lundi 4 mars 2013

3-Brunch sanglant



Le lendemain je me suis réveillé la tête comme une quiche. Les récents événements m'avaient fait cogiter une bonne partie de la nuit. Et Florine, ce lutin démoniaque, me donnait un méchant coup de vieux. Était-ce son côté éternelle adolescente de cent trente cinq ans qui m'épuisait ou des pouvoirs de vampires qui m'étaient encore inconnus. Je ne le savais pas. Mais pour la suivre il me faudrait me remettre au sport. C'est uniquement vêtu d'un boxer mauve des plus seyant et d'une paire de grosses pantoufles que je suis sorti de ma chambre, me frottant les yeux. J'ai alors entendu un bruit de crépitement. Quelque chose qu'on fait frire. Ça venait de la cuisine. Une odeur de nourriture s'engouffrait dans mon nez endormi. C'est après avoir laché un "what the..." que je me suis dirigé vers la source de cette agitation. La cuisine était sombre, une serviette de bain accrochée à la fenêtre pour masquer la lumière du jour. La table était dressée. Un verre de jus d'orange, deux croissants, du pain beurré, un boîte de chocolat en poudre...et un chapeau noir et de grosses lunettes de soleil posés à l'autre bout de la table. J'ai jeté mon regard sur les fourneaux. Elle était là. Encore elle! Florine était en train de préparer le petit déjeuner. 
"Mais qu'est ce que tu fiches ici! ai-je crié de cette caractéristique voix enrouée du matin.
-Bah je te fais à manger."
Elle avait attaché ses cheveux en queue de cheval. Elle était en t-shirt, son sweat posé sur le dossier d'une chaise. Elle portait une jupe en jean par dessus un pantalon noir. Ses pieds nus glissés dans une paire de chaussons qui m'appartenait. 
"Hey, ce sont mes chaussons!
-J'allais pas marcher pieds nus quand même. Je ne suis pas une crasseuse, a t-elle dit sans se retourner.
-Mais merde comment tu es entrée! J'ai une porte blindée! Encore un truc de vampire? 
-Je suis entrée par la fenêtre, ponctuait-elle d'un geste de cuillère en bois en direction de la fenêtre de la cuisine que j'avais laissée ouverte pendant la nuit.
-On est au deuxième étage.
-Je grimpe bien hein. Un truc de vampire." Elle s'est tournée vers moi et m'a fait un clin d’œil injecté de sang.
Elle m'a convié (ou plutôt ordonné) à m'asseoir. C'est ce que j'ai fait, résigné. Rapidement je me suis senti ridicule habillé comme je l'étais. Florine faisait cuire quelque chose qui de ma place ressemblait à du bacon. Elle a cassé un œuf et l'a mis dans la poêle. Sur la plaque d'à côté chauffait certainement du lait. J'ai pris un morceau de croissant. Passablement déboussolé par la situation j'ai voulu sermonné la vampire en herbe.
"Franchement tu abuses. Tu peux pas débarquer comme ça chez moi. Ton psy en plus. Tes colocs ne disent rien? Non franchement tu ne peux pas faire ça."
Elle a versé le bacon et l’œuf sur le plat dans une assiette. Elle a arrêté le feu sous le lait. Elle a posé le tout sur la table devant moi. 
"Bon appétit!" m'a t-elle fait avec un grand sourire dont les canines proéminentes me mettaient mal à l'aise. Après avoir poussé ses affaires elle a posé une assiette et des couverts à l'autre bout de la table, face à moi. Puis elle a sorti quelque chose du frigo. C'était emballé dans un papier rose de boucherie. Elle l'a déplié sur son assiette et y a vidé son contenu. C'était une grosse pièce de viande sanguinolente. Elle s'est assise, se passant la langue sur la lèvre supérieure.
"Miam, miam!" s'est-elle dit à elle même.
Je l'ai regardé stupéfait
"Tu ne vas pas quand même pas manger ça? lui ai-je lancé, dégoûté. Tu vas me faire gerber
-Bien sûr que je vais manger. Rien de mieux que de la viande sanglante au petit dej. Chacun son brunch hein."
 Elle a commencé à couper un morceau. Le sang se répandant dans son assiette. J'avais la nausée. Je me suis fait un chocolat chaud en tentant de ne pas regarder la vampirette déguster sa viande sauce sang. Les effluves de cacao ont éloigné mon envie de vomir. Mais Florine ne pouvait s’empêcher de lancer des interjections de plaisir toutes les trois bouchées. Heureusement qu'elle mangeait rapidement. Et sa pièce de bœuf (j'ose espérer que c'était du bœuf) a été avalée en quelques minutes. La gamine voulant apparemment faire durer mon supplice s'est mise à lécher son assiette. Le croissant que je plongeais dans mon chocolat a eu tout de suite un goût de pourriture devant cette scène animale.
"Fini!" a crié Florine.
Elle s'est essuyé la bouche avec l'intérieur du bras. Drôle de comportement pour une fille qui a du parfaire son éducation pendant plus d'un siècle. Elle a étalé le sang bovin sur son bras blanc et scarifié. Elle s'est penchée et a attrapé ses rangers. Elle s'est chaussée puis s'est levée. Elle s'est rhabillée. Elle a terminé par ses lunettes et son grand chapeau.
"Bon, je te laisse. Je n'ai pas envie de te voir dégobiller sur la table. Salut Psyman!"
Et elle est partie, par la porte, après avoir quasiment lancé l'assiette dans l'évier. 
Elle disparaissait comme elle arrivait : fantomatiquement.
Je n'avais même pas eu le temps de la remercier pour le brunch.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire