samedi 13 avril 2013

Patient : Robert. Entretien : 1


Il me faut une grande patience pour recueillir les propos de Robert. Je dois attendre la fin de ses râles et gémissements pour comprendre ce qu'il dit (même si finalement son vocabulaire est étonnamment riche). De plus il parle extrêmement lentement. Voici ce que j'ai pu entendre.

Il aurait vingt deux ans. Il était étudiant en médecine. Dans les années 90 lui et sa famille (père, mère, ses deux sœurs et lui) ont eu un accident de voiture. Il ne se rappelle rien de l'accident en lui-même et des immédiates conséquences. Il parle de son "réveil". Il évoque "la peur de sa vie". A son réveil donc il était dans le noir. Dans un endroit étriqué. Il a paniqué et s'est débattu. "Sans réfléchir" il a commencé à "creuser vers le haut" (certainement le cercueil puis la terre). Il dit qu'il ne respirait plus. Il a du "casser des pierres" pour sortir et s'est retrouvé dans une grande pièce, comme à l'intérieur d'une maison en pierres (caveau). Il y avait peu de lumière, seulement la pleine lune semble t-il qui éclairait l'intérieur à travers des vitraux. Autour de lui le sol a remué et ses parents et ses sœurs sont sortis, comme lui. Robert parle du moment d'effroi où il a distingué sa mère sortant après lui. "C'était un cadavre!" Mais il a vite compris qui elle était. Au début ils paniquaient tous. Il dit qu'ils criaient, essayaient de parler. Que seul lui arrivait à dire des choses intelligibles. Mais le calme est revenu et ils ont eu faim. "D'instinct" dit Robert ils sont sortis du caveau à la recherche de nourriture. "On ne se posait pas de question". Ils ont erré dans le cimetière (Père Lachaise sûrement). Les parents et les deux sœurs se cognaient partout, marchaient maladroitement. Robert lui semblait savoir où aller et a fini par guider sa famille. Ils se sont dirigés vers la porte de sortie. Elle était fermée. Le père, la mère et les sœurs ne semblaient pas comprendre cela. Et ils avançaient contre la porte, restaient collés là, sans rien pouvoir faire d'autre. "Réfléchir était difficile". C'est Robert qui a eu l'idée de prendre une grosse pierre et de frapper la poignée. Une fois dehors ils ont "chassé". Robert dit se rappeler une odeur appétissante. Ils ont suivi un passant. Robert parle d'une faim extrême qui "empêche de penser". Leur proie s'est retrouvée coincée dans une impasse. C'est là que Robert a vu Florine pour la première fois. Elle passait là par hasard et elle est intervenue in extremis pour sauver l'homme en danger. Robert dit que la vampire ne lui inspirait aucune agressivité. Aucune faim. Florine et ses colocataires (surtout Florine) ont aidé les zombies en les accueillant chez eux dans un premier temps et en leur trouvant le local EDF ensuite. Elle s'est chargé d'essayer de leur faire passer l'envie de s'attaquer aux humains et leur a fourni à manger (des cerveaux d'animaux). Aujourd'hui, contrairement aux autres membres de sa famille, il n'a (presque) plus envie de manger de l'humain. Robert dit que rapidement il a découvert que lui et sa famille étaient sensibles à la lumière du soleil. C'était chez Florine. Il a voulu sortir dans le jardin en plein soleil et là il s'est effondré au sol. Il parle d'une "énorme douleur à la tête". Sa peau le brûlait. Plus jamais la famille ne pourrait voir la lumière du jour. Robert a rapidement compris que cela voulait dire vivre caché et sortir uniquement la nuit. Il dit que sa dépression a vraiment commencé là. Qu'avant il ne saisissait pas encore ce qu'était être un zombie (il est à noter que s'il réfléchit lentement Robert finit par tirer des conclusions souvent justes). Depuis une vingtaine d'années de vie (ou de mort) dans le souterrain, sortant de temps en temps la nuit (lui seul ayant la clé du local), il dit ne plus supporter cette situation. Même s'il mourra un jour (le corps des zombies semblant se détériorer lentement) le temps lui parait lent. Il dit qu'il est bien plus lucide que le reste de sa famille. Ses parents et ses sœurs se déshumanisent un peu plus chaque jour alors que lui, au contraire, se sent vivant. Avec des envies, des sentiments, des sensations. C'est pourquoi il a pris l'habitude de s'enfermer dans un placard. Pour ne pas être avec les autres et pour montrer son refus de cette vie. Pour se cacher des humains également, pour se protéger et les protéger. Il termine en remerciant Florine d'être là pour parler avec lui. De lui prouver qu'il n'est pas qu'un cadavre ambulant.


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