samedi 25 mai 2013

22-Une réunion au sommet


Je n'ai jamais été un "psy" attentiste. Le genre à écouter sans prononcer un mot. Sans interpeller le patient. Je pense qu'écouter le patient en le laissant librement associer est une absurdité. Si on peut construire concrètement un début de changement chez le sujet, dans son comportement et sa façon de penser, alors faisons le. Et au diable les autres!
C'est pourquoi j'ai décidé qu'il était temps de montrer à Robert qu'avec un peu d'huile de coude on pouvait lui faire voir la vie (ou la mort dans son cas) autrement. Pour cela j'avais besoin de Florine et malheureusement de ses colocs vampiriques. Le plan était simple. Je voulais permettre à Robert de sortir un peu plus loin que d'habitude et de prendre le grand air. Je voulais qu'on lui organise un petit pique nique nocturne à la belle étoile sur les hauteurs de Meudon. Et plus on serait nombreux et plus le zombie se sentirait entouré et apprécié. C'est pourquoi je voulais que les trois colocataires de Florine participent. J'avais aussi besoin d'une voiture. Or je savais que Florine et ses trois potes vampires avaient transporté la famille zombie dans un combi Volkswagen. Je supposais qu'ils l'avaient encore. En reformulant tout ça  à voix haute j'avais l'impression d'écrire le scénario d'un épisode de Scoobidoo. Mais j'étais à peu près certain que les effets sur le moral de Robert seraient positifs. J'ai rapidement expliqué mon projet à Florine et j'ai demandé à la voir chez elle. Ce qui l'a surprise connaissant mes réticences à revoir ses colocs. Je me suis alors rendu à Montmartre. Arrivé devant la maison des vampires j'ai remarqué une chose que je n'avais pas vu la première fois. Sur la droite de la propriété il y avait des traces de roues dans la terre qui rejoignait une double portes discrète dans le portail. J'avais définitivement l'âme d'un détective. J'ai franchi la petite porte de la grille d'entrée et j'ai suivi les traces au sol. En contournant la maison j'ai furtivement regardé par les fenêtres. Je ne voyais rien. Les rideaux obscurcissaient tout. Derrière l'habitation j'ai été surpris par la superficie du jardin. Pour des Parisiens ils étaient sacrément vernis niveau verdure. En revanche l'état de la pelouse et des fleurs laissaient à désirer. Au fond, près d'un grand arbre et d'une cabane de jardin qui avait bien vécu il y avait un le combi Volkswagen. Toute la partie inférieure du véhicule était recouverte de boue séchée. En m'approchant j'ai pu voir la couche de poussière sur la carrosserie et les crottes d'oiseaux sur le pare-brise. S'il était d'une propreté douteuse il semblait, de l'extérieur, en bon état. Mon plan prenait doucement forme. Il me fallait maintenant constituer ma petite équipe pour l'opération "un pique nique pour Robert". C'est comme ça que j'avais appelé mon idée de sortie nocturne. Ça avait fait rire Florine, c'était plutôt bon signe. Je suis revenu sur mes pas et je me suis posté sur le paillasson de la porte de la maison. Comme la première fois j'ai pris une bonne bouffée d'oxygène et j'ai sonné. Florine a rapidement ouvert, capuche de sweat sur la tête et grosses lunettes aux verres fumés sur le nez.
"Salut Psyman! Entre!"
Elle arborait ce grand sourire flippant que semblaient avoir tous les vampires. Sur le canapé il y avait encore Steeve. Il portait un marcel blanc et un jean troué sorti tout droit des années quatre vingt dix. Il s'était accroché une pince à linge dans la barbe et il grattait sur une guitare défraîchie.
"S'lut Mehdi! Attends écoute ça!" et il s'est mis à jouer un morceau de Nirvana, lithium. Le bougre se débrouillait vachement bien.
"T'as vu ça, comme Kurty! a t-il ajouté sa démonstration terminée;
-Trop la classe, Steeve et moi on est les musiciens de la bande, j'adore l'accompagner à la batterie, a dit Florine fière de son coloc.
-Ouais t'es hardcore Flo, trop hardcore", lui a t-il répondu avec un sourire en coin et en tirant sur sa pince à linge.
La vampirette m'a invité à m'asseoir autour d'une grande table en bois dans la salle à manger. Elle a mis ses mains en porte-voix et s'est mise à crier.
"Les garçons! Ramenez vous! On a un invité!"
Oliver, l'élégant anglais a rapidement descendu l'escalier menant à l'étage. Il portait une veste cintrée datant certainement d'une époque lointaine. Il tenait un livre à la main. Tout en se passant la main dans les cheveux il m'a salué depuis les dernières marches.
"Tiens, n'est ce pas notre ami docteur de l'âme? Comme le chat sait grimper aux arbres et le ruisseau s'écouler par delà les murs, un vent empli de promesse vient de pousser la porte en cèdre de la maisonnée" a déclamé le vampire en terminant sa phrase par quelques mots en latin à l'accent britannique prononcé. Florine a haussé les épaules en me regardant amusée. Oliver m'a serré la main avant de disparaître derrière une porte battante. J'ai alors vu surgir Phil depuis l'étage. Le Béla Lugosi de Montmatre. Il a descendu l'escalier tranquillement cette fois ci. Il ne m'a pas regardé et quand il s'est assis à l'autre bout de la table il a hoché la tête en lâchant un "mortel...pfff..." des plus méprisants. Florine l'a alors interpellé.
"Hey Phil, t'exagères! Dis lui bonjour oh!
-Vampires et humains ne devraient pas se mêler. C'est déjà assez humiliant de ne pas pouvoir les tuer, a t-il rétorqué.
-Phil! Oh!" lui a lancé la vampirette passablement énervée, les muscles du visages tendus.
Phil l'a regardé un peu décontenancé. Il a commencé à marmonné en agitant les mains nerveusement. Puis il a fini par me regarder.
"Bonjour...invité...
-Voilà, c'est mieux", lui a répondu Florine qui retrouvait le sourire.
Si elle avait ôté ses lunettes de soleil elle avait encore la capuche de son sweat sur la tête. Elle ressemblait à un petit moine. Oliver est réapparu avec un plateau qu'il a déposé sur la table. C'était du thé. Il m'a servi en premier. Je déteste le thé mais quand on est entouré de quatre vampires on reconsidère ses goûts. Steeve a fini par nous rejoindre alors qu'il était pourtant le plus près de la table. Il a posé sa guitare par terre. Phil l'a regardé méchamment.
"Mais enlève donc cette pince à linge! Tu nous fais passer pour qui là?
-Relax man. C'est un truc de musicos, pour se détendre. Mais toi t'as pas de barbe tu peux pas savoir, lui a gentiment répondu Steeve.
-N'importe quoi, quelle décadence! s'est exclamé Phil.
-Du calme messieurs! a fini par dire Florine pour recentrer le débat. Mehdi est venu pour nous exposer une idée qui pourrait un peu aider Robert.
-Robert, le zombie puant? s'est senti obligé de préciser Phil.
-Encore un mot comme ça et tu auras affaire à ça", a dit Florine en menaçant son coloc du poing.
Phil s'est excusé sur le champ. J'étais sidéré de voir le poids qu'avait Florine dans cette maison. Physiquement elle n'avait rien d'impressionnant mais Phil, vampire qui à moi me faisait peur, n'opposait aucune résistance quand la vampirette s'énervait. Je me sentais plus rassuré. Elle m'a demandé de présenter mon plan. Je me suis raclé la gorge et je me suis lancé.

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