dimanche 24 mars 2013

9-L'agression à la pelle à tarte


J'ai toujours aimé marcher. Depuis que je vis Paris j'aime me balader dans les rues de la Capitale même si ça me prend des heures. Parfois les gens ont du mal à partager mon enthousiasme. Surtout les filles. Toujours rapidement fatiguées et prêtes à bondir sur le premier banc venu. Revenir du côté du Père Lachaise depuis Montmartre m'avait semblé une bonne idée par cette soirée d'été. Mais en fait...non. C'était une grosse connerie. Il faisait frais. Voire froid. Avec mon t-shirt j'avais l'air fin. Je marchais les mains dans les poches, tête baissée pour esquiver les rafales de vent. Ça ne fonctionnait pas mais j'y croyais fort. Pour ne plus penser à mes membres s'engourdissant je tentais de faire le point à froid (c'est le cas de le dire) sur ce que m'avait dit Florine. J'avais du mal à accepter le fait  qu'il y avait d'autres créatures étranges que les vampires. Mon lobe frontal avait déjà du mal avec l'existence des dits vampires. Et pourtant je savais que c'était vrai. Dès lors que vous reconnaissez la présence d'un vampire alors vous devez tout accepter. Je ne voyais plus les rues de Paris de la même façon. Y avait-il un monstre tapis dans l'ombre derrière une grosse poubelle verte qui attendait que j'ai le dos tourné pour me dévorer? Une peuplade de zombies arpentait-elle les caves des immeubles? Un fantôme me suivait-il en soufflant son haleine glacée dans le cou? En tout cas s'ils existaient ces êtres étaient extrêmement discrets. Peut-être, comme les vampires, savaient-ils agir dans furtivement pour ne pas être chassés et lynchés. Psychologue des créatures de l'au-delà. Tout cela commençait à me dépasser.
Alors que j'imaginais la maquette de mes nouvelles cartes de visite où serait inscrite en gras ma nouvelle orientation un type a surgi devant moi et m'a fait sursauter. Malgré la période de l'année il portait un gros bonnet rouge en laine à la Cousteau. Il avait une veste en jean aux manches coupées. On ne voyait plus cela depuis les années quatre vingt. Il a sorti un objet brillant de sa poche et a commencé à me menacer avec. J'ai fait un pas en arrière, revenant à des considérations très terre à terre d'autoconservation. Mais, en y regardant de plus près, je me suis aperçu que ce que je croyais être un couteau était en fait une pelle à tarte. Une pelle à tarte argentée, scintillant sous le réverbère.
"File moi ton fric! m'a dit l'homme au bonnet rouge, agitant sa pelle à tarte.
-Sûrement pas! Désolé mais je n'ai pas de temps à perdre avec vous.
-Ton fric ou je te plante!
-Avec une pelle à tarte?"
Le type a regardé son arme en grimaçant. Vexé que je lui fasse remarquer le ridicule de la situation. Après avoir prononcé un nombre incalculable de "ouais" il a commencé à donné des coups de pelle dans le vent.
"Ça peut être dangereux une pelle à tarte tu sais! a t-il reprit
-Non ça ne l'est pas. C'est juste pathétique, lui assenais-je agacé.
-Tu n'as jamais entendu parler des accidents de découpe de gâteaux d'anniversaire?
-C'est quoi ce truc?
-Selon une étude très sérieuse une personne sur dix s'est déjà profondément entaillée avec une pelle à tarte lors de la découpe d'un gâteau d'anniversaire. Et une sur vingt en est morte!"
Je le regardais, sidéré. Je levais les mains en signe de consternation. J'étais visiblement face à un schizophrène. Ou un truc dans le genre. La rue était déserte. Seules les voitures passant à toute allure donnait un peu de vie à la situation. Après une bonne minute de silence mon agresseur fou a repris son ton énervé. Il exigeait toujours de l'argent. Fatigué j'ai voulu m'éloigner rapidement en traversant la rue. Mais il était plus vif que je ne le pensais et avant même que j'ai pu descendre du trottoir il m'a attrapé par le t-shirt. Je sentais la situation dégénérer et je lui ai crié de me lâcher, espérant qu'un passant viendrait à ma rescousse. C'est alors, qu'en une fraction de seconde, le Cousteau du pauvre a valdingué dans un bond prodigieux en arrière arrachant au passage un bout de mon t-shirt. Il s'est lamentablement écrasé sur le store métallique d'un magasin. Le temps de reprendre mes esprits j'ai vu Florine tout près de moi. C'était elle qui avait balancé le type à la pelle à tarte. Elle était venue à mon secours. Elle avait le regard sombre. Sans dire un mot elle s'est dirigée d'un pas assuré vers le type au bonnet. L'attrapant par la veste elle a commencé à lui asséner des coups de poings au visage. Le type ne bougeait même plus, son atterrissage sur le rideau en métal avait du le sonner. Je suis rapidement intervenu, ordonnant à Florine d'arrêter. Le pauvre loubard avait déjà le visage en sang. Je me suis assuré qu'il respirait encore.
"Tu aurais pu le tuer! lui ai-je dit en la sermonnant.
-Ça n'aurait pas été une grande perte.
-Tu dois contrôler ta violence, tu te rappelles?"
La petite vampire s'est essuyé ses fines mains tachées de sang dans un mouchoir.
"Désolée, a t-elle finit par dire.
-Mais merci quand même...merci Florine"
Elle m'a souri. Je lui ai donné une tape sur l'épaule.
"Tu as vraiment une force surhumaine!
-Je suis une vampire, tu te rappelles?
-Tu devrais faire du catch.
-Très drôle.
-On ne peut pas le laisser comme ça" ai-je dit en désignant l'agresseur agressé inconscient, gisant sur le sol.
J'ai appelé les urgences avec le portable de la vampire. Mais, n'étant pas totalement un samaritain je n'ai pas voulu attendre les secours. J'ai demandé à Florine si elle voulait faire le chemin avec moi. Elle a accepté. J'avais fière allure avec mon t-shirt en lambeau.
Alors que nous nous éloignions du corps comateux du schizophrène au bonnet rouge et que les sirènes de l'ambulance s'approchant hurlaient dans la nuit parisienne j'ai vu la pelle à tarte. Elle s'était profondément enfoncée dans un mur en pierre.

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