées que j'ai récupérées ici ou là ou d'épisodes de McGyver que j'ai entre-aperçus par les fenêtres des appartements.
-Vous pensez que tout faire sauter aurait tout réglé?
-Pour moi, oui! Tout!"
La gargouille s'est retournée pour me présenter son dos courbé, la gueule presque collée au grillage protégeant la fenêtre.
"Vous avez essayé de contacter les autres gargouilles? ai-je relancé.
-Eh bien oui! a répondu Jeanne en regardant par dessus son épaule. Et vous savez quoi? Il n'y a personne! Ils ont disparu! Aucune autre église de Paris n'accueille de gargouille comme moi! Aucune! Je suis seule!
-Mais comment cela est-ce possible?
-Je n'en sais rien! A ma connaissance il n'y a que deux réponses possibles : soit ils sont morts, soit leurs églises ont été détruites, m'a répondu Jeanne en se tournant à nouveau vers moi.
-Aucune église n'a disparu dans Paris récemment, a ajouté Florine.
-Ils pourraient être morts naturellement, ai-je surenchéri
-Impossible...j'étais plus vieille qu'eux, j'en suis sûre. Comment peuvent-ils mourir? a repris la gargouille. Je doute qu'ils soient tombés de leur corniche en pleine journée en statue pour finir en miette sur le sol.
-Si c'est le cas, ça veut dire que vous êtes mortelle Jeanne, lui ai-je dit posément.
-Comment cela est-ce possible? A t-elle répété. Et si c'est le cas, combien de temps me reste t-il à vivre? Un an? Une décennie? Un siècle ou dix?"
Ce mystère des gargouilles disparues nous laissait perplexe. Je commençais même à me demander si elles avaient réellement exister. Florine et moi nous regardions interrogatifs.
"On peut vous aider à vous sentir moins seule, a lancé la vampirette en tournant le regard vers Jeanne.
-Fournissez moi des explosifs, plein! Crashez un avion sur la cathédrale! Faites moi tomber de haut pendant que je suis en statue.
-On va ouvrir un endroit où les êtres comme vous, les créatures de la nuit, pourront se retrouver. Discuter, ne pas être seuls, ai-je dit sur le ton le plus compatissant possible.
-D'autres gargouilles? a t-elle demandé ironiquement.
-Non, vous êtes la seule, pour l'instant. Mais des vampires, un zombie, un loup garou. Tous différents mais tous seuls."
Jeanne me faisait fait face. Je n'arrivais pas à savoir si son visage témoignait de la tristesse ou de la colère.
"Ça m'aidera? Vraiment?
-On ne peut savoir qu'en essayant.
-Il faut essayer Jeanne, lui a dit la vampirette en souriant.
-Essayons alors, a dit la gargouille après une longue hésitation.
Après lui avoir fait jurer de ne plus essayer de faire exploser Notre Dame et après lui avoir dit qu'on la recontacterai prochainement Florine et moi sommes partis. Jeanne m'a redescendu. J'ai pu ainsi refaire un tour de manège. Une fois sur la terre ferme la petite vampire et moi avons couru pour échapper à la vigilance policière.
Florine et moi avions menti. La structure promise à Jeanne n'existait que virtuellement pour l'instant. Mais c'était un mensonge utile. La petite vampire m'a dit qu'elle mènerait son enquête sur les gargouilles de Paris.

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