samedi 24 août 2013

Patient : Sacha. Entretien : 1


Sacha est un homme grand, légèrement voûté. Plutôt maigre (plus qu'en loup garou). Je suis frappé par ses yeux rougis et son regard nerveux. Il a trente neuf ans. Je commence par me présenter et par présenter Florine. Il sursaute quand je lui dis que c'est une vampire. Il dit qu'il ne savait pas que les vampires existaient. Je suis alors moi-même surpris, pensant qu'il avait tout compris depuis le début (les coups, les questions, la pâleur de l'ado etc).
 Il est devenu loup garou suite à un voyage en Hongrie il y a cinq ans. Lors d'un trek "anti ondes" en solitaire dans la campagne à plusieurs dizaines de kilomètres de Budapest il s'est lié d'amitié avec un vagabond. "Il avait l'air bizarre mais sympa". Ils ont campé ensemble la nuit. Alors qu'ils se faisaient griller du tofu l'homme s'est transformé en loup garou et s'est jeté sur Sacha. Il a été mordu au bras. Il s'est défendu avec une branche enflammée, ce qui a fait fuir l'homme-animal. Le lendemain il a recroisé le type qui l'avait mordu. Perdu sur une route isolée. Il était nu. Ils ont alors discuté. L'homme s'est excusé et lui a expliqué qu'il était un loup garou et que sa morsure allait faire de Sacha un loup garou également. Sacha dit que ça ne l'a pas inquiété plus que ça. Il reste confus sur ce point. Était-il curieux de sa future transformation? Ne se rendait il pas bien compte de ce que ça impliquait?  Le soir même les deux hommes étaient à nouveau ensemble autour d'un feu de camp et se sont transformés tout deux en loups garous. Sacha dit qu'il a pensé que sa fourrure ferait une bonne protection contre les ondes. Depuis son retour en France il dit se transformer plusieurs nuits par mois mais que ça ne correspond pas à la pleine lune. A chaque pleine lune il se change en animal mais les autres nuits semblent être aléatoires. Il dit qu'il n'est pas agressif quand il se transforme. Pourtant le type en Hongrie lui avait dit que ce serait le cas. Sacha pense que c'est grâce au chapeau en aluminium qu'il porte souvent pour se protéger des ondes électromagnétiques. "Les ondes rendent agressif, du coup quand je me transforme je me protège". Dans un coin de la pièce je remarque dans un carton plusieurs chapeaux en aluminium.
Il dit être suivi par le docteur N. à l'hôpital Saint-Antoine (je connais ce médecin). Il l'aurait diagnostiqué "schizophrène paranoïde", diagnostic que Sacha conteste. "Tout ça, les médicaments, le traitement, la schizophrénie, c'est pour cacher la vérité, pour m’empêcher de dénoncer la pollution par les ondes". Néanmoins, il dit prendre son traitement (de façon plus ou moins scrupuleuse), malgré tout ça l'apaise quand il se fatigue après avoir trop pensé aux ondes. 
Il dit qu'il s'occupe en aménageant son abri, en participant à des campings "bio" en province, il lit beaucoup (surtout des thèses complotistes). Mais il dit se sentir un peu seul. Sa famille l'a rejeté à cause de ses obsessions. Il travaillait dans l'informatique mais quand il a commencé à débrancher tout le réseau wifi et l'antenne du toit de son entreprise il s'est fait virer pour faute grave. Le docteur N. l'avait orienté vers une structure de jour dans l'est parisien. Il l'a essayé quelques mois avant de partir, fâché, car "personne ne comprenait sa différence".
Je lui demande s'il a parlé de son "lycanthropisme" au docteur N. Il dit que c'est ce qu'il a fait dès son retour de Hongrie. Mais le médecin a pris ça pour un énième délire. Du coup Sacha ne lui en parle plus.
En plein entretien Sacha commence à émettre des "bip", comme lors de notre première rencontre. Il va se chercher un chapeau en aluminium qu'il se met sur la tête. "Ouf! c'est mieux comme ça". Je lui fais remarquer que nous sommes en plein dans son bunker et que les ondes ne devraient pas passer. Il dit que l'endroit n'est pas encore totalement aménagé, qu'il manque encore tout une collection de "pierres d'aventurine" (censées protéger des ondes) pour établir une "barrière totalement étanche". 
Je lui dis qu'il aurait besoin de se changer un peu les idées, comme le lui avait proposé le docteur N. Il dit qu'il est d'accord mais ne peut le faire que dans un "contexte favorable de totale tolérance".

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