vendredi 24 mai 2013

Patient : Robert. Entretien : 2


Après avoir pris les précautions d'usage (Florine qui coince la famille zombie dans un angle de la pièce et les amadoue avec des cerveaux de moutons) j'écoute Robert pour la deuxième fois, toujours derrière la porte de son placard.

Robert commence en s'excusant pour sa famille. Disant que lui n'est pas comme ça. Je lui demande comment est la vie dans son placard. Il répond juste : "je suis debout". Je lui demande de quoi le protège le placard. Il dit qu'il n'aime pas être un zombie et qu'il se reconnaît de moins en moins dans les autres membres de sa famille. Il les qualifie de "sauvages". S'enfermer est le meilleur moyen de se couper de leur monde. Il dit que ce n'est pas suffisant et qu'il a besoin de sortir de temps en temps. Il sort la nuit, habillé de plusieurs couches de vêtements. Il ne va pas très loin car il a peur d'être remarqué par un passant. Il va jusqu'à la Seine parfois. Il dit qu'il aime la nature. Qu'il pense qu'il l'a toujours aimé mais n'en est pas sûr. Il dit oublier de plus en plus de choses. La lumière du jour lui manque beaucoup. Il dit qu'à défaut de soleil il aimerait voir les étoiles mais qu'à Paris c'est dur. Il dit qu'il ne comprend pas pourquoi ses parents et ses sœurs ne se posent pas de questions et continuent de se comporter comme des animaux. Il dit qu'il aime quand Florine lui rend visite car ils peuvent parler. Elle lui parle du "monde de dehors". Il se demande s'il y a d'autres "personnes comme lui". Florine lui aurait dit qu'elle ne savait pas. Il se dit fatigué de "tout ça". Mais il ajoute que parler lui fait du bien, qu'il aime que quelqu'un s'intéresse à lui et à ses problèmes. Je lui demande si la prochaine fois on pourrait se voir en face à face. Il dit qu'il ne sait pas, qu'il ne veut pas m'effrayer. Je lui dis qu'on va essayer de le bouger un peu. Il ne comprend pas. 
L'entretien dure longtemps pour finalement peu de matériel. Robert parlant lentement et articulant tellement mal que je suis obligé de lui faire répéter certaines phrases.

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