vendredi 22 novembre 2013

43-Je ne crois pas aux fantômes


"Tu crois aux fantômes?
-Non, pour la énième fois je ne crois pas aux fantômes Florine!
-Donc tu ne crois pas aux fantômes? insistait la vampire.
-JE NE CROIS PAS AUX FANTÔMES!
-Et tu crois aux vampires, aux loups garous, aux gargouilles, aux zombies?
-Ferme la..."
Elle m'avait mouché la bougresse. Après avoir vu Jeanne nous avions décidé de nous poser sur les bords de Seine. Diantre qu'il faisait froid. Mon assistante immortelle adorait ça. Les nuits de palabre près du fleuve. Elle oubliait juste que mon épiderme craignait les basses températures de cette fin du mois de novembre. J'étais emmitouflé dans plusieurs couches de vêtements chauds et j'avais rabattu la grande capuche de mon manteau. La vampire me donnait la chair de poule avec son petit sweat noir qu'une jeune fille normale aurait porté à la fin du printemps voire début d'été. Elle avait abusé du mascara noir autour des yeux. Parce qu'on était en "mission secrète" avec la gargouille. D'où le maquillage de circonstance. Je lui avais dit qu'elle faisait gothique. Elle n'appréciait pas que je la qualifie ainsi. Elle se disait "rock". Et ajoutait qu'elle avait "juste la classe". Son visage avait à la fois quelque chose de séduisant de par sa finesse et l'innocence qui s'en dégageait et de terrifiant par les yeux qui tiraient vers le rouge et sa bouche qui faisait jaillir des canines quasi animales. Lorsque je m'attardais sur ces détails un frisson me parcourait le dos. Je prenais conscience qu'à quelques centimètres de moi était assise une redoutable machine à tuer. Je pensais à ces animaux domestiques gentils comme tout qui, un beau jour, dévorent leur maître. Cela faisait près d'un tiers d'année que je côtoyais Florine et son monde de la nuit et pourtant une alarme au fond de moi ne s'éteignait jamais. Ce qu'elle m'offrait me plaisait mais je devais rester vigilant. J'étais d'une autre espèce.
"T'es sûr que tu crois pas aux fantômes? a t-elle repris, brisant un silence qui commençait à devenir gênant.
-Malgré tout, non.
-Tu devrais. J'en connais.
-Tu charries? lui ai-je demandé en tournant la tête vers elle, ma capuche cachant presque mes yeux.
-Tu ne connais pas la maison hantée de Saint Germain en Laye?
-Non. Mais toi oui apparemment.
-Figures toi que là bas y a une maison habitée par trois fantômes. Trois frères. Tous trois morts dans l'incendie de leur domicile. Et, tiens toi bien monsieur l'amateur de psychose et névrose, le feu a été provoqué par le plus jeune! Flippant hein! a t-elle lancé en agitant les doigts pour mimer la peur.
-Et ils sont du genre méchants? Ils poussent les petites vieilles dans les escaliers?
-Je sens une pointe de sarcasme là dedans. Tu ne veux pas me croire hein. Tu feras moins le malin quand tu les rencontreras. Mais pour répondre à ta question OUI ils sont méchants. Ils font tout pour virer les locataires de leur maison. Sauf le pyromane. Lui il est totalement flippé. T'imagines Psyman, un fantôme qui a peur des mortels. La honte.
-Et je viens faire quoi là dedans moi?
-Tu fais ton boulot de psy et tu aides le revenant peureux à devenir un vrai fantôme qui fasse honneur à tous les poltergeists de la Terre.
-Je ne suis pas sûr d'avoir envie de faire ça.
-Mais si.
-Mais non.
-Mais si si. Si si  tu veux.
-Mais n...
-Si si", m'a t-elle interrompu en se levant.
Elle me faisait face et secouait les mains pour me motiver. Le vent faisait bruisser le tissu de son baggy noir.
-Un fantôme phobique, euh c'est comme ça qu'on dit non? Un fantôme phobique ça va te plaire! a repris Florine.
-De toute façon je suppose que tu as déjà planifié une rencontre.
-Exact! Tu me connais trop bien, m'a lancé la vampirette en agitant son fidèle carnet sorti d'une poche arrière. 
-Mais ils ne vont pas essayer de me tuer?
-Ce ne serait pas la première fois si je peux me permettre."
J'ai levé les yeux au ciel. Mon regard a disparu dans l'ombre de ma capuche.
-Le plus drôle c'est que je t'ai fait passé pour un spécialiste des esprits frappeurs auprès des locataires actuels de la maison hantée. Ça te permettra de rencontrer les frères fantômes sans éveiller les soupçons.
-Mais toi, comment tu as pu les rencontrer sans éveiller les soupçons? Tu ne passes pas franchement inaperçu SI JE PEUX ME PERMETTRE, ai-je rétorqué à l'ado centenaire.
-Tu sais, je suis vieille. Je les ai connu avant que la maison soit de nouveau habitée. Et encore aujourd'hui j'arrive facilement à me faufiler dans le grenier où je peux leur parler.
-Genre Beetlejuice quoi.
-C'est quoi Beetlejuice? m'a t-elle répondu avec un sérieux déconcertant.
-Centre trente six ans d'existence et si peu de culture. Tes colocataires doivent être atterrés.
-S'ils s'atterrent je les savate",  a t-elle ponctué d'un lever de jambe menaçant.
Pensant m'avoir convaincu de l'existence des fantômes (et de mon envie de les rencontrer) Florine m'a proposé de marcher le long de la Seine. J'ai frappé dans mes gants pour me réchauffer. Rencontrer des fantômes me paraissait être la chose la plus absurde qui pouvait m'arriver au contact de Florine. Elle avait beau me taquiner sur les spectres pendant que nous remontions le fleuve je n'arrivais pas à prendre cela au sérieux. J'avais pourtant accepté les vampires et autres zombies. Je ne croyais définitivement pas aux fantômes.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire