samedi 10 août 2013

31-Psychologue de jour


"Non mais ça c'est dû aux Pakistanais. Depuis qu'ils sont arrivés en masse ça ne va plus dans le quartier. On était mieux avant hein."
Je regardais la boulangère, exaspéré. J'attendais qu'elle daigne enfin me servir mon pain au chocolat aux amandes, viennoiserie orgasmique s'il en est.
"On est plus chez nous. Je dis ça mais je ne suis pas raciste hein" a t-elle surenchéri en glissant lentement mon achat dans un sachet blanc. 
J'aurais aimé que Florine soit là pour lui assener un de ses fameux coups de pied retournés circulaires en pleine face. Quant elle m'a enfin donné mon pain au choco j'ai lâché un souffle d'exaspération.
"Non mais oh! On est pas à la pièce ici jeune homme. Faut apprendre la patience" m'a t-elle sermonné.
J'aurais tellement eu envie de lui cracher dessus, de l'engueuler, de lui dire que ses propos racistes me donnaient envie de lui faire avaler une bouteille entière de Destop, bouchon compris. Je n'en ai rien fait. J'ai levé les yeux au ciel et je suis parti. Il était au alentours de onze heures du matin. Il faisait beau en ce lundi de novembre. Je venais de faire quelques courses. Quelques ennuyantes courses. En fait tout m'ennuyait. Toute cette routine lever/courses/boulot. Florine et ses zombies avaient ringardisé ma vie diurne. J'en avais plus rien à faire de la date de péremption de mon jambon ou de prendre rendez vous chez le coiffeur. Mes patients "classiques" ne m’intéressaient plus que vaguement. D'ailleurs je ne recevais plus personne en consultation avant quatorze heures. Non seulement parce que mes sorties nocturnes m’empêchaient d'être opérationnel le matin mais aussi parce que je manquais cruellement d'envie. Cela avait une conséquences pragmatique directe : je gagnais de moins en moins d'argent. Bon, je consacrais moins de temps pour mes loisirs et je dépensais de façon plus rationnelle mais tout de même mes revenus s'amoindrissaient. Je commençais à reconsidérer ma position face au non paiement de mes "séances" avec les morts vivants. Il fallait que j'en parle à la p'tite vampire.
Si mes contacts nocturnes se multipliaient, ceux de la journée se réduisaient comme peau de chagrin. Avant Florine j'avais l'habitude de déjeuner avec un ancien collègue. Ces repas se sont espacés. Pour ne devenir qu'exceptionnels. Ma vie amoureuse était réduite à néant. Mon ex m'avait jeté quelques semaines avant ma rencontre avec la vampirette. Et depuis j'étais célibataire. Je ne cherchais pas réellement de partenaire. J'étais dans une phase où la nuit me suffisait. Et puis comment faire entrer une fille dans cette vie de psychologue de zombies et vampires? La présence constante de Florine ne me faisait jamais ressentir l'absence féminine. Mes désirs légitimes d'hommes étaient atténués la journée par la fatigue et mon ennui. Je me zombifiais le jour. Si ça continuait je ressemblerais à Robert, la mâchoire de travers en moins. Pour autant je ne fuyais pas la lumière. J'aimais toujours autant me promener dans Paris et me poser sur un bord de Seine ou dans un parc. C'était le contact avec mes semblables qui m'agaçait de plus en plus. Quand le soleil tombait à l'horizon je savais que j'entrais dans un monde qui me passionnait au fur et à mesure de mes rencontres avec Florine, Robert, Jeanne et les autres. Même si je restais chez moi le soir je savais que tout pouvait arriver. Qu'une vampire pouvait surgir à ma fenêtre ou me téléphoner pour un trip Paris by night. Je savais que j'avais encore beaucoup à découvrir, beaucoup à voir. La journée ne m'offrait que routine. La nuit je me sentais vivant.

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